vendredi 9 juillet 2010

Tu ne seras pas lesbienne, ma fille

Tu ne seras pas lesbienne, ma fille
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05 jui 2010 | F.T.
La médecine prénatale à la rescousse de l'hétérosexualité? Le débat fait rage aux Etats-Unis, suite à l'expérimentation, dans une clinique réputée de New York, d'un traitement hormonal censé prévenir le développement de petites filles en «garçons manqués».

«Hyperplasie congénitale des surrénales» (HCS). Cette pathologie est au centre d'une polémique qui enfle dans les milieux scientifiques et dans les médias aux Etats-Unis. Touchant un enfant sur 15 000 environ, elle se manifeste notamment par l'apparition de caractéristiques masculines chez les enfants de sexe féminin: voix grave ou pilosité faciale, par exemple.

Depuis quelques temps, une équipe du prestigieux Mount Sinai Medical Center de New York vante l'administration aux femmes enceintes d'un traitement hormonal expérimental face à la HCS. Selon les chercheurs, un stéroïde, la dexaméthasone, préviendrait la survenue de signes de virilisation précoces et d'un appareil génital «ambigu». Mais ces derniers vont plus loin: «Les jeux d'enfants, le métier choisi, les préférences dans l'adolescence et à l'âge adulte, l'instinct maternel et l'orientation sexuelle se masculinisent chez les femmes atteintes de HCS, précise l'une des scientifiques de la clinique new-yorkaise, le Dr Maria New. Ces anormalités ont été liées à des taux excessifs d'androgène... Nous pensons qu'un traitement à la dexaméthasone reduira [ce phénomène].»

Basé sur la vieille idée selon laquelle l'orientation sexuelle est définie par l'exposition in utero à des hormones, le discours semble limpide: le thérapie vise à combattre ces «anormalités» que sont le lesbianisme, le non-désir d'enfants ou le goût des petites voitures chez les fillettes... En février, il était dénoncé par la spécialiste de bioéthique Alice Dreger. Elle accusait le Dr New de promouvoir la dexaméthasone comme une assurance que son enfant ne sera pas lesbienne et préserver ses chances de devenir «une bonne mère de famille». La suspicion d'eugénisme a été relayée et amplifiée par plusieurs blogs influents, dont le Huffington Post, suivi par le magazine «Newsweek» notamment. Si bien qu'aux dernières nouvelles, l'équipe de l'hôpital Mount Sinai aurait cessé ses expérimentations.

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Posté le 05 jui 2010

LES CURIE Marie et Irène scientifiques et féministes

Publié dans La Recherche, n° 423, octobre 2008, pp. 60-62

Au passage, j'ai lu que C.B ne voulait pas d'un tel titre qui réduisait ses grandes femmes à des prénoms ...
LES CURIE
Marie et Irène scientifiques et féministes

Deux femmes, trois prix Nobel. Marie Curie et sa fille Irène Joliot-Curie ont toutes deux utilisé leur notoriété pour défendre la cause féministe. En suivant des chemins différents.

Marie Curie est la première femme à recevoir le prix Nobel, la première personne à le recevoir deux fois, la première titulaire d'une chaire à la Sorbonne, la première directrice d'un laboratoire, la seule femme à ce jour au Panthéon. Sa fille Irène, elle-même Prix Nobel, est l'une des trois premières femmes entrées au gouvernement, à l'époque du Front populaire. Ces deux femmes scientifiques d'exception incarnent un féminisme en actes, qui n'exclut pas l'engagement en faveur des droits des femmes.

Le féminisme n'est-il pas, au départ, une condition sine qua non de l'accès au Nobel ? On pense, pour les Nobel supposant un apprentissage académique, à la nécessaire ouverture des universités aux femmes, qui ne commence en France que dans les années 1870. On pense surtout à la singulière détermination qui conduit certaines femmes exceptionnelles à dépasser les préjugés de leur temps. Marya Sklodowska est de celles-là. Son parcours est devenu légendaire : des convictions précoces (le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la justice sociale...), le choix de la liberté en venant étudier à Paris et un mariage-compagnonnage avec un homme partageant ses rêves, union célébrée discrètement et civilement. Elle ne renonce ni à sa vie de scientifique ni à sa vie de mère. Elle fait mentir le stéréotype misogyne sur les « princesses des sciences » condamnées au malheur pour avoir dévié du droit chemin, comme le leur promet la romancière Colette Yver [1] . Ses deux filles, Marie Curie les élève en leur donnant le sens de l'indépendance, de la pleine possession de leurs moyens physiques, grâce à une pratique étonnamment moderne des sports, en particulier nautiques et alpins. Irène adhère au modèle maternel et le reproduit, en choisissant un mari-compagnon qui soutient sa passion pour la recherche et adhère à un contrat conjugal égalitaire, comme l'indique le choix symbolique de Joliot-Curie comme patronyme. Des choix de vie, des attitudes face à l'existence qu'expliquent aussi la tradition libérale protestante et la libre-pensée mariée au saint-simonisme, chez les Curie et les Joliot.

Rôle précurseur

La conscience féministe se forge aussi dans la confrontation aux obstacles qu'une société historiquement fondée sur la domination masculine dresse sur la route des femmes. Marie Curie voit ainsi son rôle dans la découverte du radium mis en doute, ou réduit à celui d'expérimentatrice. L'iconographie la montre toujours assez passive, témoin plutôt qu'actrice de la découverte. C'est Pierre Curie qui insiste pour que son épouse soit associée à lui pour le Nobel de physique 1903, partagé avec Henri Becquerel. Il défend toujours le rôle de sa femme qui a, « la première, su isoler la matière précieuse », et ne veut pas l' « effacer dans son ombre » [2] . Il refuse une légion d'honneur qu'elle ne partagerait pas. Candidate à l'Académie des sciences, elle échoue en 1910 en raison, selon Irène Joliot-Curie, de la « violente campagne [...] menée contre elle par les antiféministes et les cléricaux » [3] . En 1911, Harvard lui refuse une distinction au motif que, depuis la mort de son mari, elle n'a « rien fait d'important ». Le prix Nobel de chimie, qu'elle obtient seule, la même année, pour ses travaux sur le polonium et le radium, va laver l'affront. Mais Marie Curie ne sera jamais membre de l'Académie des sciences ; d'autres académies, à l'étranger, ainsi que l'Académie de médecine, en 1922, l'accueilleront.

Une génération plus tard, les mêmes causes produisant les mêmes effets, Irène Joliot-Curie obtient le prix Nobel de physique avec son mari en 1935. Mais elle ne devient maître de conférences qu'en 1937 sur le poste libéré par son mari, et ne devient professeur titulaire qu'en 1945. En 1946, elle devient « directeur » du laboratoire Curie (autant de noms de métiers et de fonctions non féminisés). L'Académie des sciences la refuse à quatre reprises. C'est seulement en 1962 qu'elle s'ouvrira à une femme, ancienne technicienne au laboratoire de Marie Curie, découvreuse en 1939 du francium. Encore Marguerite Perey (1909-1975) n'est-elle admise que comme « correspondant » (sic) .

Les actions de Marie

Ces obstacles antiféministes ne détournent aucune des deux femmes de leurs convictions, mais leurs façons d'agir diffèrent. Marie Curie ne souhaite pas s'engager politiquement, en tout cas pas de manière partisane, et ne croit pas au pouvoir des pétitions d'intellectuels, qui pullulent depuis l'affaire Dreyfus. Elle accepte néanmoins en 1912 de signer pour la libération de suffragettes en grève de la faim dans les prisons anglaises à la demande de la physicienne féministe Hertha Ayrton.

Sa vie et son exemple de femme réussissant dans le monde scientifique, si masculin, lui paraissent plus utiles qu'un engagement féministe. Son laboratoire est très largement ouvert aux étudiantes, dont de nombreuses étrangères. Elle s'engage pendant la Grande Guerre au sein de la Croix-Rouge (Union des femmes de France) et crée les unités mobiles de radiologie pour les blessés. Après-guerre, elle siège à la commission internationale de Coopération intellectuelle de la Société des Nations, l'ancêtre de l'ONU. Elle accepte la présidence d'honneur de l'Association française des femmes diplômées des universités, créée en 1920, affiliée à la Fédération internationale des femmes universitaires fondée à Londres l'année précédente. Elle bénéficie du soutien des femmes américaines qui l'aident dans ses recherches en finançant l'achat très onéreux d'un gramme de radium à deux reprises, en 1921 et 1929.

À propos du suffrage des femmes, symbole des féminismes de l'époque, elle trouve que le principe est « essentiellement juste et qu'il devra être reconnu » et fait connaître son opinion aux parlementaires, ne supportant pas qu'un adversaire du suffrage se soit servi de son nom pour appuyer son argumentaire. « Ma mère, affirme Irène Curie, fut toujours extrêmement féministe [...]. Il y avait des questions sur lesquelles ma mère avait des opinions d'une intransigeance absolue. Par exemple, elle estimait que les femmes devaient avoir les mêmes droits, et d'ailleurs les mêmes devoirs, que les hommes [3] . »

Irène Joliot-Curie choisit, dans un contexte bien différent, de s'engager plus ouvertement. Comme sa mère, elle est dotée d'un capital de notoriété exceptionnel, même avant le Nobel, en tant que fille de deux Prix Nobel, elle-même scientifique. Le 14 janvier 1934, elle annonce avec Frédéric Joliot-Curie la découverte de la radioactivité artificielle, ce qui lui confère un surcroît de célébrité, bientôt accru par le prix Nobel. 1934, c'est aussi l'année d'une prise de conscience politique qui se fait avec la mobilisation antifasciste de la gauche. Les Joliot-Curie s'engagent, comme beaucoup de scientifiques de leur entourage.

Irène Joliot-Curie prend la défense du droit au travail féminin, menacé dans le contexte de crise économique et sociale des années 1930 [4] . Avec humour, dans son édition du 18 novembre 1935, Le Quotidien commente : « Si quelque règlement avait interdit à Irène Joliot-Curie de devenir savante, et l'avait condamnée au raccommodage des chaussettes de M. Joliot, le prix Nobel n'eut peut-être pas été cette année pour la France. »

Très sensible à la question du travail, qui est pour elle « le droit le plus précieux des femmes », Irène Joliot-Curie l'est moins à celle du vote. Certes cette « mesure de justice » a été « trop longtemps différée », mais elle craint un vote réactionnaire des électrices et ne s'oppose pas à un vote par étapes, commençant par le suffrage municipal, si cela permet de surmonter l'obstacle. En tout cas, elle se déclare nettement « féministe » et estime que « dans notre société, presque tout est à refaire en ce qui concerne la position de la femme » [5] .

L'engagement d'Irène

Engagée, Irène Joliot-Curie l'est aussi au sein du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, fondé en 1934. En juin 1936, elle est une des trois femmes appelées au gouvernement par Léon Blum. Pour La Française, cette nomination est « un hommage à la valeur intellectuelle et scientifique de la femme ». Consciente de ce statut de première, la secrétaire d'État à la Recherche scientifique affirme que si elle a accepté malgré ses hésitations, « c'est surtout pour servir la cause du travail féminin, si menacée aujourd'hui dans tous les pays ». Affaiblie par ses problèmes de santé, impatiente de reprendre ses recherches, elle démissionne trois mois après sa nomination, cédant la place à son ami Jean Perrin.

Irène Joliot-Curie n'abandonne pas pour autant le combat antifasciste. Elle soutient les républicains espagnols ; elle participe, en mai 1938, à la Conférence internationale des femmes pour la défense de la paix, de la liberté, de la démocratie, qui dénonce la marche à la guerre entreprise par Hitler. Le Comité mondial des femmes dénonce les accords « criminels » de Munich. En 1939, Irène Joliot-Curie préside l'Union des intellectuels français pour la justice, la liberté et la paix, qui veut rappeler aux « intellectuels égarés » que « la non-résistance tourne invariablement au profit de la force et de l'oppression ». Elle participe à l'accueil des savants étrangers fuyant le nazisme. La résistance, dès 1940, est dans le droit-fil de ses engagements lucides d'avant-guerre. Elle se rapproche, comme son mari, de la mouvance communiste, qu'elle ne quittera plus. À la Libération, elle rejoint l'Union des femmes françaises, dont le premier congrès met en avant la défense de la famille, la libération et la reconstruction de la France. Elle publie dans Femmes françaises, en septembre 1945, ses « Impression d'URSS » où elle s'enthousiasme pour « la participation de la femme à tous les travaux, même les travaux de force », y compris dans l'armée. Puisque l'égalité des sexes est réalisée en URSS, écrit-elle, le féminisme y est devenu sans objet. Mais elle s'écarte de la ligne du parti lorsqu'elle approuve « la liberté de la procréation féminine ». Elle meurt en 1956, l'année qui voit naître le Planning familial et reconnaître la technique de l'accouchement sans douleur : débuts d'une révolution qui donnera aux femmes les moyens de maîtriser leur corps.

Marie Curie et Irène Joliot-Curie échappent en grande partie au regard social dominant qui n'admet qu'avec réticence les femmes dans le monde du travail, et ne les tolère qu'au prix d'une assignation à la « féminité professionnelle ». Indifférentes aux préjugés, à l'opinion d'autrui, elles sont non seulement pionnières mais exceptionnelles. Elles montrent par l'exemple que les sciences et le génie n'ont pas de sexe.

En deux mots Le combat des femmes pour l'égalité des sexes mobilise aussi bien dans la communauté scientifique que dans le reste de la société. L'excellence n'a pas suffi à Marie Curie et à sa fille Irène Joliot-Curie pour obtenir les postes qu'elles convoitaient. Leur notoriété permit néanmoins à la première d'appuyer les suffragettes anglaises et, à la seconde, de s'engager politiquement jusqu'à participer à un gouvernement.

Christine Bard
Christine Bard

[1] Colette Yver, Princesses de sciences, Paris, Calmann-Lévy, 1907.

[2] Pierre Curie, Le Matin, 20 décembre 1903.

[3] Irène Joliot-Curie, « Marie Curie, ma mère », Europe, 108, 98, 1954.

[4] Christine Bard, Les Filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940, Fayard, 1995.

[5] Hélène Gosset, « Irène Joliot-Curie, scientifique », L'?uvre, 21 août 1935.

jeudi 8 juillet 2010

La Cour de cassation reconnaît une adoption par le second parent d'un couple homosexuel

La Cour de cassation reconnaît une adoption par le second parent d'un couple homosexuel
LeMonde.fr avec AFP | 08.07.10 | 17h58 • Mis à jour le 08.07.10 | 22h38

Pour l'avocate de Mme B., Caroline Mécary, "cet arrêt pose tout de même la question de la pertinence de la législation actuelle".
AFP/MARTIN BUREAU
Pour l'avocate de Mme B., Caroline Mécary, "cet arrêt pose tout de même la question de la pertinence de la législation actuelle".

La Cour de cassation a rendu, jeudi 8 juillet, un arrêt historique par lequel elle admet un lien de filiation entre un enfant et la compagne de sa mère biologique. En ordonnant l'exequatur – c'est-à-dire la reconnaissance juridique sur le sol français – d'une décision prise plus tôt par un tribunal américain en faveur d'une certaine Mme B., la Cour laisse entendre qu'un enfant peut avoir juridiquement deux parents du même sexe.
L'association Inter-LGBT "salue" cette décision

"Pour la première fois, et par l'application d'une décision d'une justice étrangère, il y a une reconnaissance implicite d'une famille homoparentale, via le biais d'un couple binational", a salué Vincent Loiseau, porte-parole de l'association Inter-LGBT (Lesbien, Gay, Bi et Trans), qui réunit soixante associations.

Il dit toutefois regretter "qu'il y ait toujours autant d'obstacles à l'homoparentalité en France". "Il n'y a toujours pas en France de reconnaissance de la famille homoparentale, alors que l'on sait que 57 % des Français y sont favorables", a souligné M. Loiseau, rappelant un sondage paru en novembre 2009.

Médecin française exerçant aux Etats-Unis, Mme B. et sa compagne Mme N., médecin elle aussi, de nationalité américaine, sont toutes les deux mères d'une petite fille, conçue en 1999, à Atlanta, grâce à une insémination artificielle avec donneur anonyme. Mme B. a réclamé peu de temps après et obtenu de la justice américaine d'être reconnue comme le second parent de l'enfant.

Selon le site d'information gay et lesbien Yagg, le tribunal du comté de DeKalb, en Géorgie, avait estimé que la demande d'adoption était "dans le meilleur intérêt de l'enfant. (…) Il serait contradictoire avec la réalité des dispositions quant à l'éducation de l'enfant de mettre fin aux droits du parent légal ou de refuser le droit d'adoption par le second parent, ladite adoption bénéficiant du consentement formel du parent légal". Un nouvel acte de naissance a donc été établi indiquant que la mère était Mme N. et le second parent Mme B.

UN ARRÊT QUI FERA JURISPRUDENCE

Mais si la justice américaine a autorisé l'adoption, le tribunal de grande instance de Paris, lui, a rejeté la demande en 2007, refusant de traduire en droit français la décision prise par un tribunal américain. Un refus réitéré par la cour d'appel en octobre 2008. C'est cette décision sur laquelle est revenue aujourd'hui la Cour de cassation.

Pour la Cour de cassation, le refus d'exécuter en France le jugement américain ne peut se fonder sur le motif qu'il heurte des principes essentiels du droit français. Il n'en est pas ainsi de "la décision qui partage l'autorité parentale entre la mère et l'adoptante de l'enfant", écrivent les magistrats dans leur arrêt.

"Non seulement cet arrêt bénéficie à cette petite fille, qui a désormais deux parents juridiques aux Etats-Unis et en France, mais il fera jurisprudence pour tous les couples binationaux dont l'un des membres aurait adopté l'enfant de son partenaire à l'étranger", a expliqué l'avocate de Mme B., Caroline Mécary, citée sur le site 20minutes.fr. "Cet arrêt pose tout de même la question de la pertinence de la législation actuelle", estime-t-elle.
Dans un communiqué ultérieur, elle a également souligné que c'était "un pas considérable fait vers l'égalité de traitement des enfants élevés par deux femmes ou deux hommes".

mercredi 7 juillet 2010

"Tout est fait pour décourager les femmes en politique"

Elisabeth Guigou, députée (PS) de la Seine-Saint-Denis
"Tout est fait pour décourager les femmes en politique"
LEMONDE pour Le Monde.fr | 07.06.10 | 15h56 • Mis à jour le 07.06.10 | 16h07


Fernand : Dix ans après le vote de la première loi sur la parité, quel bilan faites-vous de cette réforme?

Elisabeth Guigou : Ce bilan est mitigé : excellent pour les élections au scrutin de liste : élections municipales, régionales et européennes, puisque la loi du 6 juin 2000 a imposé l'alternance stricte homme-femme sur les listes. Nous avons donc la moitié de conseillères municipales, de conseillères régionales. Là où c'est très décevant, c'est dans les élections aux scrutins uninominaux, où nous avons seulement 18,5 % de députés à l'Assemblée nationale. Nous avons presque 22 % de sénatrices. Car une partie des élections des sénateurs se fait à la proportionnelle.

Pour les scrutins de liste, nous avons 44 ,5 % de femmes au Parlement européen, 48 % de conseillères régionales, et 35 % pour les conseillères municipales. En revanche, pour les scrutins uninominaux, nous avons 18,5 % de députés et 22 % de sénatrices.

La loi n'a donc pas atteint son objectif, car elle a procédé de façon indirecte en imposant des pénalités financières pour le scrutin législatif (députés et sénateurs). Il faut reconnaître, hélas, que les partis politiques ont préféré payer les pénalités plutôt que de présenter 50 % de femmes candidates.

Il y a des différences entre les partis : les partis de gauche paient beaucoup moins que les partis de droite : le PS paie 500000 euros par an, alors que l'UMP paie 4 millions d'euros.

Marie : La réforme des collectivités territoriales présentée par le gouvernement va faire mécaniquement diminuer le nombre de femmes élues dans ces assemblées. Comment faire pour éviter ce recul de la parité ?

Il faut savoir que la loi du 6 juin 2000 dont nous fêtons les dix ans n'avait pas de dispositions particulières pour l'élection des conseillères générales. Parce qu'il n'existe pas de financement public pour ce type d'élections, donc il n'y avait pas de moyen de pression comme il en existe pour les législatives.

Evidemment, quand le gouvernement a décidé de remplacer le scrutin de liste régional par un scrutin uninominal pour les futurs conseillers territoriaux qui, à partir de 2014, remplaceront les conseillers régionaux, cela se traduira par un recul terrible de la parité. Toutes les projections montrent qu'on passera de 48 % de conseillères régionales à 17 % de conseillères territoriales. Ce qui est évidemment une régression inacceptable, choquante, indécente, qui d'ailleurs peut être condamnée par le Conseil constitutionnel.

Nous allons faire un recours sur cette base, car l'article 1er de la Constitution dit que "la loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux fonctions électives". Et ceci depuis la loi constitutionnelle du 8 juillet 1999 que j'ai l'honneur de défendre devant le Parlement.

Donc cette disposition, à nos yeux, est inconstitutionnelle. C'est la raison pour laquelle le gouvernement, la semaine dernière, à la fin de la dernière nuit d'examen du projet de loi, a fait passer un amendement qui vise prétendument à favoriser la parité pour les élections des conseillers territoriaux.

Evidemment, cet amendement n'est qu'un garde-fou destiné à prémunir le gouvernement contre une censure du Conseil constitutionnel. C'est un amendement qui instaure des pénalités financières qui n'existaient pas pour les élections locales. C'est un amendement insupportable et absurde, d'abord parce que c'est un micmac financier complexe auquel personne ne comprend rien, que les retenues financières sont ridicules, que, en plus, on prend les pénalités sur l'enveloppe financière destinée aux députés, on affaiblit donc la possibilité de pénalités financières sur les députés.

Et c'est un amendement qui tourne le dos aux propos mêmes du premier ministre, qui, dans une déclaration très théâtrale, avait appelé à la mise en oeuvre de sanctions lourdes et dissuasives. Enfin, cet amendement ne règle pas la question des femmes candidates, évidemment, et encore moins la question des femmes élues. Parce que le paradoxe aujourd'hui, c'est que même quand les parties présentes, à peu près la moitié de femmes candidates, il n'y a pas la moitié de femmes élues, car on donne aux femmes les circonscriptions les moins bonnes.

Donc le vrai sujet aujourd'hui, pour faire progresser la parité, c'est de faire respecter par des sanctions financières dissuasives l'obligation d'avoir 50 % de femmes candidates à toutes les élections, qu'elles soient uninominales ou de listes. Pour cela, nous avons proposé qu'on supprime purement et simplement aux partis politiques qui ne présentaient pas 50 % de femmes candidates tout financement public.

Deuxième mesure pour traiter le problème de l'écart entre nombre de candidates et nombre d'élues, qu'on instaure des sanctions financières dissuasives contre les partis politiques qui n'assurent pas 50 % de femmes élues. Cela a été repoussé par le gouvernement. D'ailleurs, celui-ci ne comprend pas ce qu'est la parité, car la parité, ce ne sont pas des quotas, 30 ou 40 %, la parité, c'est 50-50.

Diego : Dans ces dernières décennies, toutes les démocraties européennes semblent avoir fait un pas en avant dans le système électoral, avec un pourcentage croissant de femmes élues parlement. Seule la France ne parvient apparemment pas à décoller. Est-ce un problème politique ou social ?

Je pense que ce sont les deux. En France, la politique est encore considérée aujourd'hui comme le lieu par essence du pouvoir. C'est un territoire où les hommes n'ont jamais voulu que les femmes s'aventurent. C'est pourquoi les Françaises ont eu le droit de vote bien après les Européennes, même 36 ans après les Turques...

Cela remonte à la Révolution française, où malgré l'insistance de Condorcet ou de féministes comme Olympe de Gouges - qui disait : "Les femmes ont le droit de monter à l'échafaud, je ne vois pas pourquoi elles n'auraient pas le droit de monter à la tribune de l'Assemblée nationale" -, jamais la Révolution française n'a accordé aux femmes les mêmes droits qu'aux hommes. Tout cela sous des prétextes du genre : "les femmes seront influencées par les prêtres donc vont voter pour la réaction"; "pourquoi donner des droits particuliers aux femmes alors que l'universalisme républicain leur reconnaît en théorie les mêmes droits ?"

On a surmonté tout cela avec la réforme constitutionnelle, mais ce qui est terrible, c'est que la politique fonctionne en France comme un territoire sacré, lieu ultime du pouvoir où les femmes n'ont pas le droit de s'aventurer.

C'est un peu le cas dans tous les pays européens : là où on pense que se situe le pouvoir suprême, on n'admet pas les femmes. Par exemple, dans les pays du nord de l'Europe, qui sont exemplaires sur la parité en politique, mais où on considère que le vrai pouvoir se trouve dans l'économie et dans les entreprises, il y a autant de femmes que d'hommes dans les parlements, mais une infime minorité de femmes à la tête des entreprises.

Donc il faut se battre sur tous les fronts, et surtout lutter contre la régression actuelle, non seulement en politique, mais aussi dans la vie professionnelle. Car c'est quand même inouï qu'à notre époque, les femmes continuent à être payées 30 % moins cher que les hommes, et qu'elles continuent à être pénalisées dans leur carrière dans les entreprises privées parce qu'elles doivent forcément interrompre quelques semaines leur travail pour donner naissance aux enfants, dont notre pays a, nous le savons, un urgent besoin.

La lutte pour la parité dans tous les domaines de la vie en société, c'est un combat qui doit absolument reprendre. Sinon, la régression s'accentuera et nous aurons une société bancale, car une société ne peut fonctionner de façon harmonieuse que si elle reflète ce qu'est l'humanité, tout simplement.

Martine : Pourquoi si peu de femmes ont-elles envie de se lancer dans une carrière politique ?

Parce que tout est fait pour décourager les femmes en politique ! Les femmes ont encore en France l'essentiel de la charge des enfants et de la vie familiale. Pour des raisons biologiques et sociales. Si elles veulent faire de la politique, elles doivent ajouter une troisième vie à leurs deux vies déjà difficiles à concilier : la vie professionnelle et la vie familiale.

En plus, les partis politiques ne font rien pour les aider : on leur donne les plus mauvaises circonscriptions. Quand on voit des tribunes de partis politiques, même au PS où on est en principe en faveur de la parité encore aujourd'hui, il est très rare qu'on ait la parité.

Les partis politiques restent dominés par un fonctionnement très masculin. Je vais tout faire, je peux vous l'assurer, pour que lors des prochaines investitures pour les élections législatives en France, le PS soit exemplaire et qu'il investisse 50 % de femmes, pas une de moins, dans 50 % de circonscriptions gagnables.

Je sais que je peux compter sur Martine Aubry, mais il faut surmonter les réticences ordinaires d'un appareil qui n'a pas l'habitude de raisonner comme ça. Nous sommes quelques-unes, à l'Assemblée nationale, au Sénat, dans le parti, à être très déterminées et à faire avancer les choses.

Sam : Quelle différence faites-vous entre ce que l'on appelle la discrimination positive, qui serait anti-républicaine, et les lois sur la parité qui me semblent relever du même principe ?

La réponse est que les femmes ne sont pas une catégorie, qu'il y a des femmes dans toutes les catégories. Et par ailleurs, les femmes, c'est juste la moitié de l'humanité... Et sans les femmes, il n'y aurait pas d'humanité. Donc ce n'est pas du tout une forme de discrimination positive, c'est reconnaître que si la politique veut être humaine, il faut qu'elle ressemble à l'humanité et à la société dont elle est l'émanation.

C'est pour cela que nous sommes loin des quotas, et qu'il faut tenir bon sur le 50-50. Chaque fois qu'on préconise des quotas, c'est une régression.

Martel : Comment font les pays où la parité est respectée ?

Ils ont une politique très avancée. A vrai dire, cela se passe surtout dans les pays nordiques, ou ce sont des lois qui l'imposent de façon beaucoup plus draconienne que chez nous. En Afrique du Sud, par exemple, c'est illégal. Donc il faut que nous ayons dans notre législation des mesures absolument obligatoires.

Jean-Michel Lucas : Sur ces dix ans, voyez-vous une quelconque corrélation entre l'évolution des taux de participation aux élections et l'évolution de la parité ? Qu'en est-il par ailleurs du lien entre le taux de présence des élus à leur siège et parité ?

Globalement, les femmes sont beaucoup plus assidues à l'Assemblée nationale et dans leur mandat en général. C'est un fait. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'hommes qui sont très présents, mais globalement, les femmes le sont davantage. Et je pense qu'il y a beaucoup plus de femmes qui plaident pour le non-cumul des mandats. Aujourd'hui, au PS, ce sont des femmes qui mènent ce combat.

Le non-cumul est la condition, le préalable absolu de réalisation et de la parité, et de la diversité, et du renouvellement en général, et de la revalorisation du rôle du Parlement, d'ailleurs. Et je pense que cela peut même être un argument électoral formidable. Les Français ont bien compris qu'ils auraient avantage à avoir des élus qui s'occupent d'un seul mandat. Ce peut donc être un atout électoral.

Raskolnikov : Ne pensez vous pas que la loi sur la parité était une fausse bonne idée, dans le sens où elle biaise le regard des députés, qui verront en leur collègue féminine, une femme faisant parti d'un quota, plutôt que leur égal en compétence?

Je rends cette justice à mes collègues hommes : je n'ai jamais senti chez eux ce type de raisonnement. D'abord, quand on est élu à un scrutin uninominal, on est élu sous son nom propre. Ensuite, sur les scrutins de liste, si les hommes se mettaient à regarder les femmes comme des élus de quotas, on pourrait leur retourner la politesse.

Chat modéré par Anne Chemin et Pascal Galinier

mardi 6 juillet 2010

L'association FEMEL'association FEMEN lutte contre la censure et l'agression des médias

attention article dans Entrevue ..; quelle référence ...


En Ukraine, les femmes prennent le pouvoir !
L'association FEMEN lutte contre la censure et l'agression des médias
Mardi 06 Juilet 2010 12:30


Shorty, soutien-gorges à dentelles, chaussures à talons, ces militantes ukrainiennes du mouvement féministe FEMEN protestaient le jeudi 3 juin en faveur des droits des médias.

Depuis un certain temps, les forces de l’ordre utilisent l’intimidation et agressent les médias afin qu’ils procèdent à l’autocensure. Pour l’illustrer, les activistes portaient des gilets de policiers anti-émeutes, des matraques en plastique et un bouclier sur lequel se lisait « la presse sous presse ».

Adeptes des méthodes de choc, elles se sont, par exemple, déshabillées le jour de la fête de l’indépendance ou encore ont bombardé des « sexistes » de gâteaux à la crème.

Et ces méthodes marchent puisque les images font le tour du monde…

Des féministes suédoises brûlent 10 000 euros pour protester contre les discriminations

Des féministes suédoises brûlent 10 000 euros pour protester contre les discriminations
LEMONDE.FR avec AFP | 06.07.10 | 14h05


Un parti féministe suédois a brûlé mardi 100 000 couronnes en billets de banque, soit 10 385 euros, pour dénoncer les discriminations salariales entre hommes et femmes.
AFP/JANERIK HENRIKSSON
Un parti féministe suédois a brûlé mardi 100 000 couronnes en billets de banque, soit 10 385 euros, pour dénoncer les discriminations salariales entre hommes et femmes.

Un parti féministe suédois a brûlé mardi 100 000 couronnes en billets de banque, soit 10 385 euros, pour dénoncer les discriminations salariales entre hommes et femmes. "C'est ce que perdent les femmes à chaque minute dans le système actuel où les salaires sont déterminés en fonction du sexe", a déclaré Gudrun Schyman, chef du parti Initiative féministe, commentant l'action à la radio publique suédoise.

Détruire des billets de banque n'est pas illégal en Suède, a précisé un porte-parole de la banque centrale. "Ce n'est pas drôle de brûler de l'argent. Je sais que c'est beaucoup d'argent. Cela représente beaucoup d'argent pour moi et pour beaucoup d'autres", a convenu Gudrun Schyman, ajoutant qu'il y avait une longue liste d'organisations caritatives qui auraient pu en bénéficier.

"Mais, a-t-elle expliqué, Initiative féministe est un parti politique, pas une organisation caritative. Nous œuvrons pour changer la réalité. La question que nous voulons soulever à travers ce geste, ce sont les discriminations salariales." Initiative féministe a été fondé en 2005 et a présenté ses premières candidates aux législatives de 2006 mais n'a pas remporté de siège au Parlement.

lundi 5 juillet 2010

Une histoire politique du pantalon

Une histoire politique du pantalon
Christine Bard

Sciences humaines / Histoire

Date de publication : 19/08/2010

EAN13 : 9782021004076



Successeur de la culotte, le pantalon symbolise la masculinité et, partant, le pouvoir, comme en témoigne le dicton « porter la culotte ». Au cours de la Révolution, il se charge d’une signification plus précise en exprimant les valeurs républicaines et devient un élément clé du nouvel ordre politique. Mais l’Ancien Régime continue pour les femmes, qui, sur le plan tant vestimentaire que social, n’accèdent ni à la liberté ni à l’égalité. Privées de droits, assignées à résidence dans leur genre, elles sont interdites de pantalon.

Rien de tel qu’un interdit pour susciter le désir… Surchargé de fantasmes, le pantalon accompagne toutes les transgressions qui jalonnent la route de l’émancipation des femmes. Artistes, féministes, révolutionnaires, voyageuses, actrices, lesbiennes, sportives, innombrables sont les femmes connues et inconnues qui s’approprient l’habit masculin. Il faut attendre les années 1960-1970 pour que le pantalon soit féminisé et devienne un vêtement mixte. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. Pourquoi l’ordonnance de 1800 interdisant aux femmes de s’habiller en homme n’est-elle toujours pas abrogée ? Pourquoi les collégiennes ne portent-elles plus que des pantalons ? Pourquoi une « journée de la jupe » ? L’actualité des questions de sexe et de genre gagne à être située dans l’histoire longue de la peur de la confusion des rôles et de la contestation du pouvoir masculin.

Christine Bard, professeure d’histoire à l’université d’Angers (CERHIO / Centre d’histoire de Sciences Po), est notamment l’auteure des Garçonnes (Flammarion, 1998) et de Ce que soulève la jupe (Autrement, 2010).