Vie de meuf, le blog contre le machisme au boulot
Par Nathalie Ratel, publié le 15/07/2010 à 19:08
Le collectif Osez le féminisme a inauguré lundi le blog "Vie de meuf", pour toutes les femmes victimes du sexisme sur leur lieu de travail.
Vie de meuf, le blog contre le machisme au boulot
Flickr/caseywest
"T'as tes ragnagnas ou quoi?" Ce type de réflexions machistes, Flo, elle connaît. Sur le blog Vie de meuf, lancé lundi par le collectif Osez le féminisme à la veille du 27e anniversaire de la première loi sur l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, elle confie avoir régulièrement droit à ce type de remarques de la part de ses collègues masculins, dès lors qu'elle ne saisit pas un point technique au cours d'une réunion. Son cas n'est pas isolé, comme en témoignent les 200 commentaires laissés sur Vie de meuf où, comme sur le site Vie de merde, les internautes sont invités à raconter leurs soucis quotidiens.
Quel que soit le secteur d'activité, certaines femmes sont encore recalées à leurs entretiens d'embauche au motif qu'elles auront des enfants un jour. Marie B. s'est ainsi vu refuser un poste parce qu'elle envisageait de devenir maman dans les cinq années à venir: "Avoir des enfants avant 35 ans est un signe de manque d'ambition flagrant", lui a t-on répondu. "C'est une femme qui m'a dit ça!" écrit-elle, atterrée.
Pour les femmes déjà en poste, le congé maternité peut aussi servir de prétexte pour freiner l'évolution de carrière. "Nous avons des points de compétence tous les 3 ans (et une augmentation de 49 euros bruts). Je pars pour mon congé maternité à 2 ans et 11 mois d'ancienneté. De retour, on m'annonce que du fait de mon arrêt, j'ai perdu des compétences et que le compteur reprend à zéro..." se désespère Lolo.
"T'es pas sérieuse, c'est un boulot de mec"
Lorsqu'il s'agit de gérer des équipes ou d'endosser un peu plus de responsabilités, de nombreuses femmes se heurtent encore au postulat selon lequel elles n'auraient pas assez de poigne. "Le lobbying? T'es pas sérieuse, c'est un boulot de mec. Influencer, prendre des positions politiques fortes: il y a trop de responsabilités pour une femme", a entendu Charlotte, après avoir décroché un emploi au sein d'une grande compagnie aérienne.
Employée par une société de services en ingénierie informatique, C. a elle aussi crû à une hallucination quand son collègue lui a demandé ce qu'elle avait fait au chef pour qu'il lui confie la gestion d'un projet important. "Ce n'est pas possible qu'une fille fasse du bon boulot dans l'informatique?" s'indigne-t-elle.
Les internautes de Vie de meuf se plaignent également de leurs associés ou managers qui, comme c'est le cas pour Eve, leur adressent la parole les yeux rivés sur leur poitrine. D'autres, comme Nadia, s'exaspèrent de se voir qualifier de "secrétaire" quand leurs homologues masculins, qui exercent pourtant les mêmes fonctions, sont appelés "collaborateurs". Un sexisme tellement prégnant qu'il affecte même certains hommes: "Aujourd'hui, je cherche un boulot de cuisinier/plongeur, le patron refuse de me donner le poste parce que 'les femmes savent mieux faire ces choses là'", soupire Armand.
vendredi 16 juillet 2010
mercredi 14 juillet 2010
L'Argentine pourrait autoriser le mariage homosexuel
L'Argentine pourrait autoriser le mariage homosexuel
LEMONDE.FR avec AFP | 14.07.10 | 21h07
Deux Argentins ont été les premiers homosexuels à se marier en Amérique latine le 28 décembre en Terre de Feu (sud), avant d'être imités par six autres couples gays ou lesbiens.
REUTERS/MARCOS BRINDICCI
Deux Argentins ont été les premiers homosexuels à se marier en Amérique latine le 28 décembre en Terre de Feu (sud), avant d'être imités par six autres couples gays ou lesbiens.
Le Sénat argentin a commencé à débattre mercredi 14 juillet d'un projet, déjà accepté par les députés, qui pourrait faire de ce pays très majoritairement catholique le premier en Amérique latine à autoriser le mariage homosexuel.
La session a commencé en début d'après-midi, avec 37 sénateurs sur 72 (tout juste le quorum requis), et risque de s'éterniser. La Chambre haute est très divisée et l'issue du scrutin est indécise.
Sur le même sujet
Lol Kin Castaneda et Judith Vazquez à la veille de leur mariage.
Les faits Premiers mariages homosexuels féminins en Amérique latine
Eclairage Où en sont les droits des homosexuels en Amérique latine ?
Les faits Ushuaïa a célébré le premier mariage gay d'Amérique latine
Point de vue La Gay Pride, une marche très actuelle
"Je crois que nous pouvons faire passer la loi, j'espère que le Sénat va s'engager en faveur des minorités, mais nous verrons le résultat final", a déclaré avant les débats le sénateur Miguel Angel Pichetto, président du groupe favorable au gouvernement, minoritaire au Sénat.
UNE SOCIÉTÉ TRÈS PARTAGÉE
La société est également très partagée sur le sujet, comme l'illustrent des sondages contradictoires. Pour l'institut Isonomia, 46,2 % des personnes interrogées sont contre le mariage homosexuel et 39,8 % en sa faveur. En revanche, selon un sondage Analogias, réalisé pour sa part seulement dans les grandes villes, 68,5 % des personnes interrogées sont pour le projet et 29,6 % contre.
L'Eglise catholique, dont se réclament 91 % des Argentins, a lancé une offensive contre le mariage homosexuel, avec en point d'orgue une manifestation qui a réuni des dizaines de milliers de personnes mardi soir face au Congrès.
"L'Union entre un homme et une femme est la voie naturelle pour la procréation : l'adoption d'une telle loi marquerait un grave revers", a une nouvelle fois plaidé l'archévêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio, dans un message lu à la tribune.
UN RETOUR "À L'INQUISITION"
La présidente de centre gauche Cristina Kirchner, dont le gouvernement soutient le projet, a critiqué lundi les arguments de l'Eglise, qui renvoient selon elle "à l'Inquisition".
Deux Argentins ont été les premiers homosexuels à se marier en Amérique latine le 28 décembre en Terre de Feu (sud), avant d'être imités par six autres couples gays ou lesbiens.
Une bataille juridique s'en est suivie. Des juges ont tenté d'annuler ces actes au motif que l'article 172 du code civil ne prévoit pas le mariage entre personnes du même sexe. Mais les mariés ont fait à chaque fois appel et se disent sûrs de l'emporter, s'il le faut, devant la Cour suprême.
LEMONDE.FR avec AFP | 14.07.10 | 21h07
Deux Argentins ont été les premiers homosexuels à se marier en Amérique latine le 28 décembre en Terre de Feu (sud), avant d'être imités par six autres couples gays ou lesbiens.
REUTERS/MARCOS BRINDICCI
Deux Argentins ont été les premiers homosexuels à se marier en Amérique latine le 28 décembre en Terre de Feu (sud), avant d'être imités par six autres couples gays ou lesbiens.
Le Sénat argentin a commencé à débattre mercredi 14 juillet d'un projet, déjà accepté par les députés, qui pourrait faire de ce pays très majoritairement catholique le premier en Amérique latine à autoriser le mariage homosexuel.
La session a commencé en début d'après-midi, avec 37 sénateurs sur 72 (tout juste le quorum requis), et risque de s'éterniser. La Chambre haute est très divisée et l'issue du scrutin est indécise.
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UNE SOCIÉTÉ TRÈS PARTAGÉE
La société est également très partagée sur le sujet, comme l'illustrent des sondages contradictoires. Pour l'institut Isonomia, 46,2 % des personnes interrogées sont contre le mariage homosexuel et 39,8 % en sa faveur. En revanche, selon un sondage Analogias, réalisé pour sa part seulement dans les grandes villes, 68,5 % des personnes interrogées sont pour le projet et 29,6 % contre.
L'Eglise catholique, dont se réclament 91 % des Argentins, a lancé une offensive contre le mariage homosexuel, avec en point d'orgue une manifestation qui a réuni des dizaines de milliers de personnes mardi soir face au Congrès.
"L'Union entre un homme et une femme est la voie naturelle pour la procréation : l'adoption d'une telle loi marquerait un grave revers", a une nouvelle fois plaidé l'archévêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio, dans un message lu à la tribune.
UN RETOUR "À L'INQUISITION"
La présidente de centre gauche Cristina Kirchner, dont le gouvernement soutient le projet, a critiqué lundi les arguments de l'Eglise, qui renvoient selon elle "à l'Inquisition".
Deux Argentins ont été les premiers homosexuels à se marier en Amérique latine le 28 décembre en Terre de Feu (sud), avant d'être imités par six autres couples gays ou lesbiens.
Une bataille juridique s'en est suivie. Des juges ont tenté d'annuler ces actes au motif que l'article 172 du code civil ne prévoit pas le mariage entre personnes du même sexe. Mais les mariés ont fait à chaque fois appel et se disent sûrs de l'emporter, s'il le faut, devant la Cour suprême.
Premiers mariages homosexuels féminins en Amérique latine
Premiers mariages homosexuels féminins en Amérique latine
LEMONDE.FR avec AFP | 11.03.10 | 20h00 • Mis à jour le 11.03.10 | 21h00
Lol Kin Castaneda et Judith Vazquez sont devenues, jeudi 11 mars, à Mexico les deux premières femmes à se marier en Amérique latine, grâce à la légalisation du mariage homosexuel approuvée en décembre dans la capitale mexicaine. Les deux pionnières ont été suivies par un autre couple féminin et deux masculins, dans une cérémonie collective retransmise à la télévision.
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La ville de Mexico, administrée par la gauche – minoritaire au niveau national –, avait légalisé le mariage homosexuel le 21 décembre, une "première" en Amérique latine. Deux mariages entre hommes ont déjà été célébrés en Argentine, mais en vertu d'une décision de justice et non pas de la loi, qui précise que le mariage est contracté "entre un homme et une femme".
La même formulation existait dans la loi de la capitale mexicaine, une des composantes de la fédération du pays avec trente et un Etats, mais le texte a été modifié par le vote du 21 décembre pour préciser que le mariage est désormais l'union de "deux personnes". La décision de la ville de Mexico a immédiatement été attaquée en justice par le parquet fédéral et plusieurs Etats du pays administrés par le Parti conservateur du président Felipe Calderon. La Cour suprême a rejeté plusieurs de ces recours.
"DES DROITS HISTORIQUEMENTS NIÉS"
Lol Kin et Judith ont demandé à pouvoir se marier le 4 mars, le jour même de l'entrée en vigueur de la loi. Quelques heures après, le registre de l'état-civil leur a annoncé qu'elles allaient devenir le premier couple homosexuel à se marier au Mexique, devant le maire de gauche de la capitale, la seule ville autorisant le mariage gay dans le pays et dans la région. "C'est un engagement énorme. Je suis moins préoccupée par la réception que par la préparation d'un bon discours. Mon engagement implique que je ne parle pas de moi-même mais d'une réalité, il s'agit de dire dans des termes politiques que des droits ont été historiquement niés", expliquait Lol Kin, 33 ans, avant de passer devant le maire.
Selon les deux femmes, la loi existe grâce aux gouvernements progressistes qui se sont succédé à Mexico, où ces treize dernières années la dépénalisation de l'avortement, le divorce simplifié ou des droits pour les couples du même sexe ont été approuvés. Les deux premières femmes à pouvoir se marier en Amérique latine ont reconnu qu'elles ne s'étaient jamais imaginé un tel dénouement avant le vote de la loi en décembre. C'est là qu'elles ont décidé de franchir le pas. "Le mariage ne transforme pas notre relation, ni ne change notre amour, et ne consolide rien. Il donne uniquement des droits qui nous étaient refusés et qu'il est important pour nous de garantir", affirme Lol Kin.
LEMONDE.FR avec AFP | 11.03.10 | 20h00 • Mis à jour le 11.03.10 | 21h00
Lol Kin Castaneda et Judith Vazquez sont devenues, jeudi 11 mars, à Mexico les deux premières femmes à se marier en Amérique latine, grâce à la légalisation du mariage homosexuel approuvée en décembre dans la capitale mexicaine. Les deux pionnières ont été suivies par un autre couple féminin et deux masculins, dans une cérémonie collective retransmise à la télévision.
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Deux Argentins ont été les premiers homosexuels à se marier en Amérique latine le 28 décembre en Terre de Feu (sud), avant d'être imités par six autres couples gays ou lesbiens.
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La ville de Mexico, administrée par la gauche – minoritaire au niveau national –, avait légalisé le mariage homosexuel le 21 décembre, une "première" en Amérique latine. Deux mariages entre hommes ont déjà été célébrés en Argentine, mais en vertu d'une décision de justice et non pas de la loi, qui précise que le mariage est contracté "entre un homme et une femme".
La même formulation existait dans la loi de la capitale mexicaine, une des composantes de la fédération du pays avec trente et un Etats, mais le texte a été modifié par le vote du 21 décembre pour préciser que le mariage est désormais l'union de "deux personnes". La décision de la ville de Mexico a immédiatement été attaquée en justice par le parquet fédéral et plusieurs Etats du pays administrés par le Parti conservateur du président Felipe Calderon. La Cour suprême a rejeté plusieurs de ces recours.
"DES DROITS HISTORIQUEMENTS NIÉS"
Lol Kin et Judith ont demandé à pouvoir se marier le 4 mars, le jour même de l'entrée en vigueur de la loi. Quelques heures après, le registre de l'état-civil leur a annoncé qu'elles allaient devenir le premier couple homosexuel à se marier au Mexique, devant le maire de gauche de la capitale, la seule ville autorisant le mariage gay dans le pays et dans la région. "C'est un engagement énorme. Je suis moins préoccupée par la réception que par la préparation d'un bon discours. Mon engagement implique que je ne parle pas de moi-même mais d'une réalité, il s'agit de dire dans des termes politiques que des droits ont été historiquement niés", expliquait Lol Kin, 33 ans, avant de passer devant le maire.
Selon les deux femmes, la loi existe grâce aux gouvernements progressistes qui se sont succédé à Mexico, où ces treize dernières années la dépénalisation de l'avortement, le divorce simplifié ou des droits pour les couples du même sexe ont été approuvés. Les deux premières femmes à pouvoir se marier en Amérique latine ont reconnu qu'elles ne s'étaient jamais imaginé un tel dénouement avant le vote de la loi en décembre. C'est là qu'elles ont décidé de franchir le pas. "Le mariage ne transforme pas notre relation, ni ne change notre amour, et ne consolide rien. Il donne uniquement des droits qui nous étaient refusés et qu'il est important pour nous de garantir", affirme Lol Kin.
Egalité professionnelle : un demi pas en avant, vingt-sept ans en arrière
Point de vue
Egalité professionnelle : un demi pas en avant, vingt-sept ans en arrière
LEMONDE.FR | 14.07.10 | 10h57
Caroline De Haas, réseau "Osez le féminisme !"
Il y a vingt-sept ans, le 13 juillet 1983, Yvette Roudy faisait adopter à l'Assemblée nationale la première loi sur l'égalité professionnelle. Après les avancées nombreuses de 1965 (autorisation de travailler sans l'accord de son mari, possibilité d'ouvrir un compte en banque à son nom…), cette loi visait à corriger les inégalités encore profondément ancrées dans le monde du travail.
Près d'un quart de siècle plus tard, les choses ont-elle réellement changé ? La réalité est assez cruelle : nous n'en sommes pas beaucoup plus loin qu'au début des années 1980. Les chiffres publiés chaque année par le Service Droits des Femmes du gouvernement nous le rappellent : les femmes touchent des salaires inférieurs de 27 % à ceux des hommes et représentent 82 % des salariés à temps partiel. La moitié des emplois féminins se concentre dans 14 % des catégories professionnelles. Près de trois femmes sur dix attendent 65 ans pour liquider leur retraite, faute de n'avoir pu rassembler les trimestres nécessaires, contre un homme sur vingt. Les femmes n'occupent, en 2007, qu'un peu plus d'un quart des postes d'encadrement des entreprises du secteur privé et semi-public alors qu'elles sont majoritaires à l'université.
L'année 2010 n'est pas anodine pour l'égalité professionnelle. C'est la date donnée en 2006, lors du vote de la dernière loi pour l'égalité pour évaluer ses effets et éventuellement sanctionner les entreprises. Ces dernières ont jusqu'au 31 décembre pour se mettre en conformité avec la loi, c'est-à-dire ouvrir des discussions en leur sein sur l'égalité professionnelle. Aujourd'hui, quatre ans après la loi et six mois avant la date butoir, seules 8 % des entreprises ont signé un accord avec les partenaires sociaux. Il y a donc de quoi s'inquiéter.
TOUJOURS LA MÊME RÉALITÉ
Que risquent les entreprises qui ne respectent pas la loi ? En 2006, les parlementaires avaient prévu dans ce cas qu'un nouveau projet de loi pourrait instaurer une taxe sur les salaires pour les sanctionner. Le gouvernement, pour faire d'une pierre deux coups, a directement intégré cette question au projet de réforme des retraites qui sera discuté à la rentrée à l'Assemblée nationale.
L'article 13 de la réforme des retraites concerne en effet l'égalité professionnelle. Les sanctions qu'il prévoit sont en réalité largement en deçà de celles prévues en 2006. Elles seront appliquées uniquement aux entreprises de plus de 300 salariés – moins de 36 % des emplois – et porteront non pas sur l'absence de négociations mais sur l'absence de publications de chiffres sur l'égalité (le RSC, rapport de situation comparée). Pour échapper aux sanctions, il suffira aux entreprises de commander un rapport sur l'égalité professionnelle. Que celui-ci donne lieu ensuite à des changements, peu importe…
L'égalité professionnelle semble depuis vingt-sept ans une marotte sur laquelle tout le monde s'accorde mais pour laquelle personne ne fait rien. Des lois, des déclarations, des promesses et au final, toujours la même réalité. Lorsqu'on naît femme, on est destinée à être moins payée qu'un homme.
A une réforme des retraites qui, en reculant l'âge légal de départ à taux plein, va toucher en premier lieu les femmes, le gouvernement ajoute donc un recul net en matière d'égalité professionnelle. Le 13 juillet, nous pourrons souhaiter à toutes les femmes un "triste anniversaire". Vingt-sept ans après, les batailles sont manifestement toujours d'actualité.
Le réseau Osez le féminisme ! a construit un site d'information sur ce sujet : Vie de meuf.
Caroline De Haas, réseau "Osez le féminisme !"
Egalité professionnelle : un demi pas en avant, vingt-sept ans en arrière
LEMONDE.FR | 14.07.10 | 10h57
Caroline De Haas, réseau "Osez le féminisme !"
Il y a vingt-sept ans, le 13 juillet 1983, Yvette Roudy faisait adopter à l'Assemblée nationale la première loi sur l'égalité professionnelle. Après les avancées nombreuses de 1965 (autorisation de travailler sans l'accord de son mari, possibilité d'ouvrir un compte en banque à son nom…), cette loi visait à corriger les inégalités encore profondément ancrées dans le monde du travail.
Près d'un quart de siècle plus tard, les choses ont-elle réellement changé ? La réalité est assez cruelle : nous n'en sommes pas beaucoup plus loin qu'au début des années 1980. Les chiffres publiés chaque année par le Service Droits des Femmes du gouvernement nous le rappellent : les femmes touchent des salaires inférieurs de 27 % à ceux des hommes et représentent 82 % des salariés à temps partiel. La moitié des emplois féminins se concentre dans 14 % des catégories professionnelles. Près de trois femmes sur dix attendent 65 ans pour liquider leur retraite, faute de n'avoir pu rassembler les trimestres nécessaires, contre un homme sur vingt. Les femmes n'occupent, en 2007, qu'un peu plus d'un quart des postes d'encadrement des entreprises du secteur privé et semi-public alors qu'elles sont majoritaires à l'université.
L'année 2010 n'est pas anodine pour l'égalité professionnelle. C'est la date donnée en 2006, lors du vote de la dernière loi pour l'égalité pour évaluer ses effets et éventuellement sanctionner les entreprises. Ces dernières ont jusqu'au 31 décembre pour se mettre en conformité avec la loi, c'est-à-dire ouvrir des discussions en leur sein sur l'égalité professionnelle. Aujourd'hui, quatre ans après la loi et six mois avant la date butoir, seules 8 % des entreprises ont signé un accord avec les partenaires sociaux. Il y a donc de quoi s'inquiéter.
TOUJOURS LA MÊME RÉALITÉ
Que risquent les entreprises qui ne respectent pas la loi ? En 2006, les parlementaires avaient prévu dans ce cas qu'un nouveau projet de loi pourrait instaurer une taxe sur les salaires pour les sanctionner. Le gouvernement, pour faire d'une pierre deux coups, a directement intégré cette question au projet de réforme des retraites qui sera discuté à la rentrée à l'Assemblée nationale.
L'article 13 de la réforme des retraites concerne en effet l'égalité professionnelle. Les sanctions qu'il prévoit sont en réalité largement en deçà de celles prévues en 2006. Elles seront appliquées uniquement aux entreprises de plus de 300 salariés – moins de 36 % des emplois – et porteront non pas sur l'absence de négociations mais sur l'absence de publications de chiffres sur l'égalité (le RSC, rapport de situation comparée). Pour échapper aux sanctions, il suffira aux entreprises de commander un rapport sur l'égalité professionnelle. Que celui-ci donne lieu ensuite à des changements, peu importe…
L'égalité professionnelle semble depuis vingt-sept ans une marotte sur laquelle tout le monde s'accorde mais pour laquelle personne ne fait rien. Des lois, des déclarations, des promesses et au final, toujours la même réalité. Lorsqu'on naît femme, on est destinée à être moins payée qu'un homme.
A une réforme des retraites qui, en reculant l'âge légal de départ à taux plein, va toucher en premier lieu les femmes, le gouvernement ajoute donc un recul net en matière d'égalité professionnelle. Le 13 juillet, nous pourrons souhaiter à toutes les femmes un "triste anniversaire". Vingt-sept ans après, les batailles sont manifestement toujours d'actualité.
Le réseau Osez le féminisme ! a construit un site d'information sur ce sujet : Vie de meuf.
Caroline De Haas, réseau "Osez le féminisme !"
mardi 13 juillet 2010
Vie de meuf, vie de merde ?
Vie de meuf, vie de merde ?
27 commentaires
Créé le 13.07.10 à 12h10 -- Mis à jour le 13.07.10 à 13h50
Des membres du Rassemblement du Collectif féministe "La Barbe" manifestent le 16 avril 2009 au Carrousel du Louvre à Paris
Des membres du Rassemblement du Collectif féministe "La Barbe" manifestent le 16 avril 2009 au Carrousel du Louvre à Paris G.CLEMENT/AFP
WEB - Un site recense les expériences d'inégalités professionnelles entre hommes et femmes sur le modèle du site vie de merde...
«Je suis responsable d'une association de soins, j'étais enceinte depuis 5 mois lorsque notre audit qualité a eu lieu, mon Directeur Général m'a alors demandé de faire en sorte qu'on ne voit pas mon ventre...» Un témoignage laissé par Flo C. sur le blog «vie de meuf» lancé lundi.
27 ans après le premier vote de la loi sur l'égalité professionnelle (dite Loi Roudy), ce blog créé par le réseau féministe Osez le féminisme, propose aux femmes de raconter des situations d'inégalités hommes femmes dans le milieu professionnel.
Ouvert lundi à 18h, le site inspiré du célèbre «vie de merde» a déjà reçu une cinquantaine de témoignages publiés au rythme de 2-3 par heure. «L'objectif c’est de montrer que les femmes, cadres ou précaires, doivent toujours faire face à des inégalités dans le milieu professionnel et que ce problème est massif» explique Caroline De Haas, présidente et co-fondatrice du réseau Osez le féminisme.
Toujours pas de loi
«Tristement drôle» constate le journaliste Alexandre Piquard sur twitter, derrière l’idée de ce site, trouvée à l’issue d’une réunion précise Caroline De Haas, il s’agit aussi de montrer que l’égalité professionnelle n’avance pas et que la loi promise par Xavier Bertrand, alors ministre du travail, en 2007 qui devait stipuler que les entreprises ne publiant pas un rapport dit de «situation comparée» sur l’égalité professionnelle seraient sanctionnées, n’a toujours pas été discutée.
«Absentéisme pour congé maternité, mauvais caractère, un homme nous a envoyé son témoignage lors d’un entretien d'embauche où l'employeur lui expliquait qu’il préférait l’embaucher lui plutôt qu'une femme» continue Caroline De Haas. Elle ne sait pas encore si l'engouement qui a pris rapidement sur internet et en particulier sur twitter, débouchera sur une discussion avec les décideurs concernés.
Et vous, hommes ou femmes, êtes-vous confrontés à des discriminations sur votre lieu de travail ? Racontez nous votre « vie de meuf » dans les commentaires...
Mélissa Bounoua
27 commentaires
Créé le 13.07.10 à 12h10 -- Mis à jour le 13.07.10 à 13h50
Des membres du Rassemblement du Collectif féministe "La Barbe" manifestent le 16 avril 2009 au Carrousel du Louvre à Paris
Des membres du Rassemblement du Collectif féministe "La Barbe" manifestent le 16 avril 2009 au Carrousel du Louvre à Paris G.CLEMENT/AFP
WEB - Un site recense les expériences d'inégalités professionnelles entre hommes et femmes sur le modèle du site vie de merde...
«Je suis responsable d'une association de soins, j'étais enceinte depuis 5 mois lorsque notre audit qualité a eu lieu, mon Directeur Général m'a alors demandé de faire en sorte qu'on ne voit pas mon ventre...» Un témoignage laissé par Flo C. sur le blog «vie de meuf» lancé lundi.
27 ans après le premier vote de la loi sur l'égalité professionnelle (dite Loi Roudy), ce blog créé par le réseau féministe Osez le féminisme, propose aux femmes de raconter des situations d'inégalités hommes femmes dans le milieu professionnel.
Ouvert lundi à 18h, le site inspiré du célèbre «vie de merde» a déjà reçu une cinquantaine de témoignages publiés au rythme de 2-3 par heure. «L'objectif c’est de montrer que les femmes, cadres ou précaires, doivent toujours faire face à des inégalités dans le milieu professionnel et que ce problème est massif» explique Caroline De Haas, présidente et co-fondatrice du réseau Osez le féminisme.
Toujours pas de loi
«Tristement drôle» constate le journaliste Alexandre Piquard sur twitter, derrière l’idée de ce site, trouvée à l’issue d’une réunion précise Caroline De Haas, il s’agit aussi de montrer que l’égalité professionnelle n’avance pas et que la loi promise par Xavier Bertrand, alors ministre du travail, en 2007 qui devait stipuler que les entreprises ne publiant pas un rapport dit de «situation comparée» sur l’égalité professionnelle seraient sanctionnées, n’a toujours pas été discutée.
«Absentéisme pour congé maternité, mauvais caractère, un homme nous a envoyé son témoignage lors d’un entretien d'embauche où l'employeur lui expliquait qu’il préférait l’embaucher lui plutôt qu'une femme» continue Caroline De Haas. Elle ne sait pas encore si l'engouement qui a pris rapidement sur internet et en particulier sur twitter, débouchera sur une discussion avec les décideurs concernés.
Et vous, hommes ou femmes, êtes-vous confrontés à des discriminations sur votre lieu de travail ? Racontez nous votre « vie de meuf » dans les commentaires...
Mélissa Bounoua
La chevalière du ciel
La chevalière du ciel
PORTRAIT. Virginie Guyot. Leader de la Patrouille de France qui survolera Paris demain, cette pilote est la première femme à occuper ce poste.
Dans le ciel, demain, elle passera en trombe au-dessus des Champs-Elysées. Seule dans son Alphajet, à 600 km par heure, c’est elle qui sera le chef d’orchestre. Derrière, ses équipiers, évoluant à deux ou trois mètres les uns des autres, obéiront sans moufter. Cette année, Virginie Guyot est le leader de la très select Patrouille de France, vitrine de l’armée de l’air française. Première femme à commander cette unité d’élite, elle était la candidate parfaite. Peut-être même un peu trop.
Elle est pilote de chasse. Femme et pilote de chasse. Ce qui lui vaut d’appartenir à la confrérie des «FAF (French Air Force) Angels», référence vintage aux Drôles de dames. Avec la devise : «Pas de panique, les femmes sont aux commandes», brodée dans un coin de l’uniforme. Aujourd’hui, elles sont onze à avoir leur macaron de chasseur, dans une profession réservée aux hommes jusqu’en 1999.
Le commandant Guyot a fait sauter un verrou de plus, en rejoignant en 2008 la Patrouille de France, réservée à la crème des pilotes expérimentés. Jolie blondinette pas très grande, fine, un peu de mascara. La trentaine. Elle surprend par sa douceur et son apparente simplicité, qui tranche du tout au tout avec la galère sans nom pour la rencontrer. «Une heure avec elle ? Mais c’est énooorme, je vois mal comment elle va pouvoir se libérer», nous prévient-on d’emblée. Va pour un créneau dans le TGV Aix-Paris, «mais attention, pas plus d’une heure. Ensuite, elle doit parler à son mari». Ambiance.
La voilà donc dans la très glamour voiture-bar, à décapsuler sa «munition» du moment, un Coca zéro. En équilibre sur un tabouret, elle déroule par le menu son cursus à rallonge, sa vie millimétrée depuis l’âge de 12 ans. Son baptême de l’air d’abord, peut-être la seule fois où elle a éprouvé le pur plaisir de voler. «Ensuite, c’est différent. Beaucoup de travail et de pression. Les gens ne se rendent pas forcément compte, mais dans l’avion, c’est la guerre. On perd deux litres d’eau à chaque vol, c’est superphysique. Faut être au taquet.» Comme dans une brochure de recrutement, elle insiste sur «le goût de l’effort, ce plaisir d’aller au bout de soi-même».
Elle a appris ça petite. Le père est officier dans l’armée de terre, la mère infirmière puis au foyer. Elle passe ses vacances en famille sur les plages du Débarquement en Normandie, dans les tranchées à Verdun. Ou sur le tracé de la ligne Maginot. En bonne fille de militaire, elle fait ses classes de prépa maths sup-maths spé à la Flèche, lycée sarthois fréquenté par les enfants du sérail. Intègre la prestigieuse Ecole de l’air, à Salon-de-Provence. Elle se défonce, méthodique, atterrit dans un avion de combat, le Mirage F1. Monoplace, évidemment. «C’était important pour moi de ne pas être dans un biplace. Je voulais être seule dans mon avion, pouvoir tout contrôler.»
A l’école de chasse de Cazaux, en Gironde, elle apprend à se servir de l’avion comme d’une arme. Connaît sur le bout des doigts les règles d’usage du tir de roquette, de la bombe et du canon. Re-brochure : «Bien sûr, faut l’esprit un peu agressif, aimer dépasser ses limites. Et puis, avoir la vocation militaire aussi. Ce souci de servir le pays, c’est indispensable.» Basée à Reims, elle fait sa première mission de reconnaissance tactique au Tchad. Opération Epervier. «Les renseignements étaient destinés aux ONG. On devait évaluer la situation des camps de réfugiés venant du Darfour.» En 2005, elle part au Tadjikistan, puis en Afghanistan. Elle y revient deux ans plus tard dans la région de Kandahar, au sud du pays. A-t-elle déjà ouvert le feu ? Réponse du parfait soldat : «On est des pilotes mais aussi des militaires. On peut être amenés à intervenir pour aider des soldats au sol en difficulté. Sur le terrain, notre plus grosse inquiétude, c’est de respecter à la lettre les règles pour éviter les dommages collatéraux. On est hyper à cheval là-dessus.» A-t-elle déjà eu peur d’y rester ? «Non, tant qu’on n’est pas touché, pas de souci», répond-t-elle du tac au tac. Elle gère.
A la maison aussi, tout est sous contrôle. Elle annonce la couleur : un mari en or, gendarme à défaut de pouvoir être pilote, 200 hommes sous ses ordres, «au taquet» comme elle. Un gamin de 3 ans, Timothée. Et une organisation au carré, établie en «amont pour partir au travail sans press (pression, s’entend)». D’où cette réunion de crise «au sommet» avant de postuler à la Patrouille. «J’ai fait le point avec ma famille, suffisait juste de s’organiser, c’est pas plus compliqué que ça.» Jeune fille au pair à plein temps, parents et beaux-parents fiers et dévoués dans les parages, elle délègue sans complexe. «Le seul truc pénible, c’est pour agrandir la famille. J’ai déja 33 ans. Pour le premier, j’ai dû m’arrêter de voler pendant un an. Si je pouvais, je ferais tout en même temps.»
Pilote, femme, mère… En France, on appelle ça «une femme en or», et ça vaut même une remise de trophée à Paris, avec champagne et photographes. Elle s’en serait passé. On hésite à évoquer le sujet, imaginant déjà la réponse. Et ça ne loupe pas. Le soldat Guyot en a par-dessus la tête des compliments du type : «Bravo, une femme à ce niveau, quel exploit.» A ces journalistes qui lui courent après depuis un an, elle répond inlassablement, avec la sérénité qui la caractérise : «Je n’ai pas plus de mérite qu’un homme. On fait le même métier, on a passé les mêmes épreuves.» Et diriger huit hommes, ça se passe comment ? «Ce n’est pas une femme qui commande des hommes mais une pilote qui s’adresse à d’autres.» Entendu. Le capitaine Antoine Monhée, qui l’a eue comme stagiaire avant de passer sous ses ordres, y va d’un : «On a une telle pression dans le métier qu’on oublie ce genre de détail» (comprendre : qu’elle soit une femme).
Elle refuse d’être cataloguée comme féministe et se dit contre la discrimination positive. Virginie Guyot fait partie de cette génération de femmes qui n’ont pas imaginé l’espace d’un instant que certaines portes puissent leur rester fermées. Peut-être aussi parce qu’elle est militaire et qu’en la matière, les compétences priment sur le reste. Avant elle, des démineuses ont défriché la piste, avec en tête Caroline Aigle, la première pilote de chasse, décédée brutalement en 2007.
Parcours du parfait pilote, sans faux pas. Rien ne dépasse. Virginie Guyot est l’atout modernité de l’armée de l’air. Elle va poursuivre sa montée des marches, peut-être même atteindre les sommets avec les étoiles de général. Mais chaque chose en son temps. Dans l’armée, on n’aime pas brûler les étapes. Il y a un (des) ordre(s) à respecter et la pilote Guyot, disciplinée, a intégré la logique. «J’ai appris à gravir les étapes l’une après l’autre. Sans penser à la suivante, ni se projeter dans l’avenir. Tout peut s’arrêter du jour au lendemain.»
Virginie Guyot en 5 dates
30 décembre 1976: Naissance à Angers.
1997: Entrée dans l’armée de l’air.
2001: Brevet de pilote de chasse.
2008: Intègre la Patrouille de France.
14 juillet 2010: Dirige la Patrouille de France pour la parade sur les Champs-Elysées.
Photo Aimée Thirion
Par MARIE PIQUEMAL
PORTRAIT. Virginie Guyot. Leader de la Patrouille de France qui survolera Paris demain, cette pilote est la première femme à occuper ce poste.
Dans le ciel, demain, elle passera en trombe au-dessus des Champs-Elysées. Seule dans son Alphajet, à 600 km par heure, c’est elle qui sera le chef d’orchestre. Derrière, ses équipiers, évoluant à deux ou trois mètres les uns des autres, obéiront sans moufter. Cette année, Virginie Guyot est le leader de la très select Patrouille de France, vitrine de l’armée de l’air française. Première femme à commander cette unité d’élite, elle était la candidate parfaite. Peut-être même un peu trop.
Elle est pilote de chasse. Femme et pilote de chasse. Ce qui lui vaut d’appartenir à la confrérie des «FAF (French Air Force) Angels», référence vintage aux Drôles de dames. Avec la devise : «Pas de panique, les femmes sont aux commandes», brodée dans un coin de l’uniforme. Aujourd’hui, elles sont onze à avoir leur macaron de chasseur, dans une profession réservée aux hommes jusqu’en 1999.
Le commandant Guyot a fait sauter un verrou de plus, en rejoignant en 2008 la Patrouille de France, réservée à la crème des pilotes expérimentés. Jolie blondinette pas très grande, fine, un peu de mascara. La trentaine. Elle surprend par sa douceur et son apparente simplicité, qui tranche du tout au tout avec la galère sans nom pour la rencontrer. «Une heure avec elle ? Mais c’est énooorme, je vois mal comment elle va pouvoir se libérer», nous prévient-on d’emblée. Va pour un créneau dans le TGV Aix-Paris, «mais attention, pas plus d’une heure. Ensuite, elle doit parler à son mari». Ambiance.
La voilà donc dans la très glamour voiture-bar, à décapsuler sa «munition» du moment, un Coca zéro. En équilibre sur un tabouret, elle déroule par le menu son cursus à rallonge, sa vie millimétrée depuis l’âge de 12 ans. Son baptême de l’air d’abord, peut-être la seule fois où elle a éprouvé le pur plaisir de voler. «Ensuite, c’est différent. Beaucoup de travail et de pression. Les gens ne se rendent pas forcément compte, mais dans l’avion, c’est la guerre. On perd deux litres d’eau à chaque vol, c’est superphysique. Faut être au taquet.» Comme dans une brochure de recrutement, elle insiste sur «le goût de l’effort, ce plaisir d’aller au bout de soi-même».
Elle a appris ça petite. Le père est officier dans l’armée de terre, la mère infirmière puis au foyer. Elle passe ses vacances en famille sur les plages du Débarquement en Normandie, dans les tranchées à Verdun. Ou sur le tracé de la ligne Maginot. En bonne fille de militaire, elle fait ses classes de prépa maths sup-maths spé à la Flèche, lycée sarthois fréquenté par les enfants du sérail. Intègre la prestigieuse Ecole de l’air, à Salon-de-Provence. Elle se défonce, méthodique, atterrit dans un avion de combat, le Mirage F1. Monoplace, évidemment. «C’était important pour moi de ne pas être dans un biplace. Je voulais être seule dans mon avion, pouvoir tout contrôler.»
A l’école de chasse de Cazaux, en Gironde, elle apprend à se servir de l’avion comme d’une arme. Connaît sur le bout des doigts les règles d’usage du tir de roquette, de la bombe et du canon. Re-brochure : «Bien sûr, faut l’esprit un peu agressif, aimer dépasser ses limites. Et puis, avoir la vocation militaire aussi. Ce souci de servir le pays, c’est indispensable.» Basée à Reims, elle fait sa première mission de reconnaissance tactique au Tchad. Opération Epervier. «Les renseignements étaient destinés aux ONG. On devait évaluer la situation des camps de réfugiés venant du Darfour.» En 2005, elle part au Tadjikistan, puis en Afghanistan. Elle y revient deux ans plus tard dans la région de Kandahar, au sud du pays. A-t-elle déjà ouvert le feu ? Réponse du parfait soldat : «On est des pilotes mais aussi des militaires. On peut être amenés à intervenir pour aider des soldats au sol en difficulté. Sur le terrain, notre plus grosse inquiétude, c’est de respecter à la lettre les règles pour éviter les dommages collatéraux. On est hyper à cheval là-dessus.» A-t-elle déjà eu peur d’y rester ? «Non, tant qu’on n’est pas touché, pas de souci», répond-t-elle du tac au tac. Elle gère.
A la maison aussi, tout est sous contrôle. Elle annonce la couleur : un mari en or, gendarme à défaut de pouvoir être pilote, 200 hommes sous ses ordres, «au taquet» comme elle. Un gamin de 3 ans, Timothée. Et une organisation au carré, établie en «amont pour partir au travail sans press (pression, s’entend)». D’où cette réunion de crise «au sommet» avant de postuler à la Patrouille. «J’ai fait le point avec ma famille, suffisait juste de s’organiser, c’est pas plus compliqué que ça.» Jeune fille au pair à plein temps, parents et beaux-parents fiers et dévoués dans les parages, elle délègue sans complexe. «Le seul truc pénible, c’est pour agrandir la famille. J’ai déja 33 ans. Pour le premier, j’ai dû m’arrêter de voler pendant un an. Si je pouvais, je ferais tout en même temps.»
Pilote, femme, mère… En France, on appelle ça «une femme en or», et ça vaut même une remise de trophée à Paris, avec champagne et photographes. Elle s’en serait passé. On hésite à évoquer le sujet, imaginant déjà la réponse. Et ça ne loupe pas. Le soldat Guyot en a par-dessus la tête des compliments du type : «Bravo, une femme à ce niveau, quel exploit.» A ces journalistes qui lui courent après depuis un an, elle répond inlassablement, avec la sérénité qui la caractérise : «Je n’ai pas plus de mérite qu’un homme. On fait le même métier, on a passé les mêmes épreuves.» Et diriger huit hommes, ça se passe comment ? «Ce n’est pas une femme qui commande des hommes mais une pilote qui s’adresse à d’autres.» Entendu. Le capitaine Antoine Monhée, qui l’a eue comme stagiaire avant de passer sous ses ordres, y va d’un : «On a une telle pression dans le métier qu’on oublie ce genre de détail» (comprendre : qu’elle soit une femme).
Elle refuse d’être cataloguée comme féministe et se dit contre la discrimination positive. Virginie Guyot fait partie de cette génération de femmes qui n’ont pas imaginé l’espace d’un instant que certaines portes puissent leur rester fermées. Peut-être aussi parce qu’elle est militaire et qu’en la matière, les compétences priment sur le reste. Avant elle, des démineuses ont défriché la piste, avec en tête Caroline Aigle, la première pilote de chasse, décédée brutalement en 2007.
Parcours du parfait pilote, sans faux pas. Rien ne dépasse. Virginie Guyot est l’atout modernité de l’armée de l’air. Elle va poursuivre sa montée des marches, peut-être même atteindre les sommets avec les étoiles de général. Mais chaque chose en son temps. Dans l’armée, on n’aime pas brûler les étapes. Il y a un (des) ordre(s) à respecter et la pilote Guyot, disciplinée, a intégré la logique. «J’ai appris à gravir les étapes l’une après l’autre. Sans penser à la suivante, ni se projeter dans l’avenir. Tout peut s’arrêter du jour au lendemain.»
Virginie Guyot en 5 dates
30 décembre 1976: Naissance à Angers.
1997: Entrée dans l’armée de l’air.
2001: Brevet de pilote de chasse.
2008: Intègre la Patrouille de France.
14 juillet 2010: Dirige la Patrouille de France pour la parade sur les Champs-Elysées.
Photo Aimée Thirion
Par MARIE PIQUEMAL
dimanche 11 juillet 2010
Pas de quartier pour la violence faite aux femmes
Société - le 11 Juillet 2010
L'humanité.fr
Pas de quartier pour la violence faite aux femmes
En France, une femme sur dix est victime de violence conjugale. Une d’entre elles décède tous les quatre jours sous les coups et la barbarie. De façon générale la société française ne parvient pas à préserver le genre féminin d’une menace qui sait rester silencieuse et discrète. Dans ce contexte la Bourse du Travail de Saint Denis accueille l’université d‘été des Alternatifs du 9 au 12 juillet ; le mouvement politique proposait ce dimanche matin une conférence intitulée : « Y a-t-il une oppression spécifique des femmes dans les quartiers populaires » ?
A l’origine de cette conférence-débat, la commission féministe des Alternatifs souhaitait favoriser l’échange entre les participants tout en incluant des témoignages de femmes mais aussi d’hommes. L’assemblée était notamment composée de Florence Ciaravola, tête de liste de la région PACA aux régionales 2010, et de Pierre Tévanian co-auteur du livre « Les filles voilées parlent ».
Violences physique ou morale, sexisme, machisme, insultes, mariages forcés ou encore excision, la condition féminine reste vulnérable et souvent négligée par les plus hautes instances. Et tout de suite tous les intervenants de la conférence s’entendent sur la spécificité du traitement des femmes dans les quartiers populaires. Malheureusement, aujourd’hui, le terme de « spécificité » tend à être traduit, compris comme « quelque chose de pire ». La perception répandue et caricaturale de quartiers violents et dangereux construit dans l’imaginaire de la société la représentation d’une femme soumise et asservie dans la cité. Le comité insiste sur le fait que la violence sur les femmes concerne toutes les catégories sociales et que la stigmatisation des ces quartiers doit être combattue. Notons qu’il existe en France un mouvement féministe qui trouve peu d’écho dans les médias. La philosophe Elsa Dorlin et la chercheuse au CNRS sur les questions du genre, Christine Delphy, ont par exemple œuvré à la réflexion sur la place des femmes dans la société contemporaine.
La principale oppression, dont sont victimes les femmes, est sociale
Florence Ciaravola s’interroge sur le rôle des médias dans le traitement de la violence envers les femmes dans les quartiers populaires. Pour cette membre des Alternatifs, les médias pointent régulièrement le profil du « garçon arabe » comme le responsable de la soumission féminine dans les banlieues. En effet, les quartiers populaires - où la population issue de l’immigration est nombreuse - est elle-même victime d’une autre stigmatisation, celle du racisme. La conception du sexisme dans les quartiers populaires par le monde extérieur est flouée, caricaturée. Leila est une femme de 29 ans, elle porte le voile et expose ses sentiments sur la question. La cité elle connait, elle y a grandit et elle y vit encore. Selon elle la principale oppression dont sont victimes les femmes est sociale. Elle se sent plus discriminée par l’administration, les institutions que les hommes de son quartier. Elle parle d’un « sexisme d’Etat ». « Avec mon foulard on croit que je ne parle pas français ». Les formes de son oppression viennent aussi et surtout de l’extérieur de son quartier. Les insultes sont fréquentes dans les « quartiers plus huppés ». Leila affirme que c’est à cause de son foulard. Sa religion et sa façon de la vivre ouvrent la voie à un sexisme fondé sur l’intolérance. Ce sexisme là est plus le fait des quartiers aisés que des banlieues.
Le féminisme permet-il l’instrumentalisation du racisme ?
Pour tous les intervenants vivant en banlieue, la violence résulte avant tout de la précarité. Par ailleurs ils tiennent à rappeler que les quartiers sont aussi le lieu de l’entraide et de la solidarité, quelque soit le sexe évidement. Finalement émane une question sous-jacente au débat : le féminisme permet-il l’instrumentalisation du racisme ? Lors de certaines manifestations féministes certaines femmes voilées avaient été exclues du cortège. La confusion entre l’implication religieuse et la revendication politique reste aujourd’hui très forte. Le port du voile est encore perçu comme le signe d’une oppression. Il est finalement assez étonnant de constater que l’on juge l’émancipation d’une personne à sa tenue vestimentaire en priorité. La thèse du grand-frère autoritaire ne tient pas. D’après tous les témoignages on amplifie bien trop l’autorité masculine sur les femmes en milieu populaire. De plus, les tenues « légères », souvent opposés au foulard musulman, et définies comme le signe de l’émancipation féminine, ne sont-elles pas l’expression d’une oppression d’un autre type, d’une mode et d’un modèle hégémonique diffusé par la société de consommation ?
Si les violences faites aux femmes en milieu populaire comme en milieu plus favorisé restent intolérables, les acteurs de cette conférence manquaient de chiffres pour nourrir une telle comparaison et dresser un constat exact de la situation. Aujourd’hui le mouvement féministe est menacé par les divisions. La question du voile, au centre de cette fracture, a de nouveau fait débat. Cependant les femmes veulent rester unies pour relever les nombreux défis qui concernent toutes les catégories sociales. Quant à l’université d’été des Alternatifs elle se termine demain sur le thème de « la guerre contre les cités ».
Matthieu Windey
L'humanité.fr
Pas de quartier pour la violence faite aux femmes
En France, une femme sur dix est victime de violence conjugale. Une d’entre elles décède tous les quatre jours sous les coups et la barbarie. De façon générale la société française ne parvient pas à préserver le genre féminin d’une menace qui sait rester silencieuse et discrète. Dans ce contexte la Bourse du Travail de Saint Denis accueille l’université d‘été des Alternatifs du 9 au 12 juillet ; le mouvement politique proposait ce dimanche matin une conférence intitulée : « Y a-t-il une oppression spécifique des femmes dans les quartiers populaires » ?
A l’origine de cette conférence-débat, la commission féministe des Alternatifs souhaitait favoriser l’échange entre les participants tout en incluant des témoignages de femmes mais aussi d’hommes. L’assemblée était notamment composée de Florence Ciaravola, tête de liste de la région PACA aux régionales 2010, et de Pierre Tévanian co-auteur du livre « Les filles voilées parlent ».
Violences physique ou morale, sexisme, machisme, insultes, mariages forcés ou encore excision, la condition féminine reste vulnérable et souvent négligée par les plus hautes instances. Et tout de suite tous les intervenants de la conférence s’entendent sur la spécificité du traitement des femmes dans les quartiers populaires. Malheureusement, aujourd’hui, le terme de « spécificité » tend à être traduit, compris comme « quelque chose de pire ». La perception répandue et caricaturale de quartiers violents et dangereux construit dans l’imaginaire de la société la représentation d’une femme soumise et asservie dans la cité. Le comité insiste sur le fait que la violence sur les femmes concerne toutes les catégories sociales et que la stigmatisation des ces quartiers doit être combattue. Notons qu’il existe en France un mouvement féministe qui trouve peu d’écho dans les médias. La philosophe Elsa Dorlin et la chercheuse au CNRS sur les questions du genre, Christine Delphy, ont par exemple œuvré à la réflexion sur la place des femmes dans la société contemporaine.
La principale oppression, dont sont victimes les femmes, est sociale
Florence Ciaravola s’interroge sur le rôle des médias dans le traitement de la violence envers les femmes dans les quartiers populaires. Pour cette membre des Alternatifs, les médias pointent régulièrement le profil du « garçon arabe » comme le responsable de la soumission féminine dans les banlieues. En effet, les quartiers populaires - où la population issue de l’immigration est nombreuse - est elle-même victime d’une autre stigmatisation, celle du racisme. La conception du sexisme dans les quartiers populaires par le monde extérieur est flouée, caricaturée. Leila est une femme de 29 ans, elle porte le voile et expose ses sentiments sur la question. La cité elle connait, elle y a grandit et elle y vit encore. Selon elle la principale oppression dont sont victimes les femmes est sociale. Elle se sent plus discriminée par l’administration, les institutions que les hommes de son quartier. Elle parle d’un « sexisme d’Etat ». « Avec mon foulard on croit que je ne parle pas français ». Les formes de son oppression viennent aussi et surtout de l’extérieur de son quartier. Les insultes sont fréquentes dans les « quartiers plus huppés ». Leila affirme que c’est à cause de son foulard. Sa religion et sa façon de la vivre ouvrent la voie à un sexisme fondé sur l’intolérance. Ce sexisme là est plus le fait des quartiers aisés que des banlieues.
Le féminisme permet-il l’instrumentalisation du racisme ?
Pour tous les intervenants vivant en banlieue, la violence résulte avant tout de la précarité. Par ailleurs ils tiennent à rappeler que les quartiers sont aussi le lieu de l’entraide et de la solidarité, quelque soit le sexe évidement. Finalement émane une question sous-jacente au débat : le féminisme permet-il l’instrumentalisation du racisme ? Lors de certaines manifestations féministes certaines femmes voilées avaient été exclues du cortège. La confusion entre l’implication religieuse et la revendication politique reste aujourd’hui très forte. Le port du voile est encore perçu comme le signe d’une oppression. Il est finalement assez étonnant de constater que l’on juge l’émancipation d’une personne à sa tenue vestimentaire en priorité. La thèse du grand-frère autoritaire ne tient pas. D’après tous les témoignages on amplifie bien trop l’autorité masculine sur les femmes en milieu populaire. De plus, les tenues « légères », souvent opposés au foulard musulman, et définies comme le signe de l’émancipation féminine, ne sont-elles pas l’expression d’une oppression d’un autre type, d’une mode et d’un modèle hégémonique diffusé par la société de consommation ?
Si les violences faites aux femmes en milieu populaire comme en milieu plus favorisé restent intolérables, les acteurs de cette conférence manquaient de chiffres pour nourrir une telle comparaison et dresser un constat exact de la situation. Aujourd’hui le mouvement féministe est menacé par les divisions. La question du voile, au centre de cette fracture, a de nouveau fait débat. Cependant les femmes veulent rester unies pour relever les nombreux défis qui concernent toutes les catégories sociales. Quant à l’université d’été des Alternatifs elle se termine demain sur le thème de « la guerre contre les cités ».
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