dimanche 7 février 2010

Action des féministes de "la Barbe" contre "la domination masculine" dans la presse

Action des féministes de "la Barbe" contre "la domination masculine" dans la presse
06.02.10 | 18h54

Des femmes membres du collectif féministe "la barbe" ont brièvement interrompu samedi à Paris, affublées de fausses barbes, un débat consacré à la presse pour dénoncer le fait que la totalité des intervenants étaient des hommes, a constaté un journaliste de l'AFP.

L'action s'est déroulée sans incident dans le collège des Bernardins, où cinq journalistes parmi lesquels Jean Daniel, Bernard Guetta et Franz Olivier Giesbert débattaient devant environ 300 personnes sur l'avenir des médias, à l'initiative du Nouvel Observateur et de France Culture.

Il s'agissait d'une nouvelle action symbolique de ce collectif fondé le 8 mars 2008 et qui entend agir par l'humour "pour toutes les femmes effarées par la montée du sexisme dans les médias, excédées par la domination masculine dans la société française", selon le tract qu'elle ont distribué.

"On est venues féliciter tous ces hommes pour une si jolie harmonie!", a expliqué à l'AFP Christine Blache au nom du collectif.

"La barbe" est également intervenue au même endroit dans un autre débat où "sept femmes avaient été invitées à débattre aux côtés de quarante-neuf hommes" sur les Droits de l'homme, "ce qui s'appelle pousser la galanterie un peu loin dans les affaires sérieuses", a-t-elle expliqué.

"Pour exprimer leur ras le bol haut et fort, les femmes ont décidé d'investir barbues tous les hémicycles, toutes les antichambres, tous les lieux de pouvoir des hommes", indique le manifeste du mouvement.

Il a déjà notamment réalisé des opérations du même type au Conseil constitutionnel et le salon de l'actionnariat.

Ces pères qui élèvent seuls leurs enfants

Ces pères qui élèvent seuls leurs enfants
LE MONDE | 06.02.10 | 14h42 • Mis à jour le 06.02.10 | 14h42



Le terme "famille monoparentale" évoque le plus souvent les mères qui élèvent seules leurs enfants, éludant une autre réalité, celle des pères confrontés à cette situation. Comme Romain, 54 ans, et ses trois filles aujourd'hui âgées de 16, 20 et 21 ans. Il aurait souhaité une garde alternée, mais le départ de son ex-épouse à l'autre bout de la France rendait ce choix impossible. Au terme d'une bataille juridique, il a obtenu la garde de ses enfants. "La première année, j'ai vraiment eu beaucoup de mal à comprendre ce que je devais faire et ne pas faire", explique-t-il. Il a essayé de poursuivre les rituels, les câlins, qu'avait institués sa femme, et de tenir à la fois un rôle de père et de mère. "Je n'étais pas à l'aise. Tous les soirs, je devais gratter le dos de la plus jeune, âgée de 8 ans, pendant près d'une heure. Elle appelait cela le "frisson gratte-gratte", se souvient Romain. Pour chaque décision, je me posais la question de savoir ce qu'aurait fait une maman. C'est moi qui ai dû expliquer à ma fille aînée comment mettre une serviette périodique."


Craignant que son comportement ne compromette l'équilibre de ses filles, il a entrepris une psychothérapie pendant quelques mois. "J'ai compris que je n'étais pas une maman et que je ne le serais jamais, analyse-t-il. Ces séances m'ont permis d'être moi-même et de me faire davantage confiance." Quand sa deuxième fille lui a posé des questions très précises sur la sexualité, il lui a dit que ça n'était pas à lui de répondre et lui a donné le numéro du planning familial.

La relation avec sa fille aînée, qui avait 13 ans au moment de la séparation, a été très difficile. "Elle a immédiatement voulu refonder une petite famille en prenant le rôle de la mère. Comme j'étais très pris par mon travail, la première année, je lui ai confié trop de responsabilités." La relation est devenue conflictuelle. "Très vite, je lui ai dit qu'elle était ma fille, que son devoir était de bien travailler à l'école et pas d'être la femme de la maison."

Elle ne supportait pas que son père ait une vie amoureuse. Les deux tentatives d'installer une femme à la maison se sont soldées par un échec. Aujourd'hui, les choses semblent rentrer dans l'ordre. Sa fille aînée prépare un brevet de technicien supérieur et a un petit ami avec qui elle envisage d'habiter. "Mon devoir de père, considère Romain, c'est d'amener mes enfants à devenir des citoyens autonomes avec les armes pour s'en sortir dans la vie : un diplôme d'enseignement supérieur et le permis de conduire."

Selon le dernier recensement, effectué en 2006, 15,5 % des familles monoparentales sont constituées autour d'un homme (contre 14,7 % en 1999), soit 344 444 " pères solos". Le développement de la garde alternée a conduit les pères à faire face à des situations auxquelles ils n'étaient pas forcément préparés. De même que les femmes qui élèvent seules leurs enfants sont parfois démunies par l'absence du père, notamment pour exercer leur autorité, certains hommes ont du mal à trouver leur juste place.

Ces hommes font encore l'objet d'un regard particulier de la société. Contrairement aux mères, ils doivent très souvent justifier leur statut pour toute démarche, comme inscrire son enfant à l'école. "J'ai fait plastifier le jugement qui m'accorde la garde des filles. On me l'a encore demandé récemment pour inscrire ma cadette au permis de conduire", déplore Romain.

On considère encore qu'un enfant, dans les premières années de sa vie, ne peut grandir correctement qu'en présence d'une figure maternelle. Une idée de plus en plus battue en brèche. Le pédopsychiatre Patrice Huerre s'est penché sur les parcours singuliers de "pères solos" dans un ouvrage intitulé Pères solos, pères singuliers ?. "Ce qui importe, considère le docteur Huerre, c'est que la figure d'attachement première soit fiable. Si c'est le cas, peu importe que ce soit le père ou la mère. Certains pères considèrent que l'absence de la mère doit être absolument compensée. Du coup, ils en rajoutent dans la proximité et ne sortent quasiment plus." Certains hommes, à l'instar des mères seules, ont ainsi du mal à exercer leur autorité par manque de distanciation.

"Se contenter d'être père a l'avantage de laisser, en creux, toute sa place à la mère", considère le pédopsychiatre. Et même si celle-ci a disparu de la vie des enfants, il est important de l'évoquer. Toute tentative d'effacement reviendrait à nier une part de l'enfant lui-même. Elle risquerait d'installer une fille dans une vie de "petit couple" déstructurante en considérant inconsciemment son père comme son mari.

A l'adolescence, une trop forte relation avec le père qui ne peut être contesté constitue un obstacle à l'autonomisation de l'enfant. Difficile d'exister ou de rivaliser avec ce père auquel on doit tout. "Ce qui me paraît essentiel, en cas d'absence de la mère, c'est qu'il y ait des tiers féminins invoqués régulièrement", considère le médecin.

Dévoués à leurs enfants, certains pères solos mettent leur vie affective entre parenthèses au risque d'enfermer leurs enfants dans une bulle familiale. Plus il tarde à avoir une vie amoureuse, plus cela risque d'être douloureux et conflictuel. "Le plus grand service à rendre à un enfant est de laisser une place à l'homme, sinon, quel modèle adulte le père solo lui donnera-t-il si ce n'est celle d'un homme sacrifié sur l'autel du devoir parental ?", conclut M. Huerre. L'enfant se construit dans le juste équilibre de l'amour et du dévouement, mais aussi de l'acceptation du manque et de la frustration.

Pères solos, pères singuliers ?, de Patrice Huerre et Christilla Pellé-Douël (éd. Albin Michel, 147 p., 12,90 €).

Martine Laronche

samedi 6 février 2010

Sylviane Agacinski-Jospin, 52 ans, recherche la notoriété comme philosophe et la discrétion comme épouse. Femme de tête.

Portrait 09/03/1998 à 22h26
Sylviane Agacinski-Jospin, 52 ans, recherche la notoriété comme philosophe et la discrétion comme épouse. Femme de tête.



GUICHOUX Marie


Depuis quelques jours, c'est la ruée vers la philosophie. On ne sait

pas encore si Politique des sexes, ouvrage savant, fera son entrée dans les classements de best-sellers, que déjà tout le monde s'arrache son auteur. Sylviane Agacinski, épouse Jospin. Femme de tête et femme de. Qui va répétant que lui c'est lui et moi c'est moi. Pour endiguer cette curiosité envers celle qui pense au côté de celui qui gouverne. «Mon existence, dit-elle, est très retranchée.» Par goût. Retranchée dans cet appartement blanc (et loué) qui ne se laisse envahir par rien. A quelques enjambées du Bon Marché où elle fait ses courses, des cafés de Saint- Germain où elle prend l'air, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales où elle enseigne. Retranchée dans ce bureau étroit, avec la photographie de son mari épinglée parmi d'autres sur un pêle-mêle. Retranchée dans sa tête, pour poursuivre cette relation amoureuse qu'elle entretient depuis la classe de première avec la philosophie. «Un coup de foudre» pour «cette approche ordonnée du monde et de la société». Les Français ont découvert «Sylviane» voilà trois ans, lors de l'élection présidentielle. Dans le sillage de Lionel Jospin, elle conjuguait la présence affirmée d'une femme moderne et l'effacement de bon aloi, exigé par le système afin de signifier la «normalité» familiale du prétendant à l'Elysée. (Prestation enregistrée entre autres dans Paris-Match: monsieur et madame préparaient le dîner dans leur cuisine, regardaient la télévision en famille recomposée). Elle paraissait y prendre plaisir. Elle dit s'être «fait violence». Emportée par le tourbillon, réduite aux acquêts de l'association conjugale politique, elle était l'épouse. Depuis qu'il est à Matignon, Lionel Jospin joue sa partition en solo. Tout à la démonstration de sa compétence à gouverner, il n'était pas nécessaire d'imprimer sur les rétines nationales l'image d'un couple concurrentiel à celui de l'Elysée. Ainsi l'a-t-il souhaité, ainsi l'a-t-elle voulu. Pas ou peu de sorties publiques, pas de bureau à Matignon (une secrétaire se charge du courrier qui lui est adressé), pas d'interviews politico-privées. Elle passe l'essentiel de son temps «dans les livres et avec du papier», s'interrompant pour le goûter de son fils et le soir pour la vie de famille. «Je vis beaucoup seule, je suis de moins en moins curieuse des gens.» Comme pour souligner le propos, elle est toute de noir vêtue, boots, jeans, col montant fermé par des petits boutons qui semblent sortis d'une mercerie de province. D'un geste précis de professeur, elle réajuste ses fines lunettes quand elle aborde une idée. Sourire radieux: «Penser est un moment de secret et de grande liberté.» C'est aussi son métier. Elle ne se dit pas agrégée de philosophie, publiant là son quatrième livre. Non, philosophe tout court.

Dans Politique des sexes, Sylviane Agacinski annonce l'avènement de «la pensée de la mixité» qui ouvre «l'ère post-féministe». Le débat sur la parité, relancé en 1996 par un manifeste signé par des femmes d'horizons politiques divers, a été son point de départ. A celles et ceux qui opposaient à cette revendication l'universalisme, elle rétorque que l'homme universel de 1789 couvre un sexisme de droit et de fait alors que l'humanité a deux visages, l'un féminin, l'autre masculin. Il faut désormais «politiser la différence des sexes, c'est-à-dire travailler à réinventer le sens de cette différence». Et dans cet esprit, «plus les femmes seront présentes dans la vie économique et politique, plus elles obligeront à transformer les moeurs». La parité mérite, dit-elle, un référendum. Elle parle avec l'assurance de celle qui se sait soutenue. Elle concède: «La citoyenne aime beaucoup parler de politique et le politique aime parler philosophie.» «Jospin, poursuit un homme du sérail, a toujours fonctionné en allant au bout du raisonnement, en disséquant toutes les hypothèses. Il a trouvé en elle un interlocuteur pour ce genre de jeux d'esprit. Et puis, il a toujours été fasciné par les diplômes et les intellos.»

Quand l'égalité se conjuguait encore au masculin, dans le droit fil de Simone de Beauvoir, le professeur Agacinski reprenait les élèves «qui disaient "la professeur». «J'ai beaucoup changé depuis.» On l'imagine jeune enseignante du secondaire à Saint-Omer ou à Soissons. Une serviette forcément noire et bien organisée, traversant d'un pas catégorique la cour du lycée. La Lyonnaise, prof sympa, inquiète et rigoureuse. Les années ont passé. Devenue chercheuse, elle enseigne, aujourd'hui, à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Les maîtres de conférences et directeurs d'étude de cette école prestigieuse sont élus par l'assemblée des enseignants. Sauf les «prags»: des agrégés du secondaire nommés de manière discrétionnaire par l'Education nationale. Ils sont une dizaine à l'EHESS, dont Sylviane Agacinski, détachée en 1991 (avec deux autres philosophes) par son administration de tutelle dirigée alors par Lionel Jospin. «Mais à l'inverse de certains qui sont des planqués, dit un professeur de la maison, c'est quelqu'un de tout à fait respectable, rigoureux. Son séminaire est extrêmement apprécié.»

Même le théâtre ne l'a pas détournée des études. Le conservatoire de Lyon a pourtant vu passer les deux demoiselles Agacinski, de père ingénieur et de mère au foyer. Sophie l'aînée a promené sa blonde fantaisie sur les planches et épousé Jean-Marc Thibault. La brune cadette a tranché pour les études et rencontré, à l'occasion du mariage de sa soeur, l'homme politique au creux de la vague qui quelques années plus tard deviendra son mari. Une fois, elle a eu «envie de sortir de la salle de la classe». Mai 68 s'annonçait, elle voulait vivre seule. Licence en poche, elle s'offre une récréation à Paris. De-ci, de-là, on la voit ponctuellement dans quelques réunions de féministes mais elle leur préfère un cercle de jeunes philosophes et d'écrivains. Pour assurer sa subsistance, elle remet le cap sur le Capes, puis l'agrégation. Elle a suivi de nombreux enseignements mais la rencontre avec Jacques Derrida sera décisive. «Là s'ouvrait la question de la différence.» Le maître de la philosophie comme lecture critique des textes, aimante une génération de jeunes chercheurs, un monde d'hommes dans lequel cette belle et grande jeune fille fait figure d'égérie. Elle rit: «Ça, c'est de la mythologie!» Consent: «Disciple». «C'est bien de l'être quand on est jeune à condition à un moment de cesser de l'être.» La philosophe a aujourd'hui renoué avec Kierkegaard (son sujet de thèse) et la nécessité de penser à partir de son existence; et la femme a largué Simone de Beauvoir. Elle aussi, a cru que la féminité et l'enfantement n'étaient pas compatibles avec la liberté. «Il y avait une opposition entre faire des livres et faire des enfants.» La naissance d'un fils achève de l'éloigner de ce féminisme-là. Et la maternité ­ en terme plus philosophique, l'altérité ­ devient le noyau de sa pensée. Ce retour du destin «biologique» des femmes fera sans doute grincer des dents mais elle se réjouit de la disparition des modèles qui autorise «les femmes à aller de plus en plus vers leurs plaisirs». Qu'ils soient celui de l'enfantement, du foyer ou du pouvoir. Son plaisir a été d'écrire un livre plus accessible, moins philo-hard, se mêlant de la cité. Dans une quête de notoriété à parité? «Le combat pour la distinction , répond-elle, n'a rien à voir avec le déni des rapports privés».

Sylviane Agacinski en 10 dates1945 Née le 4 mai.1965 Rencontre avec Gilles Deleuze.

1971 Agrégation de philosophie.

1972 Rencontre avec Jacques Derrida et enseigne dans le secondaire en province. 1983 Fait la connaissance de Lionel Jospin.

1984 Naissance d'un fils, qu'elle élève seule.

1985 Collège international de philosophie.

1991 Ecole des hautes études en sciences sociales.

1994 Epouse Lionel Jospin.

1998 Publie, au Seuil, «Politique des sexes».

Autour de l'inné et l'acquis de l'homosexualité

Mail envoyé à une collègue après petite discussion sur l'interdiction du gouvernement de diffuser un film d'animation sur l'amour entre deux poissons mâles à des CM1 et cm2 (cf levée de boucliers d'assoc. conservatrices) et sortie récente d'un livre sur le caractère inné de l'homosexualité:

"Cela m'a amenée à me reposer aussi la question car en ce moment, je ne m'intéresse pas beaucoup aux homosexualités... -même si je le dois pour mon mémoire- ... Le soir de notre petite discussion, je remettais mon nez dans quelques bouquins sur ce thème dont le fameux dictionnaire de l'homophobie, livre-clé qui m'a ouvert les yeux sur des impressions déjà ressenties mais jamais lues/entendues ailleurs et sur la différence des sexes, à savoir la valeur inférieure accordée culturellement aux femmes et au féminin -d'où mon féminisme-.
Voici donc quelques unes de mes réflexions sur le sujet (attention, je suis un peu longue et lourde ...) ;-)

Si j' essaie de voir avec mon propre vécu comment cette prise de conscience de soi d'une sexualité "différente" a pu s'amorcer, je me rends compte que tout notre environnement (familial, scolaire, médiatique, culturel) nous pousse à être hétérosexuel -d'où les propos ineptes et scandaleux des associations conservatrices-.

Cette prise de conscience du décalage entre ce milieu extérieur et nos propres désirs -ou au moins nos incertitudes sur l'objet du désir- peut donc se manifester plus ou moins tôt selon la pregnance de ces idées "hétérocentristes" -=la relation hétéro au centre des relations sexuelles, amoureuses et même sociales !- et selon la force de la propre affirmation de notre personnalité ...

J'ai parfois vraiment conscience que l'on devient homo parce -que ce rapport de force entre ces pressions extérieures et notre propre volonté d'écouter notre moi profond -je ne fais pas de psychanalyse, je te rassure tout de suite !- se fait à l'avantage de l'individu et de sa personnalité.

Cette société dans laquelle nous vivons -pourtant relativement ouverte en comparaison avec d'autres- nous pousse pourtant à des retranchements, à des luttes et des conflits intérieurs, à des doutes, à la peur et l'angoisse. Je ne veux pas noircir le tableau mais il s'agit pour cette minorité non visible de savoir si elle veut se prendre des pains dans la g... ou pas. Menteur ou maso ? Etre "tranquille", sauver les apparences pour se conformer à la demande sociale -sois un(e) hétéro- ou être fier d'être soi au risque de se sentir en décalage avec cette société. Vastes questions qui prennent la tête, au minimum.

Il est difficile de "graduer" notre affirmation de soi pour garder un équilibre.
A travers mon exemple, je sais que je passe différentes étapes, des graduations dans ce que l'on appelle le "coming out" mais il n'est pas (encore) complet. Il le serait si nous venions par exemple habiter Barbezieux. Or, pour plusieurs raisons, j'ai envie de vivre dans un relatif anonymat, ailleurs.

On choisit malgré tout d'assumer ce que l'on est après avoir écouté ce qu'une partie de nous disait pendant que nous écoutions le discours ambiant et, il faut bien le dire, pesant dans la construction de son identité ! On choisit d'affronter le regard des autres, avec tout ce que cela implique : au moins celui de nos proches, puis ceux de nos collègues et enfin ceux de n'importe qui -c'est la graduation que je propose mais elle est un peu simpliste-.

A partir de ce choix d'oser aimer ce qui n'est pas voulu -voire interdit-, il y a donc d'autres étapes à franchir pour oser vivre comme n'importe quel hétérosexuel, sans se prendre la tête. Je dirais qu'à quelques exceptions près, cela nous est pas (encore ?) possible, tant que la société ne sera pas plus ouverte, tant que l'éducation ne se fera pas dès le plus jeune âge pour ouvrir les esprits...

Raconter une histoire de deux amoureuses ou deux hommes amoureux devrait sembler aussi "naturel" que de raconter une histoire hétérosexuelle à nos gamins et ce dès le plus jeune âge. Nous parlons pour des jeunes enfants d'amour, pas de sexualité. Le mot "homosexualité" est donc trompeur: il nous renvoie directement à la sexualité sans parler de sentiments et d'amour !
Dire qu'un amour aboutit à la reproduction de l'espèce ("et eurent beaucoup d'enfants") est assez curieux chez les histoires racontées habituellement aux jeunes enfants: il induit d'ailleurs chez les enfants des idées fausses sur la sexualité (un baiser et tu es enceinte) et sur l'amour (une seule forme d' amour possible). Nous sommes d'ailleurs pour des raisons de simplification extrême de cette relation amour/sexualité dans la continuité d'idées toutes chrétiennes datant je crois du Moyen Age (à vérifier !): l'amour sensuel, sexuel n'est autorisé que parce qu'il y a reproduction de l'espèce. Pas de relations sexuelles en dehors de cet objectif. La contraception et la protection contre les maladies sexuellement transmissibles sont alors proscrites. L'Église catholique est toujours figée sur ce choix de l'abstinence au moins pour le dernier point. Or, nous savons bien que les relations hétérosexuelles n'aboutissent pas uniquement à la conception.

Raconter des histoires d'amours différentes à de jeunes enfants peut paraître à certains d'une banalité extrême et au contraire, à d'autres, d'une horreur absolue. C'est bien la preuve que malgré les évolutions récentes -des 10-20 dernières années-, les mentalités (des responsables politiques) n'ont pas tant changé ... Et que le lobby conservateur, catholique est encore très puissant, surtout avec le gouvernement qui avait fait entrer Mme Boutin, dans sa première version de 2007.

Aussi, comme tu vois, je sors un peu du débat inné/acquis -car mes propos laisseraient à penser que "c'est en nous", c'est donc inné-. Nous en avons l'impression mais cela n'a pas pour autant une valeur scientifique.

Le suicide des jeunes homos, l'homophobie -très souvent développée par des homos qui se refusent d'homo et préfèrent vivre le consensus hétérocentriste, beaucoup plus rassurant- révèlent plutôt la force de ce qui est culturel, de cet acquis qui interfère avec ce qui est "en nous".

L'homophobie est plurielle: elle est intériorisée et/ou extériorisée, discrète et voilée ou clairement affichée; elle est selon moi plus intéressante que l'homosexualité.
"Ce qui pose problème n'est pas l'homosexualité mais l'homophobie" pour citer Louis-George Tin.
C'est ce que ce gouvernement n'a pas compris. Malgré ses affirmations dans les circulaires. Paroles en l'air, pourtant écrites noir sur blanc sur du papier.

Ce qui m'énerve bien sûr dans cette affaire, c'est l'inertie du corps enseignant et, il faut bien dire, de leur hétérocentrisme -et non de leur hétérosexualité!-: oser parler en classe de l'homosexualité -ou disons plus simplement pour nos jeunes marmots, d'amour entr personnes du même sexe- les dérange ... Pourquoi ? Ne sont-ils pas assez à l'aise avec leur sexualité ? Ne sont-ils pas eux-mêmes assez ouverts d'esprit sur les sexualités ? Croient-ils que l'insulte "pédé" n'a aucun poids sur les enfants ??? Pensent-ils au fond d'eux-même -sans trop oser y refléchir et l'affirmer- que l'homosexualité est une sexualité déviante -le poids de l'histoire est là: l'Eglise puis la psychanalyse ont bien fait leur travail ...- et donc "inférieure" comme le pense le député UMP Vanneste toujours validé par son parti car "non reproductif" ? Ce serait encore se voiler la face que de ne pas remarquer que les homosexuels ont des enfants ... mais c'est encore un autre sujet ...

Bref, brève, je ne le suis pas sur le sujet ...
Merci pour le texte d'E. Badinter, c'est un autre sujet que celui de ces voiles, burkas, niquabs qui est loin d'être simple. Il s'agit de penser la liberté des femmes et leur libre acceptation d'être dominées, avec ou sans voile. Celui-ci là se voit, d'autres, non."

mercredi 3 février 2010

Benjamin Stora : mémoires vives

Portrait
Benjamin Stora : mémoires vives
LE MONDE | 03.02.10 | 17h00 • Mis à jour le 03.02.10 | 17h00


Sa mère Marthe rêvait qu'il fût dentiste. Ou qu'il fît, du moins, partie des "gens bien arrivés", se souvient Annie, la soeur aînée. Gagné. C'est d'ailleurs à ses parents, déclassés et appauvris par le départ d'Algérie, en 1962, que Benjamin Stora a rendu hommage, le 14 juillet 2009, quand il a été décoré de la Légion d'honneur. A eux aussi que sont dédiés Les Trois Exils. Juifs d'Algérie (Stock, 2006), l'un de ses derniers livres, parmi la trentaine d'ouvrages publiés par le prolifique historien.
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Parcours

1950 Naissance à Constantine (Algérie).

1962 Départ d'Algérie vers la France.

1978 Thèse sur Messali Hadj,

dirigeant nationaliste algérien.

1986 Rupture avec l'Organisation

communiste internationaliste,

d'obédience trotskiste.

1991 Parution de "La Gangrène

et l'Oubli" (La Découverte),

sur la guerre d'Algérie, qui le fait

connaître au grand public.

2010 Débat sur Albert Camus

au "Maghreb des livres", le 7 février.
Sur le même sujet

"Mes enfants ont fait leur chemin", dira Marthe Stora à l'écrivain Leïla Sebbar, venue, en 1991, rendre visite à la vieille ouvrière à la retraite, dans son appartement de Sartrouville. Benjamin Stora ou la success story d'un enfant de Constantine ? Il y a de ça, bien sûr. Mais pas seulement.

Habitué des plateaux de télévision et des colloques au bout du monde, le "M. Algérie" préféré des médias est resté, contre vents et paillettes, fidèle à la banlieue : celle des ruelles d'Asnières (Hauts-de-Seine), façon Léo Malet, où il vit depuis plus de trente ans. Dans le bureau-salon, il y a une photo de Constantine et une autre, de la famille Stora, prise en juin 1914, en plein temps colonial. Cette fidélité aux siens, si naturelle en apparence, est le fruit d'une longue marche à contre-courant, retour autant que revanche sur l'exil. Il s'en est fallu d'un cheveu, au fond, que Benjamin Stora ne devienne vraiment dentiste...

Contrairement à sa soeur, qui, dès qu'elle eut posé le pied en France, décida d'oublier l'Algérie, le jeune Benjamin, âgé de 12 ans en 1962, va peu à peu plonger dedans. Et en ramener des pans d'histoire. "L'Algérie, Benjamin nous l'a rendue. C'est un énorme cadeau", souligne aujourd'hui son aînée. L'exercice ne va pas de soi. Car, au-delà des bonheurs perdus - les après-midi au hammam, la délicieuse tfina (le plat des juifs constantinois), les pique-niques sur les plages de Philippeville (Skikda), etc. -, l'histoire familiale des Stora est jalonnée de drames. Dans les années 1940, les lois antisémites du régime de Vichy conduisent à la confiscation des biens du grand-père paternel ; dans les années 1950, au moment où éclate la guerre d'Algérie, un oncle est égorgé dans son échoppe ; en juin 1962, enfin, à la veille de l'indépendance, la petite famille prend le chemin de l'exil, noyée dans la foule des pieds-noirs.

Le père, Elie Stora, a vendu son échoppe (de semoule) et l'appartement familial pour presque rien. "On partait pour toujours, mais on ne le disait pas : c'était tabou", relève Annie Stora-Lamarre.

Solitaire, silencieux, le petit écolier de Sartrouville, devenu lycéen à Janson-de-Sailly, vit ses premières années françaises comme une période de sommeil. Mai 1968 sonne le réveil, le propulsant hors de l'école et de la cité. Hors du passé, aussi, et des carcans communautaires. "Benjamin, c'était un militant. Qu'il soit venu d'Algérie, on s'en fichait, ce n'était pas le souci", se souvient son ami Jean Grosset, engagé, comme lui, dans les rangs de l'Organisation communiste internationaliste (OCI), d'obédience trotskiste.

Benjamin Stora reste près de vingt ans dans le groupe lambertiste (du nom de Pierre Boussel-Lambert, son dirigeant), tribu aux moeurs austères, où il fait son apprentissage politique. Il constitue ses premiers réseaux. S'initie aux combinaisons de coulisse. Et croise de futurs dirigeants du Parti socialiste, l'actuel député Jean-Christophe Cambadélis et l'ex-premier ministre, Lionel Jospin, pour ne citer que les plus connus. La gauche, extrême ou pas, reste sa "famille naturelle", bien que ses liens avec le PS, ajoute-t-il, soient devenus "lointains".

Le récit de ces années rouges, thème central de La Dernière Génération d'Octobre (Stock 2003), donne une idée, angoissante parfois, de l'ambiance quasi militaire qui régnait dans certains groupes d'extrême gauche. Mais Benjamin Stora aime ça. Il fait même son entrée au comité central, ce qui lui vaut d'être surnommé "le Beria de l'OCI ", allusion au chef de la police sous Staline. Lui qui a vécu son enfance au milieu de sa mère et d'une flopée de tantes, le voilà plongé dans un univers de camarades soldats, au discours viril, "très proche, culturellement, du vieux mouvement ouvrier, et en particulier du... PCF, combattu pourtant férocement", reconnaît-il aujourd'hui.

Ce militantisme forcené ne l'empêche pas de poursuivre ses études. Il décroche un doctorat d'Etat en histoire : la thèse qu'il soutient, sous la direction de Charles-Robert Ageron, est consacrée au nationaliste algérien Messali Hadj. Il en donne "une image beaucoup plus objective" que ce qu'on savait de lui, note l'historien Mohammed Harbi, deuxième grande figure, avec Ageron, à laquelle Benjamin Stora se réfère sans cesse.

C'est avec Mohammed Harbi - qui fut dirigeant du FLN, avant d'en devenir son plus éclairant analyste - qu'il dirige La Guerre d'Algérie, 1954-2004, la fin de l'amnésie (Laffont 2004). Comme si l'histoire algérienne (et franco-algérienne) était avant tout tributaire, semble dire le sous-titre, des silences, des tabous, des mémoires mensongères ?

La Gangrène et l'Oubli (La Découverte), ouvrage publié en 1991, a déjà développé ce thème. Il a apporté au jeune universitaire un début de notoriété. Celle-ci va se renforcer dans les années qui suivent : l'Algérie revient sur le devant de la scène, avec ses inamovibles généraux, ses islamistes et ses ninjas, ses massacres à répétition... "Essayiste du sensible", comme dit de lui Serge Cordelier, ancien éditeur, Benjamin Stora est lui-même, sur le plan personnel, frappé du plus grand des malheurs : le 6 janvier 1992, sa fille Cécile, âgée de 12 ans, est emportée par le cancer.

Homme public, homme pudique, cet "éveilleur des mémoires communes", comme l'appelle le socialiste François Hollande, se lance à corps perdu dans le travail : il écrit, fait des films, part au Vietnam, puis au Maroc, sortant sans cesse un nouveau livre. Ses détracteurs l'accusent de confondre histoire et mémoire. L'historien René Gallissot, qui le côtoie depuis longtemps, raille son "débordement de production". Même son ami Abdelmajid Merdaci a peur parfois qu'il "se disperse".

Mais Benjamin Stora s'en fiche. Il revendique son "rythme journalistique" et continue de foncer : il vient de publier Le Mystère de Gaulle (Laffont 2009) et s'apprête à parler, dimanche 7 février, lors du prochain "Maghreb des livres", de l'oeuvre d'Albert Camus. Ainsi va notre "algérologue" à temps plein...
Catherine Simon

Il l'a battue et laissée pour morte mais évite la plus lourde peine

On parle parfois du modèle espagnol sur la protection des femmes (battues) mai son voit tout de même que de procès seront relativement cléments avec des faits qui semblent pourtant avérés...

Il l'a battue et laissée pour morte mais évite la plus lourde peine
Par Elodie Cuzin | Journaliste | 02/02/2010 | 20H33
Rue 89


Il a attendu l'aube pour pénétrer dans l'appartement de son ex-femme, violant ainsi le périmètre de sécurité qui lui avait été imposé par la justice, avant de la battre avec une telle violence qu'elle est aujourd'hui tétraplégique. Mais il ne l'aurait pas surprise alors qu'elle était « sans défense », selon le tribunal suprême espagnol qui vient de réduire sa peine.

Considérée en France comme un modèle à suivre dans la lutte contre les violences faites aux femmes, l'Espagne s'émeut cette semaine devant deux verdicts de la cour de dernière instance du pays, qui réduisent les condamnations prononcées à l'encontre de cet agresseur ainsi que de deux autres hommes accusés d'avoir violé une jeune femme en 2004.
« Je dois la tuer pour tout ce qu'elle nous a fait »

La première affaire s'est déroulée en juin 2006. La victime, appelée María Antonia selon le quotidien El País, avait décidé de mettre fin à son mariage près d'un an plus tôt. Son époux depuis 1989 et père de ses deux enfants avait alors commencé à la menacer de mort.

Alertée, la justice lui a interdit de s'approcher de son ex-femme, mais il est malgré tout entré dans l'ancien domicile conjugal une première fois, fin 2005, pour la battre très violemment, « ne cessant que devant les pleurs et les suppliques de ses deux enfants », selon le rapport de justice du tribunal de Madrid.

Quelques mois plus tard, il attend l'aube pour se glisser dans l'appartement avec ses anciennes clefs, après avoir réussi à forcer le verrou de sécurité.

Ce sont les cris du père, « Je dois la tuer pour tout ce qu'elle nous a fait », qui alertent cette fois les deux enfants. Ils se retrouvent face à leur mère, au sol, battue par son ex-mari qui tient un couteau à la main, pris auparavant dans la cuisine, toujours selon le dossier, et qui tente de l'étouffer.

Elle n'a peut-être pas été surprise par son agresseur

D'abord laissée pour morte, elle est aujourd'hui tétraplégique et « aura besoin pour le restant de ses jours de l'assistance d'une tiers personne pour les activités les plus élémentaires de la vie quotidienne », selon le rapport juridique cité par le quotidien Público.

Condamné en première instance à vingt-et-un ans et dix mois de prison par le tribunal de Madrid, l'agresseur vient de voir sa peine abaissée à seize ans et dix mois par le tribunal suprême. Son jugement est sans appel.

Selon ses magistrats, la volonté de l'agresseur de surprendre sa victime alors qu'elle ne peut pas se défendre, de la « prendre en traître », selon une précision du code pénal espagnol, n'est pas prouvée. Un détail qui aurait fait basculer l'homicide volontaire vers l'assassinat.

L'agresseur a en effet affirmé qu'une dispute avait précédé les coups, et le tribunal estime qu'il n'a pas été prouvé que la victime dormait avant l'attaque.

L'avocate de la victime dénonce, elle, une « aberration juridique » dans les pages du quotidien El País, puisque « d'après les propos même de l'agresseur, on peut déduire qu'elle ne pouvait pas se défendre. » Le tribunal de Madrid avait lui jugé « incohérents » les propos de l'agresseur.

Des blessures et un kidnapping « nécessaires » pour commettre un viol

Depuis la révélation lundi de l'affaire, les juristes débattent du bien fondé de la sentence. Un débat d'autant plus animé en Espagne qu'un autre cas polémique l'a précédé de peu sur la scène médiatique.

On apprenait ainsi lundi que le même tribunal suprême avait abaissé de quatre ans les peines de dix-huit ans et demi de prison imposées à deux hommes qui avaient, en 2004, fait monter de force une jeune femme dans leur voiture avant de la violer sur un terrain vague.

La première sentence incluait une peine de prison spécifique pour les blessures causées à la victime et quatre ans pour séquestration illégale, mais la cour de dernière instance a finalement jugé que les blessures « n'excèdent pas les séquelles naturelles qu'entraînent ces conduites » et que le kidnapping est ici un « moyen nécessaire » pour commettre le viol, puisqu'il est limité au temps nécessaire à l'agression.

Une logique qui ne manque pas de scandaliser Altamira Gonzalo, présidente de l'association de femmes juristes Themis, pour qui une même « bienveillance » des juges envers les agresseurs unit ces deux cas récents, qui relèvent pourtant tous deux de la violence de « genre » si surveillée en Espagne.

« Estimer que les lésions étaient “ nécessaires ” pour commettre le viol nous rappelle une époque que l'on croyait révolue, celle où il y a vingt-cinq ans le tribunal suprême exigeait de la victime une “ résistance héroïque ” pour pouvoir prouver qu'il y avait bien eu agression sexuelle.

Mais ces verdicts ne sont heureusement que deux exceptions et la majorité des tribunaux appliquent la loi en accord avec l'époque actuelle. »

Photo : dans une manifestation contre les violences conjugales à Séville en 2004, des femmes brandissent des silhouettes en papier portant le nom de femmes tuées par leur conjoint. (Marcelo Del Pozo/Reuters)

Benoîte Groult, 90 ans déjà, féministe toujours !

Magazine
Benoîte Groult, 90 ans déjà, féministe toujours !
mercredi 03 février 2010
Ouest-France


L'écrivaine Benoîte Groult a eu 90 ans dimanche. Mais elle a fêté ça lundi : ça lui a donné « un jour de rabiot ». Sa maison d'édition, Grasset, avait convié une centaine de personnes : écrivains, amis et sa nombreuse famille. Récit d'un anniversaire « épouvantable » mais fort joyeux, traversé par le souvenir des luttes féministes.
Ne pas compter sur elle pour dire qu'elle est ravie d'avoir 90 ans. « C'est un âge catastrophique ! » Benoîte Groult n'a pas l'habitude de mâcher ses mots pour évoquer la vieillesse. Et sa mort, dont elle veut choisir le moment. Comme dans La touche étoile, qui l'a fait revenir sur le devant de la scène il y a quatre ans et s'est vendu à 300 000 exemplaires...

Lundi soir, ce n'était en tout cas ni le jour ni l'heure d'en finir, à La Cagouille, dans le XIVe arrondissement de Paris. Un restaurant où elle dînait souvent en compagnie d'un certain... François Mitterrand, du vivant de son dernier mari, l'écrivain Paul Guimard. La dame apprécie l'idée qu'a eue son éditeur de réunir ici tous ses amis. « Alors champagne ! », lance-t-elle, frondeuse dans son cardigan aux motifs fuchsia surmonté de trois rangs de perles d'ex-jeune fille rangée.

« 90 ans ! Comment a-t-on pu arriver là si vite ? », demande « une de ses plus vieilles copines », de Hyères. Ex-responsable de société pétrolière, Nicole Brétillard a suivi ses premiers pas d'« écrivai-NE », avec sa soeur Flora ; son engagement féministe... Elle l'a accompagnée « par le coeur, sinon dans les rangs des militantes de sa génération ». Comme Éliane Victor, qui s'avance. La journaliste, qui fut l'épouse de Paul-Émile, l'explorateur, se glisse à la table d'honneur, tordue de rire en vous faisant deviner son âge, à elle : « 92 ans ! » Il y a là aussi l'académicienne Edmonde Charles-Roux, « heureuse de se retrouver entre amies » et l'auteure québécoise Denise Bombardier... « Des soeurs, des filles d'adoption. »

Troublant de les retrouver là, alors que démarrent les États généraux de la femme, relancés quarante ans après les premiers par le magazine Elle, « pour définir les attentes des filles du XXIe siècle ». L'ancienne collaboratrice du titre est sceptique : « Les magazines féminins ne sont plus que futilité ! Ils ne combattent plus pour les droits des femmes. »

Le sort de celles qui sont battues, l'égalité des salaires, restent pour elle des thèmes « au moins aussi importants que la burqa ». Un sujet sur lequel elle se montre prudente, préférant visiblement l'action éducative à une loi pour lever le voile. « Pour en revenir aux États généraux, je n'ai pas été invitée, parce que le féminisme n'est plus du tout à la mode. Même le mot ! Comme s'il était sale. Alors qu'on n'a jamais tué personne ! C'était un humanisme, une très belle thèse. Mes petites-filles, je ne les entends jamais dire : 'Je suis féministe.' C'est comme si ça leur enlevait leur sex-appeal ! »

« Elle a refusé d'être une victime »

« Elle adore dire ça ! », soupire l'une d'elles : Clémentine (journaliste... à Elle), en grillant une cigarette, sur le trottoir, avec sa mère Lison. L'une des deux filles que Benoîte Groult a eues avec le journaliste Georges de Caunes. Entre Constance Guimard, la cadette, retenue dans le sud-Finistère ¯ où sa mère a une maison sur le petit port de Doëlan ¯, ses trois petites-filles et son arrière-petite-fille, Zélie, la jeune nonagénaire ne compte que des filles dans sa lignée. « On pousse le féminisme très loin dans la famille ! » fera remarquer un peu plus tard Blandine de Caunes, au cours d'une déclaration d'amour et d'humour à sa mère, radieuse au côté de Robert Bréchon. « LE spécialiste de Pessoa et Michaux et le premier amour de maman... encore vivant », glisse, mutine, la grande soeur d'Antoine de Caunes « fabriqué, lui, par Jacqueline Joubert ».

« Ce que j'ai toujours aimé chez Benoîte, c'est qu'elle n'a jamais lutté pour les femmes en luttant contre les hommes », commente l'éditrice allemande Dorothee Grisebach qui travaillait chez Droemer, en 1989, quand ont été édités en allemand Les vaisseaux du coeur. 2,5 millions de lecteurs, outre-Rhin, « touchés comme ils ne l'avaient sans doute jamais été par sa description de l'amour physique ».

À 23 h 30, le dîner a pris fin, après moult compliments et chants irlandais. Edmonde Charles-Roux a donné le signal du départ en enfilant son duffle-coat rouge. Sans doute aura-t-elle salué, sur la terrasse, le réalisateur Pierre Schoendoerffer, clope au bec. Tiens Wolinski était là aussi ? Féministe lui ? « Ma femme l'est... Ce n'est pas parce qu'on aime les femmes qu'on n'est pas féministe ! », se défend le dessinateur.

En s'enroulant dans sa pelisse, Denise Bombardier expose une dernière « théorie » sur « l'invraisemblable vitalité de Benoîte. Elle a refusé toute sa vie d'être une victime, jonglant entre ses maris, ses amants, jusqu'à 75 ans. Les femmes qui arrivent à cet âge-là sans perdre la tête, il faut qu'elles soient un peu âpres, rugueuses. Elle est forte. Et incarne notre espérance à toutes ! »

Pascale VERGEREAU