vendredi 25 juin 2010

Le testament de Jean Le Bitoux fera-t-il renaître les archives homos de Paris?

Le testament de Jean Le Bitoux fera-t-il renaître les archives homos de Paris?
Par Paul Parant vendredi 25 juin 2010, à 10h39 | 1945 vues
Plus de: archives LGBT, Paris, Jean Le Bitoux, Bertrand Delanoë

Le maire de Paris vient de révéler que le militant et créateur de «Gai Pied» léguait son fonds personnel à la Ville. Une bonne nouvelle alors que ce beau projet semble enfin se concrétiser.

On apprend la nouvelle au détour d'une lettre de Bertrand Delanoë à l'Inter-LGBT, dans laquelle il informe l'association organisatrice de la Marche des fiertés qu'il ne sera exceptionnellement pas présent, ce samedi, dans le défilé. En rappelant son attachement au combat LGBT, le maire de Paris annonce: «Jean Le Bitoux, dans son testament, lègue son vaste fonds d'archives à la Ville (de Paris), dans l'attente de l'ouverture effective de ce Centre aujourd'hui piloté par le chercheur et militant Louis-Georges Tin».

Une quarantaine de cartons
Les archives LGBT sont un «vieux» dossier de la première législature Delanoë, sur lequel Jean Le Bitoux avait travaillé deux ans après qu'une subvention de 100.000 euros a été allouée à la «préfiguration» du projet, en septembre 2002. Depuis, le dossier est passé dans les mains de Stéphane Martinet, a été reconnu pour son sérieux par la direction des Archives de France (lire notre article), et a été transmis à l'universitaire Louis-Georges Tin, qui a pris la direction du projet. Mais le projet ne faisait plus parler de lui depuis près de quatre ans.

Or, le don de Jean Le Bitoux pourrait changer la donne, puisqu'il vient répondre au problème numéro un du projet validé par l'Hôtel de Ville: le manque de fonds pour alimenter très concrètement ces archives. Dans la collection de Jean Le Bitoux, qui s'élève selon nos informations à une quarantaine de cartons, dont les tout premiers numéros de Gai Pied, le magazine pionnier dont il était le fondateur (lire notre article), et divers livres et revues de grande valeur, qui constituent un demi-siècle d'histoire gay et lesbienne. D'autres fonds privés ont été montés par ailleurs par des particuliers, dont l'Académie gay et lesbienne en région parisienne (lire notre article), qui devrait être associée au projet municipal.

Une bibliothèque Jean Le Bitoux
Interrogé par TÊTU, Louis-Georges Tin se dit «ému» de recevoir le fonds «précieux» de Jean Le Bitoux. «C'est un don logique, après le travail qu'il a déjà fourni pour que ces archives existent, qui confirme la confiance qu'il avait placée en nous», dit-il, avant d'ajouter: «Nous avons maintenant une dette à son égard.» Un premier hommage au militant décédé en avril aura lieu à la rentrée, lorsque le Centre LGBT de Paris Ile-de-France donnera son nom à sa bibliothèque.

Ne reste plus qu'à se retrousser les manches, alors que, depuis 2005, la capitale a été «doublée» par la ville de Lyon, dont le Point G de Michel Chomarat est en libre accès dans la bibliothèque municipale. A Paris, Louis-Georges Tin rappelle que le Conseil scientifique des archives homos, constitué d'historiens et d'universitaires, existe depuis plus d'un an. A la rentrée, les associations concernées devraient être réunies, pour envoyer des demandes de financement à la ville, à la région et à l'Etat d'ici la fin de l'année.

mardi 22 juin 2010

DES PISTES D'EMPLOI POUR LES FEMMES

Angoulême
DES PISTES D'EMPLOI POUR LES FEMMES
charente Libre


22.06.2010
Jean-Pierre CHAMPAGNE

uatorze Couronnaises âgées de 26 à 55 ans ont intégré le dispositif DFame (Favoriser l'accès à la mixité des emplois) mis en place localement en février. A l'issue de leurs quatre mois de formation, rémunérée sous statut de stagiaire, cinq d'entre elles ont trouvé un emploi et deux entrent en formation spécifique pour un nouveau métier.

«Ce dispositif novateur a permis à toutes les stagiaires de sortir d'une période de doute difficile, avec l'appui de la trentaine d'employeurs du secteur qui ont accepté de jouer le jeu dans un contexte de crise difficile», a rappelé le maire Jean-François Dauré en recevant les participantes et leurs encadrants en mairie.

Une grande majorité des demandeurs d'emploi de La Couronne sont des femmes, cumulant un certain nombre de difficultés qui freinent l'accès à l'emploi. Certaines sont chefs de famille, élevant seules leurs enfants. D'autres n'ont pas de qualification. Beaucoup sont sans activité depuis deux ou trois ans ou travaillent en intérim ou en CDD (contrat à durée déterminée).

«C'est une belle aventure humaine, une richesse pour toutes et on a des projets plein la tête !», confie Nathalie à l'heure du bilan.

Agée de 48 ans, cette maman de deux grands enfants «s'est remotivée» après six années d'activités de quelques mois à quelques semaines. Sa «conclusion positive», elle l'a décrochée lors d'un stage effectué au rayon fruits et légumes à Carrefour Market.

«Nous avons embauché deux personnes en CDD», souligne Didier Mémain, le directeur du supermarché du quartier de La Montée qui met exergue «les qualités énormes» des stagiaires.

«Toutes ont évolué au niveau comportemental. Cette trouille au ventre précédant la rencontre d'un manager a disparu. Elles ont repris confiance en elles», note Nicky Plaire, la référente pédagogique de Retravailler Poitou-Charentes, l'organisme en charge de la formation du groupe.

A la recherche d'un emploi depuis cinq ans, Véronique, 46 ans, maman de deux enfants, «n'était pas fixée» sur son futur métier il y a quatre mois. «J'entre en formation d'auxiliaire de vie après un stage à la maison de retraite qui m'a remis le pied à l'étrier», annonce-t-elle, tout sourire.

dimanche 20 juin 2010

"Une" femme en cache une autre ... Le résultat cache le processus...

Réaction à l'article de Sud -ouest du 18 juin 2010 de Cédric Tricaud (http://www.sudouest.fr/2010/06/18/la-nouvelle-ecole-baptisee-119911-1131.php?reagir=true) qui relate qu'une école de Soyaux -à côté d'Angoulême- va porter le nom de Julie-Victoire Daubié, école qui remplacera celle d'Irène Joliot-Curie.

De l'importance des noms de rues et des écoles

Une femme (Julie Daubié) en cache une autre (Irène Joliot-Curie) .... Trop peu de femmes dans l'espace public, même de manière symbolique... Pas besoin de se creuser la tête pour imaginer que les représentations que l'on a de l'histoire et de la place des femmes dans celle-ci sont tributaires de cet acte ô combien symbolique -marquant notre inconscient collectif- qu'est l'attribution de noms aux rues, aux écoles par exemple ...

Certaines (trop rares) communes volontaristes font depuis quelques années quelques efforts ... Pour Olympe de Gouges (auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791 qui réclamait l'égalité hommes-femmes et le droit de participer à la vie publique et politique, guillotinée en 1793), il a fallu attendre 1989 pour qu'un collège de Montauban -d'où elle est originaire- porte son nom et le 6 mars 2004 pour qu'une place soit inaugurée dans le 3ème arrondissement de Paris.
On pourrait faire également cette remarque pour des groupes minorés, rendus invisibles, Pierre Seel -seul déporté homosexuel reconnu officiellement en France- a depuis le 15 mai 2010 donné son nom à une rue de Mulhouse où il avait vécu, 5 ans après son décès. Toulouse l'avait fait en 2006.


L'ordre des résultats dans la presse et non l'ordre des processus, vrais objets historiques

Le vendredi 11 juin, sur France Culture Louis-Georges Tin répondait à la question "A quoi sert l'histoire ?" (dans l'émission La fabrique de l'histoire): " la véritable Histoire consiste à faire apparaître « l’Ordre des processus » derrière « l’Ordre des résultats ».( cf texte de l'intervention ici: http://sisyphe.org/spip.php?breve1602).

L'article de Sud- Ouest du 18 juin est un parfait exemple de cet "ordre des résultats" communément employé, je le cite :

"Julie-Victoire Daubié fut la première femme à se présenter au baccalauréat en 1861, sous le Second Empire. Elle exerça par la suite le métier d'institutrice puis devint journaliste avant de militer pour le droit des femmes."


Mettons-nous dans la peau de quelqu'un qui ne connait pas Julie-victoire Daubié (allez, ce n'est pas trop difficile : je ne la connaissais pas il y a un peu plus d'un an). Nous nous dirions qu'elle n'a rien fait de "particulier", elle est juste première bachelière, institutrice et journaliste : beaucoup d'autres ont fait comme elle et sa définition de "première bachelière" pourrait laisser penser qu'elle a été la première petite chanceuse à bénéficier d'un système qui a "fini par se mettre en place" pour les femmes (de lui-même ou grâce aux décideurs, des hommes) ... Rien qui justifierait donc qu'elle donne son nom à une école ... Elle ne le "mériterait" pas.

Or, derrière le "elle se présente au baccalauréat en 1861" (histoire des résultats), il faut chercher comment cela a pu se mettre en place : l'histoire des processus est à ce titre intéressante pour caractériser l'importance de cette femme qui obtient ce diplôme à 37 ans.
Elle s'est en effet battue pour obtenir ce résultat: les résistances furent nombreuses... Que ce soit pour se préparer à l'examen, pour le passer, pour obtenir la délivrance du diplôme -et donc la reconnaissance-, elle a dû batailler longuement, convaincre ... Sans parler de la suite de son parcours : interdite d'accès au cours pour la licence ès lettres -qu'elle obtint néanmoins-, elle mourut avant de passer de soutenir son doctorat, à 50 ans ... !


Son action individuelle, courageuse s'inscrivait dans des convictions et actions pour l'ensemble des femmes : ce que l'on appelle une action "féministe" -stricto sensu- quand on se bat non seulement pour soi, en transgressant l'idée que la connaissance et le pouvoir n'appartiennent qu'aux hommes- mais aussi pour les autres (notamment pour le droit de vote et de suffrage, dans le cadre de la première "vague" du féminisme)....
Être pionnière mais pas la seule ...


Présenter les faits et les situer dans leur époque

Un article de presse doit faire court et accrocher mais il doit aussi informer tout en rendant compte de la réalité historique et ce pour tout le monde. Julie Daubié ne doit pas être connue des seul-e-s étudiant-e-s en histoire des femmes et des féminismes !.

Voici donc une suggestion qui rend du résultat et du processus; une vraie présentation historique bien que succincte:

"Julie-Victoire Daubié fut la première femme à se présenter au baccalauréat en 1861 et à l'obtenir, après avoir lutté plusieurs années pour passer cet examen que l'on interdisait alors aux femmes. Elle dût aussi se battre pour passer une licence ès lettres -qu'elle obtint- alors que l'accès à l'université lui était interdit (car femme). D'abord institutrice, elle devint journaliste. Féministe, elle étudia la condition des femmes de son époque et milita pour le droit de vote et de suffrage."

Une femme en cache une autre

18 juin 2010 Sud -ouest
La nouvelle école baptisée
Les élus ont visité la nouvelle école maternelle. PHOTO CÉDRIC
TRICAUD
La nouvelle école maternelle située au carrefour de
l'avenue du Maréchal-Fayolle, rue Maurice-Ravel et le
boulevard Jean-Jaurès, a un nom. Les travaux
terminés, les élus municipaux ont pu la visiter le 14
juin dernier, en préambule du Conseil municipal.
Après réflexion, deux noms sont sortis du lot en
commission, à savoir celui de Maurice Utrillo et celui
de Julie-Victoire Daubié. C'est ce dernier nom qui a
été adopté à la majorité par le Conseil.
Une femme de caractère
Julie-Victoire Daubié fut la première femme à se présenter au
baccalauréat en 1861, sous le Second Empire. Elle exerça par la
suite le métier d'institutrice puis devint journaliste avant de militer
pour le droit des femmes.
Un point d'histoire s'impose néanmoins : au XIXe siècle, on ne parlait
pas d'école maternelle, mais de salle d'asile pour prendre en charge
les jeunes enfants.
La directrice de la nouvelle école n'est autre que Samantha Danthez,
l'actuelle chef d'établissement de l'école Joliot-Curie, de l'avenue du
Mal-Fayolle, qui va être démolie. Signalons que le conseiller
d'opposition Denis Lavauzelle aurait souhaité que l'on attribue le nom
de cette école au nouvel établissement, qui accueillera, une centaine
d'enfants à la rentrée.
Au chapitre éducation, le Conseil municipal, par la voix du maire,
François Nebout, a adopté une motion pour contester la décision de
l'inspection académique contre le gel d'un poste d'enseignant à
l'école élémentaire Freinet pour la rentrée.
Dotation de l'État
Au chapitre finances, les élus ont adopté à la majorité les différents
rapports administratifs, le budget supplémentaire 2010, les comptes
administratifs et le budget du foyer soleil.
À ce sujet, rappelons que la commune recevra au titre des
collectivités les plus défavorisées, la Dotation de développement
urbain d'un montant de 200 000 euros. Les élus d'opposition ont
néanmoins pointé le problème de la suppression de la Taxe
professionnelle (TP). Ce à quoi le maire a répondu qu'elle n'est pas
perçue par la ville mais par l'agglomération, qui se charge de la
reverser.
À la rentrée, un distributeur automatique réfrigéré distribuant du lait
dans des bouteilles avec paiement par pièce devrait être installé,
place Lucien-Petit.
Soyaux — Charente


Mon commentaire

karine16
20/06/2010, à 11h25
Donner le nom de Julie Daubié,femme célèbre -et trop ignorée- à une école, c'est bien, bravo !

Quelques infos sur elle ici : http://www.crdp-nice.net/editions/supplements/2-86629-441-0/File/Q44_Portraits.pdf ou là http://itinerairesdecitoyennete.org/journees/8_mars/documents/Julie_Victoire_Daubie.pdf

car il serait juste de dire combien elle a dû batailler pour obtenir le même droit que les jeunes garçons ... : elle est une féministe du XIX ème siècle.

Dommage par contre que cette nouvelle école remplace celle qui portait le nom d'une autre femme célèbre -souvent méconnue-, Irène Joliot-curie ...

C'était trop beau ...

samedi 19 juin 2010

Le féminin s'emporte

Le féminin s'emporte

http://fcomme.blogspot.com/2010/06/le-feminin-semporte.html

Dans les manuels scolaires et autres Bescherelle, on nous apprend dès notre plus jeune âge que l'on forme le féminin d'un nom, d'un adjectif à partir du masculin et que l'on accorde un adjectif au masculin lorsqu'il accompagne des substantifs de genres différents.

L'avantage de règles de cette sorte c'est de faire passer pour naturels et universels des principes dont on peut dater, dans l'histoire de la langue, l'apparition.

Tois principes donc: le masculin géniteur, le masculin plus noble et le masculin vainqueur.

Réduire, rabaisser le féminin puis en triompher ... tout un programme auquel des grammairiens très très sérieux ont pris part.


- Le masculin géniteur:

Former le féminin suppose qu'il n'existe pas et qu'il va falloir s'appuyer sur de l'existant pour le mettre au monde (un peu comme la côte d'Adam). Former le féminin c'est donc partir du postulat que la langue ne le contient pas encore. Or, notre langue est issue en grande partie du latin vulgaire qui, lui, possède bien l'alternance des genres : altam/altum (haute/haut).

Le féminin n'est donc pas une création, non plus une dérivation du masculin mais une alternance qu'il suffit d'observer. Mais cette objective observation a pris une tournure partisane.

A la Renaissance, dans "Lesclarcissement de la langue francoyse" Jehan Palsgrave écrit ainsi: "How the adjectyves forme their feminine genders out of their masculyns". Les féminins sortent donc "out of" des masculins. Ce processus sera repris un peu plus tard par Louis Meigret dans "Le tretté de la grammere francoeze" s'imposant progressivement comme un état de fait.

C'est ainsi que l'on nous apprend à écrire froide, par exemple, à partir de l'adjectif froid auquel on ajoutera la marque du féminin, c'est-à-dire le "e". De fait, haut donne haute, confus donne confuse ou épicier donne épicière. Cette présentation, loin d'être anodine, pose le masculin comme un radical dont les déclinaisons en genre et nombre découleraient.

Pourtant, il m'arrive souvent, pour des raisons pratiques, de faire partir un.e apprenant.e d'un mot féminin pour trouver la lettre muette de son pendant masculin. En effet, comment savoir que compris se termine par un "s" muet lorsque l'on est dysorthographique ou illettré.e ? En prononçant le mot féminin.

Le masculin ne donne donc pas naissance au féminin, puisqu'il existe déjà. En revanche, le féminin contient et le masculin et les outils de compréhension des subtilités et pièges de la langue. Des outils que les grammaires peinent encore à mettre en avant malgrè l'efficacité que les enseignant.e.s leur accordent sur le terrain.



- Le masculin plus noble:

Bah! oui, il fallait s'en douter: l'accord des adjectifs confrontés à deux genre différents devait bien un jour ou l'autre faire l'objet d'un consensus.

Au XVIIe siècle, Vaugelas a commencé à prendre les choses en main: "Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut tout seul contre deux féminins". On ne parle pas explicitement de féminin moins noble, voire carrément vulgaire tant qu'à faire, mais c'est tout comme.

Il s'est quand même questionné, le Vaugelas, avant de pondre sa sentance définitive: " "Ce peuple a le coeur et la bouche ouverte à vos louanges" [...] Il faudrait dire "ouverts" selon la grammaire latine [...] mais l'oreille a de la peine à s'y accomoder [...] Je voudrais donc dire "ouverte", qui est beaucoup plus doux, tout à cause que cet adjectif se trouve joint au même genre avec le substantif qui le touche, parce qu'ordinairement on parle ainsi, qui est la raison décisive" (la partie en italique était soulignée par l'auteur).

La noblesse du masculin vaut bien les formulations auxquelles nous sommes désormais tenu.e.s: "Maman cuisine avec un fait-tout et une casserole verts" ou "Papa lit un article et une chronique instructifs".



- Le masculin vainqueur:

A la même époque, le père Dominique Bouhours s'est appuyé sur cette auto-proclamation de noblitude pour instaurer la fameuse règle du masculin qui l'emporte. Ainsi dans ses "Doutes sur sur la langue francoise", il dogmatise selon une formule qui restera sans appel: "Quand les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte" ...

Une simple règle de grammaire ? Non, car la langue construit notre rapport au monde. Un seul homme l'emportera toujours sur une, deux, mille, des milliards de femmes et même la totalité des femelles de la planète. Waow ! Trop fort.

Et ce n'est pas tout: ce pédant ecclésiastique distingue les féminins acceptables et ceux qui ne le seront point. "Au reste, quand nous dirions "insidiateur", il ne s"ensuivrait pas qu'on pût dire "insidiatrice", non plus qu' "exterminatrice", "tentatrice", "dominatrice", "dispensatrice" dont quelques Ecrivains se servent. On ne fait pas de ces féminins qu'on veut, et il n'est permis que ceux que l'usage a autorisés".

On ne fait pas de ces féminins qu'on veut ? Pourquoi "faire" des féminins alors qu'ils existent déjà selon la règle d'alternance qui prévaut pour d'autres ? Actrice/acteur, directrice/directeur, etc.

Il n'est permis que ceux que l'usage a autorisés. Bien, chef mais si on vous suit bien, ici l'usage c'est vous tout seul ...

Voilà, les voyages dans le temps c'est toujours instructif: le sérieux des grammaires et de leurs auteurs que l'on a toujours opposé aux féministes qui osent, ont osé remettre en question le sexisme avéré de la langue en prend quand même un sacré coup. A la logique raisonnée, à l'équité qui devraient guider toute démarche de règlementation de l'outil commun que représente la langue, "on" a préféré l'aveuglement imbécile de la haine et de l'égotisme mêlé.e.s. C'est sérieux, ça ?





Sources: mes Bescherelle, Bled et dictionnaires et, surtout, la mine d'infos qu'est "Le féminin à la française" d'Edwige Khaznadar.

Retraites : les femmes, grandes oubliées de la réforme

http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/34-civilisation-categorie/422-retraites-les-femmes-grandes-oubliees-de-la-reforme

Retraites : les femmes, grandes oubliées de la réforme
Civilisation - Écrit par Isabelle Germain - Mercredi, 16 Juin 2010 17:30



Haro sur le projet de réforme des retraites ! Comme prévu, les critiques fusent. Principal reproche : le nouveau système va affaiblir les plus faibles. Mais au plus bas de l’échelle des faibles il y a les femmes. Elles étaient mal loties jusqu’ici, elles le seront demain. La grande réforme qui vient d’être annoncée par Eric Woerth, ponctuée par les mots « justice » et « équité », les oublie ou presque.



Leur pension de droit direct ne représente en moyenne que 62 % de celle des hommes ; elles liquident leurs droits - c’est-à-dire demandent à bénéficier de leur retraite - en moyenne deux ans plus tard qu’eux ; 57 % des bénéficiaires du minimum vieillesse sont des femmes… A ces inégalités, plusieurs causes entremêlées.

D’abord ce sont les femmes qui, en général, interrompent leur activité professionnelle pour s’occuper des enfants - ceux qui demain paieront les plus copieuses retraites des hommes. Elles le font en partie par choix mais en très grande partie par contrainte, faute de modes de garde en nombre suffisant. 64 % des enfants de moins de trois ans sont gardés par un parent qui cesse le travail, la mère dans plus de 98 % des cas. Et pendant ce temps là, le compteur des trimestres de cotisation ne tourne plus.

Deuxième raison : leurs salaires sont plus faibles, en raison notamment de ces carrières en dents de scie ou des temps partiels qu’elles acceptent parfois pour se consacrer à leurs enfants, parfois parce qu’elles n’ont pas d’autre choix que d’accepter des emplois précaires. Elles sont aussi plus souvent au chômage que les hommes.


Le Laboratoire de l’égalité fraîchement créé a tiré des signaux d’alarme dans une tribune publiée dans Le Monde : « Prise en compte de la pénibilité, des carrières longues, de la faiblesse de l'emploi des seniors : par certains aspects, le gouvernement, dans son document d'orientation, semble avoir admis que pour faire évoluer vraiment les retraites, il faut s'attaquer aux inégalités qui se sont formées avant l'âge de la retraite, à savoir durant les carrières professionnelles. Pourquoi alors, dans celles des femmes, les réduire aux périodes de "maternité" ou de "cessation d'activité pour l'éducation des enfants", "aléas" que notre système de retraite est censé compenser ?... » La « réforme de société » qu’entend conduire le gouvernement ignore la situation des femmes, souligne le labo. Quelques responsables politiques et syndicaux ont aussi, mais un peu mollement, alerté sur ces inégalités dont le gouvernement a affirmé avoir connaissance.

Et puis… Une seule mesure a été annoncée ce matin par le ministre du travail. « Une mesurette » corrige Dominique Meda, sociologue du travail*. Pour « empêcher que le congé maternité ne fasse chuter la pension de retraite (…) L'indemnité journalière perçue pendant le congé maternité entre désormais dans le salaire de référence sur lequel sera calculée la pension de retraite », a annoncé le ministre.
Lutter contre les inégalités salariales... Quand ?

Une autre idée a été avancée par Eric Woerth : « Lutter plus activement contre les inégalités salariales ». Comment ? « Avec un dispositif de sanction de l’absence de diagnostic de situation comparée.» Selon ses dires, « depuis 27 ans, les entreprises doivent faire un rapport de situation comparée des femmes et des hommes. Seule une entreprise sur deux fait ce rapport. » (ndlr : un rapport du sénat indique que 72 % des entreprises n'ont jamais entamé ce processus) Ce document étant la première étape d’un processus de négociation destiné à résorber les différences de salaire, de primes, mais aussi de formation, de progression professionnelle… entre hommes et femmes.

Pas très convainquant. D’abord parce que cette promesse de renforcer les sanctions est répétée, la main sur le cœur, par les ministres qui se sont succédés au ministère du Travail depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. Xavier Bertrand devait la concrétiser début 2009, Xavier Darcos, début 2010… Et, à ce jour, personne n’a écrit le premier mot d’un texte de loi allant dans ce sens. En outre, des sanctions existent déjà pour les entreprises qui ne font pas ces rapports : refuser de les réaliser est un délit d’entrave depuis la loi Génisson de 2001. « La violation par l’employeur de cette obligation de négociation est punie d’une peine d’un an d’emprisonnement et de 3750 € d’amende (article L-2243 1 et 2 et L2146-1 du code du travail relatif au délit d’entrave) » affirme un document du ministère du Travail. Trop violent ? Pas assez ? Les syndicats ont très peu recours à cette arme et les employeurs dorment sur leurs deux oreilles.

Le gouvernement n’est clairement pas décidé à s’attaquer aux inégalités hommes/femmes qui précèdent la retraite. La « réforme de société » nécessaire dont il parle ne concerne pas les femmes. Sur d’autres sujets, il se montre plus offensif. Il s’attaque par exemple à la question de l’emploi des seniors avec des mesures concrètes : une aide à l’embauche d’un an pour les chômeurs de plus de 55 ans et le développement du tutorat. Mais rien de comparable pour les femmes. « Il faut par exemple résoudre le problème du travail précaire qui concerne toujours massivement les femmes et revaloriser les salaires qui sont toujours très bas dans les secteurs féminisés », affirme par exemple Olga Trostiansky, adjointe PS au maire de Paris et membre fondatrice du Laboratoire de l’égalité.

Dans quelques jours les syndicats descendront dans la rue, penseront-ils aux femmes ?


* Dernier ouvrage : Travail. La Révolution nécessaire, L’Aube, 2010

Retraites des femmes : corrigeons toutes les inégalités, par le Laboratoire de l'égalité

Point de vue
Retraites des femmes : corrigeons toutes les inégalités, par le Laboratoire de l'égalité
LEMONDE.FR | 01.06.10 | 09h20 • Mis à jour le 01.06.10 | 13h44

Jusqu'aujourd'hui, dans les multiples débats qui se sont développés autour de la réforme des retraites, la question centrale des écarts qui persistent entre les retraites des hommes et celles des femmes n'a pas été évoquée. Le Laboratoire de l'égalité, qui réunit autour des associations et des réseaux de femmes, des chercheuses et des chercheurs, des responsables d'entreprise, des élues et des élus, des syndicalistes, des journalistes et des acteurs de la blogosphère autour de la promotion de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, veut remettre cette question au centre du débat : nous ne souhaitons pas une réforme comptable visant seulement à assurer la pérennité du système des retraites par répartition, mais une réforme en profondeur, progressiste et portant un vrai projet de société.

Prise en compte de la pénibilité, des carrières longues, de la faiblesse de l'emploi des seniors : par certains aspects, le gouvernement, dans son document d'orientation, semble avoir admis que pour faire évoluer vraiment les retraites, il faut s'attaquer aux inégalités qui se sont formées avant l'âge de la retraite, à savoir durant les carrières professionnelles. Pourquoi alors, dans celles des femmes, les réduire aux périodes de "maternité" ou de "cessation d'activité pour l'éducation des enfants", "aléas" que notre système de retraite est censé compenser ?

La "réforme de société" qu'entend conduire le gouvernement ignore que le taux d'activité des femmes est plus faible, que les interruptions d'activité liées aux enfants concernent avant tout les mères, que les femmes sont plus frappées par le chômage que les hommes, que les emplois à temps partiel sont très majoritairement occupés par des femmes, que l'écart de salaire entre hommes et femmes est au moins de 20 %. Par ailleurs, la répartition inégale des tâches domestiques au sein du couple est l'un des principaux facteurs d'écart entre les carrières des femmes et celles des hommes. Toutes les projections montrent que les inégalités liées au taux d'activité, au temps partiel et aux salaires risquent de perdurer. L'allongement de la durée de cotisations annoncée aggravera encore les effets déjà constatés sur l'âge de départ à la retraite, les femmes partant plus tard : trois femmes sur dix attendent 65 ans pour liquider leur retraite et ne pas subir la décote.

METTRE EN LUMIÈRE TOUTES LES INÉGALITÉS

Les conséquences sur les retraites en sont connues : moins de la moitié des femmes valident une carrière complète ; la retraite moyenne des femmes représente 62 % de celle des hommes ; 57 % des bénéficiaires du minimum vieillesse sont des femmes… Sans projet ambitieux, ces inégalités perdureront elles aussi.

De multiples pistes existent pour améliorer les retraites des femmes : augmenter le minimum vieillesse et autoriser son cumul avec un revenu complémentaire, mieux prendre en compte les conséquences de la prise en charge des enfants et des personnes âgées dépendantes sur les trajectoires professionnelles, et ce pour toutes les femmes (meilleure validation des périodes de temps partiel ou d'interruption, mais aussi prise en compte du frein au déroulement de la carrière y compris quand les mères ne se sont jamais arrêtées de travailler), tenir compte des évolutions des modes de vie en étendant le principe de la réversion à d'autres formes de conjugalité que le mariage et en étudiant de nouveaux dispositifs tels que le partage des droits à la retraite entre conjoints…

Mais le gouvernement doit se montrer plus ambitieux et lancer une réforme qui permette vraiment de changer la donne, en passant d'un système de compensation à un système positif qui gomme les inégalités dans les carrières.

Les leviers à activer sont nombreux : lutte contre la surreprésentation des femmes dans les emplois précaires ou sous-qualifiés, en agissant dès l'orientation scolaire ; application immédiate des lois existantes en matière d'égalité salariale ; introduction d'une sur-cotisation pour les entreprises utilisatrices de temps partiel contraint ; réforme du congé parental afin de le rendre plus égalitaire, plus court mais mieux rémunéré ; création de places d'accueil de la petite enfance ; meilleure prise en charge des personnes âgées dépendantes…

Le Laboratoire de l'égalité pose trois conditions de la réforme pour parvenir à l'égalité des retraites entre les femmes et les hommes : il s'agit d'abord de conduire en préalable aux négociations une analyse par genre des différents scénarios de la réforme des retraites qui prenne en compte la variété des profils de femmes. Il est également indispensable de maintenir et d'améliorer les mécanismes compensatoires tant qu'on ne se sera pas attaqué aux racines des inégalités. Enfin, en parallèle à la réforme des retraites, le gouvernement et les partenaires sociaux devront travailler à mettre en place des outils – systématiquement évalués – pour lutter contre les inégalités dans les carrières professionnelles.

Profitons de cette réforme pour mettre en lumière toutes les inégalités ; profitons de cette réforme pour les corriger.

Le Laboratoire de l'égalité réunit des acteurs qui partagent une culture commune de l'égalité entre les femmes et les hommes (associations, réseaux de femmes, chercheurs-ses, syndicats, élus-es, entreprises, médias, blogosphère).