samedi 6 février 2010

Autour de l'inné et l'acquis de l'homosexualité

Mail envoyé à une collègue après petite discussion sur l'interdiction du gouvernement de diffuser un film d'animation sur l'amour entre deux poissons mâles à des CM1 et cm2 (cf levée de boucliers d'assoc. conservatrices) et sortie récente d'un livre sur le caractère inné de l'homosexualité:

"Cela m'a amenée à me reposer aussi la question car en ce moment, je ne m'intéresse pas beaucoup aux homosexualités... -même si je le dois pour mon mémoire- ... Le soir de notre petite discussion, je remettais mon nez dans quelques bouquins sur ce thème dont le fameux dictionnaire de l'homophobie, livre-clé qui m'a ouvert les yeux sur des impressions déjà ressenties mais jamais lues/entendues ailleurs et sur la différence des sexes, à savoir la valeur inférieure accordée culturellement aux femmes et au féminin -d'où mon féminisme-.
Voici donc quelques unes de mes réflexions sur le sujet (attention, je suis un peu longue et lourde ...) ;-)

Si j' essaie de voir avec mon propre vécu comment cette prise de conscience de soi d'une sexualité "différente" a pu s'amorcer, je me rends compte que tout notre environnement (familial, scolaire, médiatique, culturel) nous pousse à être hétérosexuel -d'où les propos ineptes et scandaleux des associations conservatrices-.

Cette prise de conscience du décalage entre ce milieu extérieur et nos propres désirs -ou au moins nos incertitudes sur l'objet du désir- peut donc se manifester plus ou moins tôt selon la pregnance de ces idées "hétérocentristes" -=la relation hétéro au centre des relations sexuelles, amoureuses et même sociales !- et selon la force de la propre affirmation de notre personnalité ...

J'ai parfois vraiment conscience que l'on devient homo parce -que ce rapport de force entre ces pressions extérieures et notre propre volonté d'écouter notre moi profond -je ne fais pas de psychanalyse, je te rassure tout de suite !- se fait à l'avantage de l'individu et de sa personnalité.

Cette société dans laquelle nous vivons -pourtant relativement ouverte en comparaison avec d'autres- nous pousse pourtant à des retranchements, à des luttes et des conflits intérieurs, à des doutes, à la peur et l'angoisse. Je ne veux pas noircir le tableau mais il s'agit pour cette minorité non visible de savoir si elle veut se prendre des pains dans la g... ou pas. Menteur ou maso ? Etre "tranquille", sauver les apparences pour se conformer à la demande sociale -sois un(e) hétéro- ou être fier d'être soi au risque de se sentir en décalage avec cette société. Vastes questions qui prennent la tête, au minimum.

Il est difficile de "graduer" notre affirmation de soi pour garder un équilibre.
A travers mon exemple, je sais que je passe différentes étapes, des graduations dans ce que l'on appelle le "coming out" mais il n'est pas (encore) complet. Il le serait si nous venions par exemple habiter Barbezieux. Or, pour plusieurs raisons, j'ai envie de vivre dans un relatif anonymat, ailleurs.

On choisit malgré tout d'assumer ce que l'on est après avoir écouté ce qu'une partie de nous disait pendant que nous écoutions le discours ambiant et, il faut bien le dire, pesant dans la construction de son identité ! On choisit d'affronter le regard des autres, avec tout ce que cela implique : au moins celui de nos proches, puis ceux de nos collègues et enfin ceux de n'importe qui -c'est la graduation que je propose mais elle est un peu simpliste-.

A partir de ce choix d'oser aimer ce qui n'est pas voulu -voire interdit-, il y a donc d'autres étapes à franchir pour oser vivre comme n'importe quel hétérosexuel, sans se prendre la tête. Je dirais qu'à quelques exceptions près, cela nous est pas (encore ?) possible, tant que la société ne sera pas plus ouverte, tant que l'éducation ne se fera pas dès le plus jeune âge pour ouvrir les esprits...

Raconter une histoire de deux amoureuses ou deux hommes amoureux devrait sembler aussi "naturel" que de raconter une histoire hétérosexuelle à nos gamins et ce dès le plus jeune âge. Nous parlons pour des jeunes enfants d'amour, pas de sexualité. Le mot "homosexualité" est donc trompeur: il nous renvoie directement à la sexualité sans parler de sentiments et d'amour !
Dire qu'un amour aboutit à la reproduction de l'espèce ("et eurent beaucoup d'enfants") est assez curieux chez les histoires racontées habituellement aux jeunes enfants: il induit d'ailleurs chez les enfants des idées fausses sur la sexualité (un baiser et tu es enceinte) et sur l'amour (une seule forme d' amour possible). Nous sommes d'ailleurs pour des raisons de simplification extrême de cette relation amour/sexualité dans la continuité d'idées toutes chrétiennes datant je crois du Moyen Age (à vérifier !): l'amour sensuel, sexuel n'est autorisé que parce qu'il y a reproduction de l'espèce. Pas de relations sexuelles en dehors de cet objectif. La contraception et la protection contre les maladies sexuellement transmissibles sont alors proscrites. L'Église catholique est toujours figée sur ce choix de l'abstinence au moins pour le dernier point. Or, nous savons bien que les relations hétérosexuelles n'aboutissent pas uniquement à la conception.

Raconter des histoires d'amours différentes à de jeunes enfants peut paraître à certains d'une banalité extrême et au contraire, à d'autres, d'une horreur absolue. C'est bien la preuve que malgré les évolutions récentes -des 10-20 dernières années-, les mentalités (des responsables politiques) n'ont pas tant changé ... Et que le lobby conservateur, catholique est encore très puissant, surtout avec le gouvernement qui avait fait entrer Mme Boutin, dans sa première version de 2007.

Aussi, comme tu vois, je sors un peu du débat inné/acquis -car mes propos laisseraient à penser que "c'est en nous", c'est donc inné-. Nous en avons l'impression mais cela n'a pas pour autant une valeur scientifique.

Le suicide des jeunes homos, l'homophobie -très souvent développée par des homos qui se refusent d'homo et préfèrent vivre le consensus hétérocentriste, beaucoup plus rassurant- révèlent plutôt la force de ce qui est culturel, de cet acquis qui interfère avec ce qui est "en nous".

L'homophobie est plurielle: elle est intériorisée et/ou extériorisée, discrète et voilée ou clairement affichée; elle est selon moi plus intéressante que l'homosexualité.
"Ce qui pose problème n'est pas l'homosexualité mais l'homophobie" pour citer Louis-George Tin.
C'est ce que ce gouvernement n'a pas compris. Malgré ses affirmations dans les circulaires. Paroles en l'air, pourtant écrites noir sur blanc sur du papier.

Ce qui m'énerve bien sûr dans cette affaire, c'est l'inertie du corps enseignant et, il faut bien dire, de leur hétérocentrisme -et non de leur hétérosexualité!-: oser parler en classe de l'homosexualité -ou disons plus simplement pour nos jeunes marmots, d'amour entr personnes du même sexe- les dérange ... Pourquoi ? Ne sont-ils pas assez à l'aise avec leur sexualité ? Ne sont-ils pas eux-mêmes assez ouverts d'esprit sur les sexualités ? Croient-ils que l'insulte "pédé" n'a aucun poids sur les enfants ??? Pensent-ils au fond d'eux-même -sans trop oser y refléchir et l'affirmer- que l'homosexualité est une sexualité déviante -le poids de l'histoire est là: l'Eglise puis la psychanalyse ont bien fait leur travail ...- et donc "inférieure" comme le pense le député UMP Vanneste toujours validé par son parti car "non reproductif" ? Ce serait encore se voiler la face que de ne pas remarquer que les homosexuels ont des enfants ... mais c'est encore un autre sujet ...

Bref, brève, je ne le suis pas sur le sujet ...
Merci pour le texte d'E. Badinter, c'est un autre sujet que celui de ces voiles, burkas, niquabs qui est loin d'être simple. Il s'agit de penser la liberté des femmes et leur libre acceptation d'être dominées, avec ou sans voile. Celui-ci là se voit, d'autres, non."

mercredi 3 février 2010

Benjamin Stora : mémoires vives

Portrait
Benjamin Stora : mémoires vives
LE MONDE | 03.02.10 | 17h00 • Mis à jour le 03.02.10 | 17h00


Sa mère Marthe rêvait qu'il fût dentiste. Ou qu'il fît, du moins, partie des "gens bien arrivés", se souvient Annie, la soeur aînée. Gagné. C'est d'ailleurs à ses parents, déclassés et appauvris par le départ d'Algérie, en 1962, que Benjamin Stora a rendu hommage, le 14 juillet 2009, quand il a été décoré de la Légion d'honneur. A eux aussi que sont dédiés Les Trois Exils. Juifs d'Algérie (Stock, 2006), l'un de ses derniers livres, parmi la trentaine d'ouvrages publiés par le prolifique historien.
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Parcours

1950 Naissance à Constantine (Algérie).

1962 Départ d'Algérie vers la France.

1978 Thèse sur Messali Hadj,

dirigeant nationaliste algérien.

1986 Rupture avec l'Organisation

communiste internationaliste,

d'obédience trotskiste.

1991 Parution de "La Gangrène

et l'Oubli" (La Découverte),

sur la guerre d'Algérie, qui le fait

connaître au grand public.

2010 Débat sur Albert Camus

au "Maghreb des livres", le 7 février.
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"Mes enfants ont fait leur chemin", dira Marthe Stora à l'écrivain Leïla Sebbar, venue, en 1991, rendre visite à la vieille ouvrière à la retraite, dans son appartement de Sartrouville. Benjamin Stora ou la success story d'un enfant de Constantine ? Il y a de ça, bien sûr. Mais pas seulement.

Habitué des plateaux de télévision et des colloques au bout du monde, le "M. Algérie" préféré des médias est resté, contre vents et paillettes, fidèle à la banlieue : celle des ruelles d'Asnières (Hauts-de-Seine), façon Léo Malet, où il vit depuis plus de trente ans. Dans le bureau-salon, il y a une photo de Constantine et une autre, de la famille Stora, prise en juin 1914, en plein temps colonial. Cette fidélité aux siens, si naturelle en apparence, est le fruit d'une longue marche à contre-courant, retour autant que revanche sur l'exil. Il s'en est fallu d'un cheveu, au fond, que Benjamin Stora ne devienne vraiment dentiste...

Contrairement à sa soeur, qui, dès qu'elle eut posé le pied en France, décida d'oublier l'Algérie, le jeune Benjamin, âgé de 12 ans en 1962, va peu à peu plonger dedans. Et en ramener des pans d'histoire. "L'Algérie, Benjamin nous l'a rendue. C'est un énorme cadeau", souligne aujourd'hui son aînée. L'exercice ne va pas de soi. Car, au-delà des bonheurs perdus - les après-midi au hammam, la délicieuse tfina (le plat des juifs constantinois), les pique-niques sur les plages de Philippeville (Skikda), etc. -, l'histoire familiale des Stora est jalonnée de drames. Dans les années 1940, les lois antisémites du régime de Vichy conduisent à la confiscation des biens du grand-père paternel ; dans les années 1950, au moment où éclate la guerre d'Algérie, un oncle est égorgé dans son échoppe ; en juin 1962, enfin, à la veille de l'indépendance, la petite famille prend le chemin de l'exil, noyée dans la foule des pieds-noirs.

Le père, Elie Stora, a vendu son échoppe (de semoule) et l'appartement familial pour presque rien. "On partait pour toujours, mais on ne le disait pas : c'était tabou", relève Annie Stora-Lamarre.

Solitaire, silencieux, le petit écolier de Sartrouville, devenu lycéen à Janson-de-Sailly, vit ses premières années françaises comme une période de sommeil. Mai 1968 sonne le réveil, le propulsant hors de l'école et de la cité. Hors du passé, aussi, et des carcans communautaires. "Benjamin, c'était un militant. Qu'il soit venu d'Algérie, on s'en fichait, ce n'était pas le souci", se souvient son ami Jean Grosset, engagé, comme lui, dans les rangs de l'Organisation communiste internationaliste (OCI), d'obédience trotskiste.

Benjamin Stora reste près de vingt ans dans le groupe lambertiste (du nom de Pierre Boussel-Lambert, son dirigeant), tribu aux moeurs austères, où il fait son apprentissage politique. Il constitue ses premiers réseaux. S'initie aux combinaisons de coulisse. Et croise de futurs dirigeants du Parti socialiste, l'actuel député Jean-Christophe Cambadélis et l'ex-premier ministre, Lionel Jospin, pour ne citer que les plus connus. La gauche, extrême ou pas, reste sa "famille naturelle", bien que ses liens avec le PS, ajoute-t-il, soient devenus "lointains".

Le récit de ces années rouges, thème central de La Dernière Génération d'Octobre (Stock 2003), donne une idée, angoissante parfois, de l'ambiance quasi militaire qui régnait dans certains groupes d'extrême gauche. Mais Benjamin Stora aime ça. Il fait même son entrée au comité central, ce qui lui vaut d'être surnommé "le Beria de l'OCI ", allusion au chef de la police sous Staline. Lui qui a vécu son enfance au milieu de sa mère et d'une flopée de tantes, le voilà plongé dans un univers de camarades soldats, au discours viril, "très proche, culturellement, du vieux mouvement ouvrier, et en particulier du... PCF, combattu pourtant férocement", reconnaît-il aujourd'hui.

Ce militantisme forcené ne l'empêche pas de poursuivre ses études. Il décroche un doctorat d'Etat en histoire : la thèse qu'il soutient, sous la direction de Charles-Robert Ageron, est consacrée au nationaliste algérien Messali Hadj. Il en donne "une image beaucoup plus objective" que ce qu'on savait de lui, note l'historien Mohammed Harbi, deuxième grande figure, avec Ageron, à laquelle Benjamin Stora se réfère sans cesse.

C'est avec Mohammed Harbi - qui fut dirigeant du FLN, avant d'en devenir son plus éclairant analyste - qu'il dirige La Guerre d'Algérie, 1954-2004, la fin de l'amnésie (Laffont 2004). Comme si l'histoire algérienne (et franco-algérienne) était avant tout tributaire, semble dire le sous-titre, des silences, des tabous, des mémoires mensongères ?

La Gangrène et l'Oubli (La Découverte), ouvrage publié en 1991, a déjà développé ce thème. Il a apporté au jeune universitaire un début de notoriété. Celle-ci va se renforcer dans les années qui suivent : l'Algérie revient sur le devant de la scène, avec ses inamovibles généraux, ses islamistes et ses ninjas, ses massacres à répétition... "Essayiste du sensible", comme dit de lui Serge Cordelier, ancien éditeur, Benjamin Stora est lui-même, sur le plan personnel, frappé du plus grand des malheurs : le 6 janvier 1992, sa fille Cécile, âgée de 12 ans, est emportée par le cancer.

Homme public, homme pudique, cet "éveilleur des mémoires communes", comme l'appelle le socialiste François Hollande, se lance à corps perdu dans le travail : il écrit, fait des films, part au Vietnam, puis au Maroc, sortant sans cesse un nouveau livre. Ses détracteurs l'accusent de confondre histoire et mémoire. L'historien René Gallissot, qui le côtoie depuis longtemps, raille son "débordement de production". Même son ami Abdelmajid Merdaci a peur parfois qu'il "se disperse".

Mais Benjamin Stora s'en fiche. Il revendique son "rythme journalistique" et continue de foncer : il vient de publier Le Mystère de Gaulle (Laffont 2009) et s'apprête à parler, dimanche 7 février, lors du prochain "Maghreb des livres", de l'oeuvre d'Albert Camus. Ainsi va notre "algérologue" à temps plein...
Catherine Simon

Il l'a battue et laissée pour morte mais évite la plus lourde peine

On parle parfois du modèle espagnol sur la protection des femmes (battues) mai son voit tout de même que de procès seront relativement cléments avec des faits qui semblent pourtant avérés...

Il l'a battue et laissée pour morte mais évite la plus lourde peine
Par Elodie Cuzin | Journaliste | 02/02/2010 | 20H33
Rue 89


Il a attendu l'aube pour pénétrer dans l'appartement de son ex-femme, violant ainsi le périmètre de sécurité qui lui avait été imposé par la justice, avant de la battre avec une telle violence qu'elle est aujourd'hui tétraplégique. Mais il ne l'aurait pas surprise alors qu'elle était « sans défense », selon le tribunal suprême espagnol qui vient de réduire sa peine.

Considérée en France comme un modèle à suivre dans la lutte contre les violences faites aux femmes, l'Espagne s'émeut cette semaine devant deux verdicts de la cour de dernière instance du pays, qui réduisent les condamnations prononcées à l'encontre de cet agresseur ainsi que de deux autres hommes accusés d'avoir violé une jeune femme en 2004.
« Je dois la tuer pour tout ce qu'elle nous a fait »

La première affaire s'est déroulée en juin 2006. La victime, appelée María Antonia selon le quotidien El País, avait décidé de mettre fin à son mariage près d'un an plus tôt. Son époux depuis 1989 et père de ses deux enfants avait alors commencé à la menacer de mort.

Alertée, la justice lui a interdit de s'approcher de son ex-femme, mais il est malgré tout entré dans l'ancien domicile conjugal une première fois, fin 2005, pour la battre très violemment, « ne cessant que devant les pleurs et les suppliques de ses deux enfants », selon le rapport de justice du tribunal de Madrid.

Quelques mois plus tard, il attend l'aube pour se glisser dans l'appartement avec ses anciennes clefs, après avoir réussi à forcer le verrou de sécurité.

Ce sont les cris du père, « Je dois la tuer pour tout ce qu'elle nous a fait », qui alertent cette fois les deux enfants. Ils se retrouvent face à leur mère, au sol, battue par son ex-mari qui tient un couteau à la main, pris auparavant dans la cuisine, toujours selon le dossier, et qui tente de l'étouffer.

Elle n'a peut-être pas été surprise par son agresseur

D'abord laissée pour morte, elle est aujourd'hui tétraplégique et « aura besoin pour le restant de ses jours de l'assistance d'une tiers personne pour les activités les plus élémentaires de la vie quotidienne », selon le rapport juridique cité par le quotidien Público.

Condamné en première instance à vingt-et-un ans et dix mois de prison par le tribunal de Madrid, l'agresseur vient de voir sa peine abaissée à seize ans et dix mois par le tribunal suprême. Son jugement est sans appel.

Selon ses magistrats, la volonté de l'agresseur de surprendre sa victime alors qu'elle ne peut pas se défendre, de la « prendre en traître », selon une précision du code pénal espagnol, n'est pas prouvée. Un détail qui aurait fait basculer l'homicide volontaire vers l'assassinat.

L'agresseur a en effet affirmé qu'une dispute avait précédé les coups, et le tribunal estime qu'il n'a pas été prouvé que la victime dormait avant l'attaque.

L'avocate de la victime dénonce, elle, une « aberration juridique » dans les pages du quotidien El País, puisque « d'après les propos même de l'agresseur, on peut déduire qu'elle ne pouvait pas se défendre. » Le tribunal de Madrid avait lui jugé « incohérents » les propos de l'agresseur.

Des blessures et un kidnapping « nécessaires » pour commettre un viol

Depuis la révélation lundi de l'affaire, les juristes débattent du bien fondé de la sentence. Un débat d'autant plus animé en Espagne qu'un autre cas polémique l'a précédé de peu sur la scène médiatique.

On apprenait ainsi lundi que le même tribunal suprême avait abaissé de quatre ans les peines de dix-huit ans et demi de prison imposées à deux hommes qui avaient, en 2004, fait monter de force une jeune femme dans leur voiture avant de la violer sur un terrain vague.

La première sentence incluait une peine de prison spécifique pour les blessures causées à la victime et quatre ans pour séquestration illégale, mais la cour de dernière instance a finalement jugé que les blessures « n'excèdent pas les séquelles naturelles qu'entraînent ces conduites » et que le kidnapping est ici un « moyen nécessaire » pour commettre le viol, puisqu'il est limité au temps nécessaire à l'agression.

Une logique qui ne manque pas de scandaliser Altamira Gonzalo, présidente de l'association de femmes juristes Themis, pour qui une même « bienveillance » des juges envers les agresseurs unit ces deux cas récents, qui relèvent pourtant tous deux de la violence de « genre » si surveillée en Espagne.

« Estimer que les lésions étaient “ nécessaires ” pour commettre le viol nous rappelle une époque que l'on croyait révolue, celle où il y a vingt-cinq ans le tribunal suprême exigeait de la victime une “ résistance héroïque ” pour pouvoir prouver qu'il y avait bien eu agression sexuelle.

Mais ces verdicts ne sont heureusement que deux exceptions et la majorité des tribunaux appliquent la loi en accord avec l'époque actuelle. »

Photo : dans une manifestation contre les violences conjugales à Séville en 2004, des femmes brandissent des silhouettes en papier portant le nom de femmes tuées par leur conjoint. (Marcelo Del Pozo/Reuters)

Benoîte Groult, 90 ans déjà, féministe toujours !

Magazine
Benoîte Groult, 90 ans déjà, féministe toujours !
mercredi 03 février 2010
Ouest-France


L'écrivaine Benoîte Groult a eu 90 ans dimanche. Mais elle a fêté ça lundi : ça lui a donné « un jour de rabiot ». Sa maison d'édition, Grasset, avait convié une centaine de personnes : écrivains, amis et sa nombreuse famille. Récit d'un anniversaire « épouvantable » mais fort joyeux, traversé par le souvenir des luttes féministes.
Ne pas compter sur elle pour dire qu'elle est ravie d'avoir 90 ans. « C'est un âge catastrophique ! » Benoîte Groult n'a pas l'habitude de mâcher ses mots pour évoquer la vieillesse. Et sa mort, dont elle veut choisir le moment. Comme dans La touche étoile, qui l'a fait revenir sur le devant de la scène il y a quatre ans et s'est vendu à 300 000 exemplaires...

Lundi soir, ce n'était en tout cas ni le jour ni l'heure d'en finir, à La Cagouille, dans le XIVe arrondissement de Paris. Un restaurant où elle dînait souvent en compagnie d'un certain... François Mitterrand, du vivant de son dernier mari, l'écrivain Paul Guimard. La dame apprécie l'idée qu'a eue son éditeur de réunir ici tous ses amis. « Alors champagne ! », lance-t-elle, frondeuse dans son cardigan aux motifs fuchsia surmonté de trois rangs de perles d'ex-jeune fille rangée.

« 90 ans ! Comment a-t-on pu arriver là si vite ? », demande « une de ses plus vieilles copines », de Hyères. Ex-responsable de société pétrolière, Nicole Brétillard a suivi ses premiers pas d'« écrivai-NE », avec sa soeur Flora ; son engagement féministe... Elle l'a accompagnée « par le coeur, sinon dans les rangs des militantes de sa génération ». Comme Éliane Victor, qui s'avance. La journaliste, qui fut l'épouse de Paul-Émile, l'explorateur, se glisse à la table d'honneur, tordue de rire en vous faisant deviner son âge, à elle : « 92 ans ! » Il y a là aussi l'académicienne Edmonde Charles-Roux, « heureuse de se retrouver entre amies » et l'auteure québécoise Denise Bombardier... « Des soeurs, des filles d'adoption. »

Troublant de les retrouver là, alors que démarrent les États généraux de la femme, relancés quarante ans après les premiers par le magazine Elle, « pour définir les attentes des filles du XXIe siècle ». L'ancienne collaboratrice du titre est sceptique : « Les magazines féminins ne sont plus que futilité ! Ils ne combattent plus pour les droits des femmes. »

Le sort de celles qui sont battues, l'égalité des salaires, restent pour elle des thèmes « au moins aussi importants que la burqa ». Un sujet sur lequel elle se montre prudente, préférant visiblement l'action éducative à une loi pour lever le voile. « Pour en revenir aux États généraux, je n'ai pas été invitée, parce que le féminisme n'est plus du tout à la mode. Même le mot ! Comme s'il était sale. Alors qu'on n'a jamais tué personne ! C'était un humanisme, une très belle thèse. Mes petites-filles, je ne les entends jamais dire : 'Je suis féministe.' C'est comme si ça leur enlevait leur sex-appeal ! »

« Elle a refusé d'être une victime »

« Elle adore dire ça ! », soupire l'une d'elles : Clémentine (journaliste... à Elle), en grillant une cigarette, sur le trottoir, avec sa mère Lison. L'une des deux filles que Benoîte Groult a eues avec le journaliste Georges de Caunes. Entre Constance Guimard, la cadette, retenue dans le sud-Finistère ¯ où sa mère a une maison sur le petit port de Doëlan ¯, ses trois petites-filles et son arrière-petite-fille, Zélie, la jeune nonagénaire ne compte que des filles dans sa lignée. « On pousse le féminisme très loin dans la famille ! » fera remarquer un peu plus tard Blandine de Caunes, au cours d'une déclaration d'amour et d'humour à sa mère, radieuse au côté de Robert Bréchon. « LE spécialiste de Pessoa et Michaux et le premier amour de maman... encore vivant », glisse, mutine, la grande soeur d'Antoine de Caunes « fabriqué, lui, par Jacqueline Joubert ».

« Ce que j'ai toujours aimé chez Benoîte, c'est qu'elle n'a jamais lutté pour les femmes en luttant contre les hommes », commente l'éditrice allemande Dorothee Grisebach qui travaillait chez Droemer, en 1989, quand ont été édités en allemand Les vaisseaux du coeur. 2,5 millions de lecteurs, outre-Rhin, « touchés comme ils ne l'avaient sans doute jamais été par sa description de l'amour physique ».

À 23 h 30, le dîner a pris fin, après moult compliments et chants irlandais. Edmonde Charles-Roux a donné le signal du départ en enfilant son duffle-coat rouge. Sans doute aura-t-elle salué, sur la terrasse, le réalisateur Pierre Schoendoerffer, clope au bec. Tiens Wolinski était là aussi ? Féministe lui ? « Ma femme l'est... Ce n'est pas parce qu'on aime les femmes qu'on n'est pas féministe ! », se défend le dessinateur.

En s'enroulant dans sa pelisse, Denise Bombardier expose une dernière « théorie » sur « l'invraisemblable vitalité de Benoîte. Elle a refusé toute sa vie d'être une victime, jonglant entre ses maris, ses amants, jusqu'à 75 ans. Les femmes qui arrivent à cet âge-là sans perdre la tête, il faut qu'elles soient un peu âpres, rugueuses. Elle est forte. Et incarne notre espérance à toutes ! »

Pascale VERGEREAU

dimanche 31 janvier 2010

Petit historique de l'"acceptation" de l'homosexualité

Petit historique de l'"acceptation" de l'homosexualité (cf gayclic sur "Dynastie"):
http://www.dailymotion.com/video/xc1ggb_dynastie-gay-en-anglais-malade-en-f_shortfilms

Le 4 août 1982, la France dépénalisait l'homosexualité.
L'homosexualité est retirée du manuel diagnostique et statistique
des maladies mentales, en 1985.
L’homosexualité est retirée de la liste des maladies mentales de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 1991.

Pour revenir à "Dynastie", cette série est tournée en 81-82 et est diffusée en France en 84-85.
Quand la série est diffusée en France, l'homosexualité est donc dépénalisée mais toujours considérée comme une maladie mentale...
Dans le contexte de l'époque, la traduction -remplacer "gay" par "malade"- n'est pas en décalage avec les croyances de son époque: par contre, elle interprète au lieu de traduire ...

Traduire .... le mot gay n'était peut être pas très parlant pour les Français de cette époque ... et le mot homosexuel peut être un peu long à mettre sur les lèvres ... "pédé" aurait été alors le plus adapté, surtout dans le propos du jeune homme qui fait clairement son coming out...

Alors seulement peut-être, peut-on dire que le mot "malade" s'explique par un certain conservatisme de la traduction française... Je n'ai pas vu la série mais je peux imaginer que si la production de la série a voulu mettre ce jeune "malade" avec un petit copain -aussi "malade": sacrée contagion !-, cela a dû poser des problèmes aux traducteurs/trices...;-)
Le monde à l'envers ?
Quand un parent persuade son fils qu'il est ... une fille .

Le talent hybride de Guillaume Galienne
LE MONDE | 30.01.10 | 14h47 • Mis à jour le 30.01.10 | 14h47

Guillaume Gallienne est un garçon qui, toute son enfance, a entendu sa mère prononcer cette phrase : "Les garçons et Guillaume, à table !" Les garçons ET Guillaume ? Pour sa mère, il était une fille. L'évidence ne faisait rien à l'affaire. De cette incroyable projection maternelle, il a fait un spectacle, Les Garçons et Guillaume, à table !, qui, depuis sa création, en mars 2008, au Théâtre de l'Ouest parisien, à Boulogne, a tourné un peu partout en France, et remporte un succès fou.
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Le talent hybride de Guillaume Galienne

Aujourd'hui, le voilà à Paris, au Théâtre de l'Athénée, où il joue à guichets fermés jusqu'au 20 février, et où il devrait être repris à la fin de la saison. Le succès ne suit pas toujours le talent, loin de là. Il rime même souvent avec vulgarité et démagogie, surtout dans l'exercice du one-man-show. Rien de tel ici : Guillaume Gallienne, par ailleurs brillant sociétaire de la troupe de la Comédie-Française, pratique le genre avec élégance, et offre un spectacle aussi fin et touchant que drôle.

Seul en scène, donc, sur un petit plateau blanc, en compagnie d'un petit lit en fer-blanc, d'une table et d'une chaise blanches, chambre d'enfant aussi bien que cabinet du psychiatre, voici donc Guillaume aux prises avec une histoire familiale qui démontre une fois de plus que la folie adore faire son lit dans les draps de soie des beaux quartiers.

Dans la grande famille bourgeoise déjantée, je demande d'abord la mère. Depuis toujours, elle a décidé que son fils était une fille. Guillaume n'y voit pas vraiment d'inconvénient : il adore se déguiser et jouer à Sissi l'impératrice. Mais le père, lui, n'est pas d'accord : il envoie son fils en pension, pour devenir un homme. Guillaume découvre les joies simples de la virilité.

Gallienne la raconte avec une grande tendresse, cette histoire d'un garçon qui se persuade d'être homosexuel pour rentrer dans le rôle assigné par sa mère, et finit par trouver qui il est. Son sens du croquis et de l'autodérision, son esprit, sa plume légère empêchent à tout moment le spectacle de dériver vers le déballage intime ou la caricature.

Mais c'est surtout, évidemment, son exceptionnel talent d'acteur qui met la salle en lévitation. Gallienne a l'art d'allier les contraires : comédien classique et de one-man-show, il ne laisse jamais, contrairement à Fabrice Luchini, ses facilités prendre le dessus, et garde de la tenue en toutes circonstances, y compris en jouant avec les codes de l'humour homosexuel.

Son spectacle ne révolutionnera pas l'histoire du théâtre. Mais il touche, comme peut toucher une histoire personnelle, qui devient universelle quand elle est bien racontée. Les garçons et les filles en redemandent.

Les Garçons et Guillaume, à table !,

de et avec Guillaume Gallienne. Mise en scène : Claude Mathieu. Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, square de l'Opéra-Louis-Jouvet, 7, rue Boudreau, Paris-9e. Mo Opéra. Tél. : 01-53-05-19-19. Mardi à 19 heures, du mercredi au samedi à 20 heures, jusqu'au 20 février. De 11 € à 30 €.

Les Garçons et Guillaume, à table !,

de et avec Guillaume Gallienne. Mise en scène : Claude Mathieu. Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, square de l'Opéra-Louis-Jouvet, 7, rue Boudreau, Paris-9e. Mo Opéra. Tél. : 01-53-05-19-19. Mardi à 19 heures, du mercredi au samedi à 20 heures, jusqu'au 20 février. De 11 € à 30 €.
Fabienne Darge

samedi 30 janvier 2010

Christine Bard Du mythe à l’histoire, ou ce qui relie le soutien-gorge à l’antiféminisme

Il eût été étonnant de ne pas retrouver ici quelques passages des écrits de ma directrice de recherche ... en voici un paru dans les archives du féminisme ..
Directrice de recherche qui m'a finalement mis 17/20 à mon commentaire de documents de janvier -je n'ai pas tout compris mais bon, on ne va pas s'en plaindre !-.

Christine Bard
Du mythe à l’histoire, ou ce qui relie le soutien-gorge à l’antiféminisme


Lorsque le féminisme radical s’invente aux États-Unis à la fin des sixties, il est immédiatement associé à la contestation du soutien-gorge. Et pourtant, non, les féministes américaines n’ont pas brûlé leurs soutiens-gorges à Atlantic City alors qu’elles venaient perturber le concours de beauté Miss America en septembre 1968. Elles ont simplement jeté dans une « poubelle de la liberté » des soutiens-gorges en même temps que d’autres objets symboliques tels que des chaussures à talons hauts, des ceintures, Play Boy... L’image des « Américaines qui brûlent leur soutien-gorge » traversera pourtant les océans et les générations. Il est même le premier exemple avancé pour démontrer la nature « violente » du mouvement féministe ! Fadela Amara dit ainsi que quand elle regardait « les images de ces femmes qui défilaient en brûlant des soutiens-gorges », son père éteignait la télé. " Chez nous (dans une famille immigrée algérienne), les luttes d’émancipation de la France des années 1970, la liberté sexuelle, le féminisme, on n’en voyait pas les conséquences1 ". Le feu est très emblématique de ces années 1960 incandescentes où tout brûle : Jimi Hendrix sacrifie sa guitare, les bombes au Napalm pleuvent sur le Vietnam. L’immolation devient un moyen de protestation politique pour les moines tibétains ou encore pour l’étudiant tchèque Jan Palach... Symboliquement, les militants américains anti-guerre brûlent leur carte d’incorporation. Le rapprochement entre ce moyen de protestation, illégal, et l’idée de brûler des soutiens-gorges est d’ailleurs fait par un journaliste, juste avant le concours de Miss America. Et le lendemain, le Times affirme que des soutiens-gorges ont effectivement été brûlés, or, si certaines féministes en avaient bien évoqué la possibilité, elles avaient reculé devant les problèmes de sécurité.
Le « bra-burning », ce non événement, va servir la cause antiféministe. Il sollicite l’imaginaire religieux de l’enfer promis aux pécheresses et du bûcher réservé aux sorcières, mais surtout il ridiculise les militantes, car elle est bien triviale, cette cause du soutien-gorge quand tant de problèmes graves préoccupent la planète...
Ne parlons pas de l’indécence d’une telle exhibition de vêtements destinés à rester cachés. Ce n’est pas la première fois que le féminisme se trouve résumé et déprécié par sa réduction à un pro-blème vestimentaire...
Il s’agit en réalité d’un épisode de la lutte pour la réforme du costume féminin. Des féministes américaines des années 1960 contestent les contraintes vestimentaires. Elles portent plus volontiers le pantalon que les Européennes. Elles apprécient le confort des chaussures plates. Certaines ne portent plus de soutien-gorge et en contestent l’utilité pratique et la fonction symbolique. Les années 1950, très reféminisantes, ont mis au goût du jour les dessous, essentiellement conçus, selon les féministes, pour la satisfaction des fantasmes masculins. Le soutien-gorge rehausse et fait pigeonner la poitrine, dénudée par le décolleté. Cet héritier du corset est parfois inconfortable. Et puis les seins occupent une place considérable dans l’histoire de la beauté féminine, dans l’histoire de l’érotisme, mais aussi dans l’histoire de la symbolique politique (voir nos Marianne) : à vrai dire, les sociétés occidentales sont obsédées par les seins2. C’est à cette quintessence de la féminité que les féministes, plus imaginaires que réelles, s’en prennent, niant dans un même élan ce qui fait la séduction de leur genre et la différence des sexes. Car les hommes ne portent pas de soutien-gorge... Le brûler, c’est faire disparaître un élément de la différenciation des sexes, dans un contexte où la lutte contre la jupe imposée dans l’uniforme des high schools est encore d’actualité. On comprend mieux le succès retentissant de cette légende urbaine3.
1. Hervé Gattegno, Anne-Cécile Sarfati, Femmes au pouvoir. Récits et confidences, Paris, Stock, 2007, p. 48.
2. Marilyn Yalom, A History of the Breast, New York, Ballantine, 1998.
3. De nombreux sites américains traitent du sujet.