La création d'une "super" agence de l'ONU sur les droits des femmes se fait attendre
LE MONDE | 06.03.10 | 13h48
LE 8 MARS 2010 aurait pu signer la naissance d'une agence sur les droits des femmes de l'ONU. Il n'en sera rien. Son secrétaire général, Ban Ki-moon, a dû se contenter d'un nouvel appel solennel, jeudi 4 mars, en faveur de la création "sans délai" d'un organe unique chargé "des questions d'égalité de genres et de renforcement des capacités des femmes".
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Les hommes semblent de plus en plus impliqués dans la vie familiale et domestique, et pourtant, une récente étude de l'INED montrait que les femmes assuraient toujours 80 % des tâches ménagères. Comment s'organise la répartition des rôles dans votre couple ? Avez-vous l'impression que par rapport à la génération de vos parents, les relations de couple se sont équilibrées ? Est-il plus facile aujourd'hui d'articuler vie professionnelle et vie de couple ?
M. Ban Ki-moon intervenait à New York devant la 54e assemblée de la commission de l'ONU sur le statut de la femme. Elle réunit jusqu'au 12 mars quelque 2 000 femmes, dont une dizaine de ministres ainsi que des centaines de représentantes d'ONG du monde entier, qui, pour la plupart, défendent ardemment le projet.
Les Nations unies ont déjà franchi un pas décisif en adoptant, en septembre 2009, le principe de la création d'une telle agence qui serait dirigée par une personnalité ayant rang de secrétaire général adjoint. Elle conduirait à la fusion des quatre organes onusiens qui interviennent aujourd'hui sur le droit des femmes : le fonds de développement des Nations unies pour la femme (Unifem), la division pour l'avancement des femmes, le bureau du conseiller spécial sur les questions de genres et enfin l'institut des Nations unies sur la formation et la recherche internationale pour l'avancement des femmes (Un-Instraw).
L'ONU l'admet : éclatées, ses interventions - contre les violences, et les violences sexuelles en particulier, faites aux femmes, contre les disparités salariales, dans la lutte contre la pauvreté, le trafic des êtres humains, la protection maternelle, etc. - souffrent d'un manque "de cohérence et de cohésion". Car outre les organes déjà cités (dont aucun ne dispose de l'autorité équivalente à une agence), d'autres entités, comme l'ONU Sida par exemple, développent des programmes qui ciblent les femmes.
"Nous approuvons la création de cette agence qui apportera une meilleure coordination au sein même des Nations unies, incitera chaque agence à assurer comme elle le doit l'égalité des genres et enfin permettra de s'intéresser à des nouveaux domaines qui ne sont pas couverts pour l'instant, comme les conséquences du changement climatique et de la crise financière sur les femmes", souligne ainsi Winnie Byanyima, directrice de l'unité du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
Morcelée, la voix des femmes ne serait pas non plus entendue. D'où l'idée que cette "super" agence sur les droits des femmes soit dirigée par une personnalité au poids politique incontestable. Le nom de la présidente du Chili, Michelle Bachelet, qui doit quitter le pouvoir le 11 mars, a été avancé.
Six mois après cette déclaration d'intention, les choses ne sont pas totalement au point mort. Un rapport, présenté au mois de janvier, a défini les contours de la future organisation. Celle-ci serait dotée de 500 millions de dollars, dont 375 millions par des contributions volontaires des pays donateurs. Des recommandations ont été proposées en termes d'organisation.
"Coup de gueule"
Mais l'avancée est trop lente aux yeux des plus ardentes militantes. D'où le "coup de gueule" poussée lundi 1er mars à New York par la vice-présidente de la Commission européenne chargée de la justice et de l'égalité des sexes, Viviane Reding, rapportée par l'agence Inter Press Service. "Ou bien l'ONU est une organisation qui agit ou c'est un club où l'on fait des discours", a-t-elle lancé. "Nous avons besoin de cette agence et nous en avons besoin cette année", renchérit Daniela Rosche, d'Oxfam International.
Des blocages existent bel et bien. Une partie du retard s'explique sans doute pour des raisons de fond et notamment les craintes politiques que peut susciter la perspective d'une telle agence, dans les pays du Sud. Refus de se voir imposer des priorités, de voir s'exercer des pressions sur leurs gouvernements... Ces réticences pourtant ne semblent pas la cause première de l'inertie actuelle.
Car les pays en voie en développement jouent, à travers cet épisode, une autre partie. L'idée même de la création de ce nouvel organe a été émise dans le cadre d'un rapport qui formulait aussi des propositions pour une meilleure efficacité de l'institution dans la gestion des fonds et dans la gouvernance des agences de l'ONU. Or ces axes de réforme-là n'avancent pas.
Ce manque d'empressement ne fait pas l'affaire des pays en développement. De même qu'ils ont exigé à Copenhague d'avoir droit au chapitre sur les décisions en matière d'adaptation au changement climatique, ils cherchent à peser davantage dans les décisions de l'institution de New York. L'Agence sur les droits des femmes fait les frais de ce bras de fer.
Brigitte Perucca
samedi 6 mars 2010
La révolution inaboutie
La révolution inaboutie
LE MONDE | 06.03.10 | 13h48
Cette révolution est silencieuse mais, en quelques décennies, elle a bouleversé en profondeur le monde du travail : de 1970 à 2010, le taux d'activité des femmes a explosé, passant de 50 % à plus de 80 %. "Les comportements des femmes ont fondamentalement changé, constate Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, dans un rapport sur l'égalité professionnelle remis au gouvernement en juillet 2009. En France, comme dans beaucoup d'autres pays, la majorité d'entre elles cumule aujourd'hui activité professionnelle et vie familiale. La norme n'est plus celle de la femme au foyer."
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Les faits Lyon rêve d'une "saison exemplaire"
Les hommes semblent de plus en plus impliqués dans la vie familiale et domestique, et pourtant, une récente étude de l'INED montrait que les femmes assuraient toujours 80 % des tâches ménagères. Comment s'organise la répartition des rôles dans votre couple ? Avez-vous l'impression que par rapport à la génération de vos parents, les relations de couple se sont équilibrées ? Est-il plus facile aujourd'hui d'articuler vie professionnelle et vie de couple ?
Ce bouleversement des modes de vie s'est accompagné d'une véritable révolution scolaire : au lycée comme à l'université, les filles ont peu à peu rattrapé, puis dépassé les garçons. Depuis 1971, les bachelières sont ainsi plus nombreuses que les bacheliers ; depuis 1975, les étudiantes sont plus nombreuses que les étudiants. "Aujourd'hui, le niveau scolaire et universitaire des femmes, dans la plupart des pays européens, est supérieur à celui des hommes, constatait la sociologue Margaret Maruani lors d'une conférence au CNRS, le 1er mars. La progression des scolarités féminines constitue un événement majeur de la fin du XXe siècle."
Cet investissement dans la formation leur a permis de prendre durablement pied sur le marché du travail. "Elles commencent à tirer profit de leur réussite scolaire", analysent Alice Mainguené et Daniel Martinelli, auteurs d'une étude publiée dans un numéro d'Insee Première daté du 24 février (www.insee.fr). En 1984, les femmes qui entamaient leur carrière étaient nettement plus souvent au chômage que les hommes (29 % contre 20 %). Trente-trois ans plus tard, la tendance s'est inversée : en début de carrière, les taux de chômage des hommes sont plus élevés que ceux des femmes.
Emportées par ce mouvement, les femmes ont, au cours des trente dernières années, enchaîné les premières, donnant le sentiment que l'égalité professionnelle s'imposait peu à peu : première femme major de l'ENA (1969, Françoise Chandernagor), première femme à Polytechnique (1972, Anne Chopinet), première femme préfet (1981, Yvette Chassagne), première femme pilote de l'armée de l'air (1985, Isabelle Boussaert). Au même moment, des femmes accédaient pour la première fois à Matignon (Edith Cresson, en 1991) ou à la tête de confédérations syndicales (Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT en 1992).
Ce mouvement vers l'égalité semble cependant s'être ralenti dans les années 1990. "Après l'avancée majeure que fut l'accession massive des femmes à l'éducation supérieure et au salariat dans les années 1960 et 1970, les évolutions se sont bloquées au milieu des années 1990, analyse le Laboratoire de l'égalité, une plate-forme créée récemment qui réunit des élus, des syndicats, des chercheurs et des associations autour du thème de l'égalité professionnelle. On a assisté à une véritable panne de l'émancipation."
Les inégalités salariales, qui se sont réduites pendant les années 1970 et 1980, ont ainsi cessé de reculer : en 2006, dans les entreprises de dix salariés ou plus du secteur concurrentiel, la rémunération brute moyenne des femmes restait inférieure de 27 % à celle des hommes, 16 % si l'on prend en compte le salaire horaire. "Cet écart s'est réduit depuis les années 1960 mais il a cessé de diminuer depuis le milieu des années 1990, une interruption observée également dans la plupart des pays européens", souligne le rapport de Brigitte Grésy.
Contrairement aux idées reçues, les femmes restent en outre cantonnées dans certains métiers : sur les 86 familles professionnelles recensées par l'Insee, seule une dizaine (soit 12 % des actifs) affiche une répartition hommes-femmes à peu près équilibrée (entre 40 % et 60 % de femmes). Les métiers qualifiés comme l'enseignement (70 % de femmes), le droit (57 %) ou la médecine (59 %) se sont ainsi féminisés alors que dans les autres, la ségrégation semble en revanche s'accentuer.
Enfin, les femmes ont beaucoup de mal à accéder aux responsabilités : selon Brigitte Grésy, elles représentaient, en 2005, 41 % des cadres administratifs et commerciaux... mais seulement 17,2 % des dirigeants de société. Afin de féminiser les cercles dirigeants du monde économique, l'Assemblée nationale a décidé de recourir à la contrainte : les députés ont adopté en janvier une proposition de loi de Jean-François Copé et Marie-Jo Zimmermann imposant un quota de 40 % de femmes dans les conseils d'administration des entreprises.
Anne Chemin
LE MONDE | 06.03.10 | 13h48
Cette révolution est silencieuse mais, en quelques décennies, elle a bouleversé en profondeur le monde du travail : de 1970 à 2010, le taux d'activité des femmes a explosé, passant de 50 % à plus de 80 %. "Les comportements des femmes ont fondamentalement changé, constate Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, dans un rapport sur l'égalité professionnelle remis au gouvernement en juillet 2009. En France, comme dans beaucoup d'autres pays, la majorité d'entre elles cumule aujourd'hui activité professionnelle et vie familiale. La norme n'est plus celle de la femme au foyer."
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Ce bouleversement des modes de vie s'est accompagné d'une véritable révolution scolaire : au lycée comme à l'université, les filles ont peu à peu rattrapé, puis dépassé les garçons. Depuis 1971, les bachelières sont ainsi plus nombreuses que les bacheliers ; depuis 1975, les étudiantes sont plus nombreuses que les étudiants. "Aujourd'hui, le niveau scolaire et universitaire des femmes, dans la plupart des pays européens, est supérieur à celui des hommes, constatait la sociologue Margaret Maruani lors d'une conférence au CNRS, le 1er mars. La progression des scolarités féminines constitue un événement majeur de la fin du XXe siècle."
Cet investissement dans la formation leur a permis de prendre durablement pied sur le marché du travail. "Elles commencent à tirer profit de leur réussite scolaire", analysent Alice Mainguené et Daniel Martinelli, auteurs d'une étude publiée dans un numéro d'Insee Première daté du 24 février (www.insee.fr). En 1984, les femmes qui entamaient leur carrière étaient nettement plus souvent au chômage que les hommes (29 % contre 20 %). Trente-trois ans plus tard, la tendance s'est inversée : en début de carrière, les taux de chômage des hommes sont plus élevés que ceux des femmes.
Emportées par ce mouvement, les femmes ont, au cours des trente dernières années, enchaîné les premières, donnant le sentiment que l'égalité professionnelle s'imposait peu à peu : première femme major de l'ENA (1969, Françoise Chandernagor), première femme à Polytechnique (1972, Anne Chopinet), première femme préfet (1981, Yvette Chassagne), première femme pilote de l'armée de l'air (1985, Isabelle Boussaert). Au même moment, des femmes accédaient pour la première fois à Matignon (Edith Cresson, en 1991) ou à la tête de confédérations syndicales (Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT en 1992).
Ce mouvement vers l'égalité semble cependant s'être ralenti dans les années 1990. "Après l'avancée majeure que fut l'accession massive des femmes à l'éducation supérieure et au salariat dans les années 1960 et 1970, les évolutions se sont bloquées au milieu des années 1990, analyse le Laboratoire de l'égalité, une plate-forme créée récemment qui réunit des élus, des syndicats, des chercheurs et des associations autour du thème de l'égalité professionnelle. On a assisté à une véritable panne de l'émancipation."
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Contrairement aux idées reçues, les femmes restent en outre cantonnées dans certains métiers : sur les 86 familles professionnelles recensées par l'Insee, seule une dizaine (soit 12 % des actifs) affiche une répartition hommes-femmes à peu près équilibrée (entre 40 % et 60 % de femmes). Les métiers qualifiés comme l'enseignement (70 % de femmes), le droit (57 %) ou la médecine (59 %) se sont ainsi féminisés alors que dans les autres, la ségrégation semble en revanche s'accentuer.
Enfin, les femmes ont beaucoup de mal à accéder aux responsabilités : selon Brigitte Grésy, elles représentaient, en 2005, 41 % des cadres administratifs et commerciaux... mais seulement 17,2 % des dirigeants de société. Afin de féminiser les cercles dirigeants du monde économique, l'Assemblée nationale a décidé de recourir à la contrainte : les députés ont adopté en janvier une proposition de loi de Jean-François Copé et Marie-Jo Zimmermann imposant un quota de 40 % de femmes dans les conseils d'administration des entreprises.
Anne Chemin
"Ce que soulève la jupe. Identités, transgressions, résistances", de Christine Bard : histoire longue d'un vêtement
Critique
"Ce que soulève la jupe. Identités, transgressions, résistances", de Christine Bard : histoire longue d'un vêtement
LE MONDE | 05.03.10 | 15h43 • Mis à jour le 05.03.10 | 15h43
Célébrera-t-on, en 2011, les 50 ans de la minijupe, qui révolutionna les années 1960 ? Après son complice Alain Souchon qui avait su, comme personne, évoquer le trouble adolescent "rétines et pupilles/des garçons qui ont les yeux qui brillent/pour un jeu de dupes : voir sous les jupes des filles", Laurent Voulzy a chanté naguère Mary Quant, et "son grand carnage" de 1961 qui "a coupé les jupes/des filles les plus sages".
Mais si le port de ce vêtement est ces jours-ci au coeur des festivités culturelles, c'est pour une interrogation plus grave, plus délicate aussi, grâce au film de Jean-Paul Lilienfeld, La Journée de la jupe.
Dès la diffusion de l'oeuvre sur Arte, en mars 2009, le succès d'audience comme le message avaient dérangé. La résistance de Sonia Bergerac/Isabelle Adjani à la radicalisation de la violence et du sexisme dans la banlieue où elle exerce, qui la pousse à prendre ses élèves en otage et à revendiquer une "journée de la jupe au collège où l'Etat affirme qu'on peut mettre une jupe sans être une pute" posait une authentique question politique, à l'heure où les débats sur la burqa réactivent la controverse sur les interdits vestimentaires.
Sur le point d'achever un essai sur l'histoire du pantalon, l'historienne Christine Bard s'est emparée du sujet pour questionner le rôle de la jupe, ce vêtement aujourd'hui prohibé dans le milieu scolaire qui est passé d'un indice de soumission à l'ordre masculin quand le pantalon se faisait émancipateur à celui d'un refus de la stigmatisation et de l'uniformisation qui dissout les genres.
Retissant une histoire longue du vêtement, Christine Bard dégage sa triple fonction traditionnelle de rempart pudique, de protection physique et de parure face à la nudité. La légende urbaine n'exagère-t-elle pas les autodafés de soutiens-gorge des années 1970 ?
De Madonna aux Spice Girls, l'étude interroge les avatars de la transgression vestimentaire jusqu'au brouillage contemporain où la jupe pour homme, inventée par Jacques Estérel et popularisée quinze ans plus tard par Jean Paul Gaultier, remet en cause la notion même de genre.
Au coeur du débat sur l'identité sexuelle, la jupe incarne une liberté vestimentaire toujours à conquérir, nécessaire contre la "livrée uniforme de désolation" de l'habit masculin, selon Charles Baudelaire.
CE QUE SOULÈVE LA JUPE. IDENTITÉS, TRANSGRESSIONS, RÉSISTANCES de Christine Bard. Autrement, 176 p., 17 €
Philippe-Jean Catinchi
"Ce que soulève la jupe. Identités, transgressions, résistances", de Christine Bard : histoire longue d'un vêtement
LE MONDE | 05.03.10 | 15h43 • Mis à jour le 05.03.10 | 15h43
Célébrera-t-on, en 2011, les 50 ans de la minijupe, qui révolutionna les années 1960 ? Après son complice Alain Souchon qui avait su, comme personne, évoquer le trouble adolescent "rétines et pupilles/des garçons qui ont les yeux qui brillent/pour un jeu de dupes : voir sous les jupes des filles", Laurent Voulzy a chanté naguère Mary Quant, et "son grand carnage" de 1961 qui "a coupé les jupes/des filles les plus sages".
Mais si le port de ce vêtement est ces jours-ci au coeur des festivités culturelles, c'est pour une interrogation plus grave, plus délicate aussi, grâce au film de Jean-Paul Lilienfeld, La Journée de la jupe.
Dès la diffusion de l'oeuvre sur Arte, en mars 2009, le succès d'audience comme le message avaient dérangé. La résistance de Sonia Bergerac/Isabelle Adjani à la radicalisation de la violence et du sexisme dans la banlieue où elle exerce, qui la pousse à prendre ses élèves en otage et à revendiquer une "journée de la jupe au collège où l'Etat affirme qu'on peut mettre une jupe sans être une pute" posait une authentique question politique, à l'heure où les débats sur la burqa réactivent la controverse sur les interdits vestimentaires.
Sur le point d'achever un essai sur l'histoire du pantalon, l'historienne Christine Bard s'est emparée du sujet pour questionner le rôle de la jupe, ce vêtement aujourd'hui prohibé dans le milieu scolaire qui est passé d'un indice de soumission à l'ordre masculin quand le pantalon se faisait émancipateur à celui d'un refus de la stigmatisation et de l'uniformisation qui dissout les genres.
Retissant une histoire longue du vêtement, Christine Bard dégage sa triple fonction traditionnelle de rempart pudique, de protection physique et de parure face à la nudité. La légende urbaine n'exagère-t-elle pas les autodafés de soutiens-gorge des années 1970 ?
De Madonna aux Spice Girls, l'étude interroge les avatars de la transgression vestimentaire jusqu'au brouillage contemporain où la jupe pour homme, inventée par Jacques Estérel et popularisée quinze ans plus tard par Jean Paul Gaultier, remet en cause la notion même de genre.
Au coeur du débat sur l'identité sexuelle, la jupe incarne une liberté vestimentaire toujours à conquérir, nécessaire contre la "livrée uniforme de désolation" de l'habit masculin, selon Charles Baudelaire.
CE QUE SOULÈVE LA JUPE. IDENTITÉS, TRANSGRESSIONS, RÉSISTANCES de Christine Bard. Autrement, 176 p., 17 €
Philippe-Jean Catinchi
mardi 2 mars 2010
La jupe, une histoire décousue
Vous 03/03/2010 à 00h00
La jupe, une histoire décousue
Plis . L’historienne Christine Bard fouille les dessous d’un vêtement symbole de la femme, entre soumission et émancipation.
Elle a longtemps balayé les trottoirs, cachant des jambes que la décence recommandait de soustraire aux regards avant de remonter dans un vent de liberté au ras des fesses. Elle a des lustres durant nourri les fantasmes d’hommes dont les pupilles se dilataient à l’idée de voir dessous, avant que quelques mâles ne se mettent à revendiquer de la porter aussi…
Droite, parapluie, plissée ou portefeuille, la jupe est bien plus qu’un petit bout de tissu frivole. C’est un symbole dans lequel défile l’histoire des femmes, de leur soumission à un ordre masculin, puis de leur libération avant un XXIe siècle chahuté par des débats sur les identités de genre et les interdits vestimentaires.
Ce que soulève la jupe (identités, transgressions, résistances) (1), c’est ce qu’explore l’historienne au regard féministe Christine Bard dans cet ouvrage paru ce matin. Exercice de détricotage avec ce professeure d’histoire contemporaine à l’université d’Angers, plus portée sur le confort d’un pantalon large que sur la minijupe…
La jupe a-t-elle toujours été un vêtement féminin ?
La jupe a existé bien avant l’invention, au XIe siècle, du mot arabe «djoubba» qui désigne une sorte de robe que le prophète a portée. Selon les régions, elle était revêtue par les hommes ou par les femmes. Mais cela fait maintenant des siècles qu’en France, elle symbolise le genre féminin.
Ne symbolise-t-elle pas surtout une forme de domination masculine ?
Oui, la religion en est un des vecteurs. La Bible interdit (Deuteronome)aux femmes de s’habiller en homme et aux hommes de s’habiller en femme. En France, l’Eglise catholique s’est chargée de faire respecter cette loi morale. Jusque dans les années 60, un prêtre pouvait refuser la communion à une femme en pantalon. Les pouvoirs publics aussi, ont repris cette interdiction. Ainsi, en 1800, une ordonnance de la préfecture de police de Paris interdit aux femmes de s’habiller en homme (elle n’est d’ailleurs toujours pas abrogée).
Dans la volonté de différencier les sexes par le vêtement, il y a aussi une volonté d’introduire une hiérarchie. La mode féminine a longtemps créé à l’évidence des entraves au mouvement. Et si les cols durs n’étaient sans doute pas très agréables à porter, les hommes ont toujours porté des vêtements plus pratiques. Bref, le sexe dominant s’est octroyé des vêtements plus faciles à porter. Comme le pantalon qui symbolise le pouvoir. Ce n’est pas un hasard, si on dit porter la culotte…
La jupe, elle, a été valorisée sur le plan esthétique, érotique. La jupe masque, elle cache le sexe des femmes, a-t-on dit. Mais contrairement au pantalon, fermé et protecteur, c’est un vêtement ouvert, très ouvert, d’autant que pendant longtemps, les femmes n’ont pas porté de sous-vêtements fermés dessous, mais des jupons superposés. Les culottes étaient soit inexistantes soit largement fendues. La norme était l’ouverture totale. Symboliquement, on peut y voir l’accessibilité au sexe féminin. C’est seulement au début du XXe siècle que le sous-vêtement fermé se répand…
Quand les femmes ont-elles commencé à sentir l’envie de brûler leurs jupes ?
Ce ne sont pas les femmes, mais certaines femmes. Et il faut attendre la Belle Epoque pour qu’il soit vraiment question de réformer le costume féminin. Jupe ou pantalon, c’est grâce à des féministes comme Madeleine Pelletier (1874-1939) qu’on peut se poser cette question futile le matin. On peut également citer Hubertine Auclert (1848-1914), la première suffragette française, qui défend la Ligue des robes courtes (en fait des robes qui ne traînent pas sur le sol). L’incendie du Bazar de la Charité en 1897 a marqué les esprits. Sur les 116 victimes identifiées, 110 étaient de sexe féminin. Cet événement a lancé des réflexions sur la nature contraignante du vêtement féminin. Pour les féministes les plus radicales, c’est même devenu un argument en faveur du port du pantalon, qui a aidé les hommes à fuir plus rapidement. Enfin, un mouvement hygiéniste a également poussé, dès la fin du XIXe siècle, à réformer la garde-robe des femmes, en s’élevant contre la jupe, le corset, les talons hauts…
Bilan de cette Belle Epoque ?
Il est mitigé. La peur de l’indifférenciation des sexes freine les progrès. Il n’y a guère eu que la percée de la culotte de zouave pour monter à bicyclette et l’invention de la jupe-culotte également réservée aux activités sportives. Et c’est aussi à la Belle Epoque, en 1910, que Paul Poiret crée un redoutable vêtement pour les femmes. Il s’agit d’une robe fuselée resserrée dans le bas et retenue par une martingale intérieure nommée entrave. Sous le jupon, un dispositif serre les mollets pour empêcher tout déchirement du vêtement. Inutile de dire que la marche devait être restreinte. En témoigne l’écrivain Maurice Sachs qui raconte avec un sadisme tranquille : «J’ai suivi ce matin, dans la rue, une jeune femme qui portait une robe entravée. Elle avait une peur terrible, voulait courir, ne le pouvait pas, ne savait comment faire. Je me suis bien amusé.»
L’ourlet commence à remonter avant 1914. Un ourlet qui remonte fleure-t-il toujours bon l’émancipation ?
Tout ce qui fait reculer la pudeur, qui a servi au contrôle des femmes, est un signe d’émancipation. L’ourlet est vraiment raccourci pendant les Années folles (au genou en 1925). Plus tard, sous Vichy, on se souviendra de cette garçonne, personnification de la «décadence» qui a conduit à la défaite. Les années 50 continuent d’ailleurs de régler son compte à ce modèle de femme masculinisée. Dior parlera d’ailleurs de «reféminiser» la femme…
Quand la minijupe débarque au milieu des années 60 est-ce l’aboutissement d’une libération ?
C’est très clairement ce que pensent celles qui la portent. Il a toujours été plus facile de montrer sa poitrine que ses jambes et ce, dès le Moyen Age et ses nudités de gorge… Mais les jeunes femmes se libèrent aussi en portant des pantalons dont le triomphe coïncide avec celui de la minijupe. On en a déjà vu à la plage dans les années 20, mais il a vraiment cessé d’être un symbole de masculinité dans les années 60. Au fond, ce que souhaitent les femmes c’est s’habiller comme elles veulent. En jupe ou en pantalon. Ce n’est pas toujours possible aujourd’hui encore dans certaines professions. Les hôtesses de l’air d’Air France, qui réclamaient le droit au pantalon depuis 1968, ont dû attendre 2005, au motif qu’elles portaient l’image de la France. Comme si la jupe était une part de la francité…
On peut encore imposer le port de la jupe ?
Oui, le droit du travail (article L.120-2) le permet à condition que l’employeur en justifie clairement les raisons. Typiquement, sont concernés les métiers où les femmes sont en contact avec le public, comme les vendeuses. Et de façon plus générale, toutes ces entreprises qui, à la manière américaine, donnent à leurs salariées une tenue modèle, pour créer une certaine image de leur boîte. C’est la tendance actuelle. Et l’on peut s’attendre à un regain de pression sociale pour imposer la jupe.
Et en politique ?
Jusqu’en 1980, les députées n’étaient pas admises en pantalon à l’Assemblée nationale. C’était du moins l’usage que faisaient scrupuleusement respecter les huissiers. Cette année-là, la députée communiste Chantal Leblanc, refoulée à cause de son pantalon, proteste et obtient gain de cause. Des années plus tard, si l’on regarde la photo du gouvernement en 2007, les ministres sont presque toutes en pantalon. Cela contraste avec l’ultraféminité de Ségolène Royal, qui joue la différence. En gros, alors que les autres cherchent à neutraliser leur genre, et à déjouer la sexualisation, elle joue la carte de la féminité, et c’est risqué…
Ironie de l’histoire, pouvoir porter une jupe est aujourd’hui devenu une revendication des Ni Putes ni soumises…
Oui c’est parfois un acte militant, une manière de défendre un «droit à la féminité» alors que dans le même temps l’association s’est prononcée contre le port du voile. Une position qui a d’ailleurs été mal comprise par les jeunes, qui sont plutôt en faveur de l’absence d’interdits vestimentaires. En tout cas, il faut bien reconnaître qu’à partir des années 2000, les jeunes filles ont renoncé à la jupe dans les collèges. Et pas seulement dans les cités. En gros, la jupe est devenue un danger, un signe de disponibilité sexuelle, avec une équation jupe = pute. Comme si la féminité était une provocation sexuelle permanente. Au fond, comme si les filles devaient faire oublier qu’elles sont des filles. Ainsi s’est créée «la journée de la jupe et du respect» à l’initiative d’une association rennaise en 2006 qui, au lycée d’Etrelles, ne fait pas l’éloge de la jupe, mais en profite pour parler de sexualité, de violence entre filles et garçons…
Des hommes réclament de pouvoir eux aussi porter une jupe. Un gag ou une vraie revendication d’égalité des sexes ?
Cela n’a rien d’une blague. En dépit du machisme et de l’homophobie de certains, je crois que la jupe pour hommes a toutes ses chances. C’est même une tendance qui devrait se confirmer parce que les codes de genre sont moins rigides. Beaucoup d’hommes aspirent à montrer davantage leur corps, à l’érotiser. Et à conquérir de nouvelles libertés. La jupe pour homme n’est pas seulement un symbole politique d’égalité mais aussi une envie de pouvoir varier les plaisirs. C’est pourquoi je défends la mixité de la jupe, et me méfie du droit à la féminité, qui peut se transformer en devoir de féminité. En revanche, militer pour le droit à la parure sans distinction de sexe ou de genre est une des manières d’en finir avec le régime vestimentaire bourgeois hérité du XIXe siècle.
(1) Editions Autrement, en vente dès aujourd’hui.
La jupe, une histoire décousue
Plis . L’historienne Christine Bard fouille les dessous d’un vêtement symbole de la femme, entre soumission et émancipation.
Elle a longtemps balayé les trottoirs, cachant des jambes que la décence recommandait de soustraire aux regards avant de remonter dans un vent de liberté au ras des fesses. Elle a des lustres durant nourri les fantasmes d’hommes dont les pupilles se dilataient à l’idée de voir dessous, avant que quelques mâles ne se mettent à revendiquer de la porter aussi…
Droite, parapluie, plissée ou portefeuille, la jupe est bien plus qu’un petit bout de tissu frivole. C’est un symbole dans lequel défile l’histoire des femmes, de leur soumission à un ordre masculin, puis de leur libération avant un XXIe siècle chahuté par des débats sur les identités de genre et les interdits vestimentaires.
Ce que soulève la jupe (identités, transgressions, résistances) (1), c’est ce qu’explore l’historienne au regard féministe Christine Bard dans cet ouvrage paru ce matin. Exercice de détricotage avec ce professeure d’histoire contemporaine à l’université d’Angers, plus portée sur le confort d’un pantalon large que sur la minijupe…
La jupe a-t-elle toujours été un vêtement féminin ?
La jupe a existé bien avant l’invention, au XIe siècle, du mot arabe «djoubba» qui désigne une sorte de robe que le prophète a portée. Selon les régions, elle était revêtue par les hommes ou par les femmes. Mais cela fait maintenant des siècles qu’en France, elle symbolise le genre féminin.
Ne symbolise-t-elle pas surtout une forme de domination masculine ?
Oui, la religion en est un des vecteurs. La Bible interdit (Deuteronome)aux femmes de s’habiller en homme et aux hommes de s’habiller en femme. En France, l’Eglise catholique s’est chargée de faire respecter cette loi morale. Jusque dans les années 60, un prêtre pouvait refuser la communion à une femme en pantalon. Les pouvoirs publics aussi, ont repris cette interdiction. Ainsi, en 1800, une ordonnance de la préfecture de police de Paris interdit aux femmes de s’habiller en homme (elle n’est d’ailleurs toujours pas abrogée).
Dans la volonté de différencier les sexes par le vêtement, il y a aussi une volonté d’introduire une hiérarchie. La mode féminine a longtemps créé à l’évidence des entraves au mouvement. Et si les cols durs n’étaient sans doute pas très agréables à porter, les hommes ont toujours porté des vêtements plus pratiques. Bref, le sexe dominant s’est octroyé des vêtements plus faciles à porter. Comme le pantalon qui symbolise le pouvoir. Ce n’est pas un hasard, si on dit porter la culotte…
La jupe, elle, a été valorisée sur le plan esthétique, érotique. La jupe masque, elle cache le sexe des femmes, a-t-on dit. Mais contrairement au pantalon, fermé et protecteur, c’est un vêtement ouvert, très ouvert, d’autant que pendant longtemps, les femmes n’ont pas porté de sous-vêtements fermés dessous, mais des jupons superposés. Les culottes étaient soit inexistantes soit largement fendues. La norme était l’ouverture totale. Symboliquement, on peut y voir l’accessibilité au sexe féminin. C’est seulement au début du XXe siècle que le sous-vêtement fermé se répand…
Quand les femmes ont-elles commencé à sentir l’envie de brûler leurs jupes ?
Ce ne sont pas les femmes, mais certaines femmes. Et il faut attendre la Belle Epoque pour qu’il soit vraiment question de réformer le costume féminin. Jupe ou pantalon, c’est grâce à des féministes comme Madeleine Pelletier (1874-1939) qu’on peut se poser cette question futile le matin. On peut également citer Hubertine Auclert (1848-1914), la première suffragette française, qui défend la Ligue des robes courtes (en fait des robes qui ne traînent pas sur le sol). L’incendie du Bazar de la Charité en 1897 a marqué les esprits. Sur les 116 victimes identifiées, 110 étaient de sexe féminin. Cet événement a lancé des réflexions sur la nature contraignante du vêtement féminin. Pour les féministes les plus radicales, c’est même devenu un argument en faveur du port du pantalon, qui a aidé les hommes à fuir plus rapidement. Enfin, un mouvement hygiéniste a également poussé, dès la fin du XIXe siècle, à réformer la garde-robe des femmes, en s’élevant contre la jupe, le corset, les talons hauts…
Bilan de cette Belle Epoque ?
Il est mitigé. La peur de l’indifférenciation des sexes freine les progrès. Il n’y a guère eu que la percée de la culotte de zouave pour monter à bicyclette et l’invention de la jupe-culotte également réservée aux activités sportives. Et c’est aussi à la Belle Epoque, en 1910, que Paul Poiret crée un redoutable vêtement pour les femmes. Il s’agit d’une robe fuselée resserrée dans le bas et retenue par une martingale intérieure nommée entrave. Sous le jupon, un dispositif serre les mollets pour empêcher tout déchirement du vêtement. Inutile de dire que la marche devait être restreinte. En témoigne l’écrivain Maurice Sachs qui raconte avec un sadisme tranquille : «J’ai suivi ce matin, dans la rue, une jeune femme qui portait une robe entravée. Elle avait une peur terrible, voulait courir, ne le pouvait pas, ne savait comment faire. Je me suis bien amusé.»
L’ourlet commence à remonter avant 1914. Un ourlet qui remonte fleure-t-il toujours bon l’émancipation ?
Tout ce qui fait reculer la pudeur, qui a servi au contrôle des femmes, est un signe d’émancipation. L’ourlet est vraiment raccourci pendant les Années folles (au genou en 1925). Plus tard, sous Vichy, on se souviendra de cette garçonne, personnification de la «décadence» qui a conduit à la défaite. Les années 50 continuent d’ailleurs de régler son compte à ce modèle de femme masculinisée. Dior parlera d’ailleurs de «reféminiser» la femme…
Quand la minijupe débarque au milieu des années 60 est-ce l’aboutissement d’une libération ?
C’est très clairement ce que pensent celles qui la portent. Il a toujours été plus facile de montrer sa poitrine que ses jambes et ce, dès le Moyen Age et ses nudités de gorge… Mais les jeunes femmes se libèrent aussi en portant des pantalons dont le triomphe coïncide avec celui de la minijupe. On en a déjà vu à la plage dans les années 20, mais il a vraiment cessé d’être un symbole de masculinité dans les années 60. Au fond, ce que souhaitent les femmes c’est s’habiller comme elles veulent. En jupe ou en pantalon. Ce n’est pas toujours possible aujourd’hui encore dans certaines professions. Les hôtesses de l’air d’Air France, qui réclamaient le droit au pantalon depuis 1968, ont dû attendre 2005, au motif qu’elles portaient l’image de la France. Comme si la jupe était une part de la francité…
On peut encore imposer le port de la jupe ?
Oui, le droit du travail (article L.120-2) le permet à condition que l’employeur en justifie clairement les raisons. Typiquement, sont concernés les métiers où les femmes sont en contact avec le public, comme les vendeuses. Et de façon plus générale, toutes ces entreprises qui, à la manière américaine, donnent à leurs salariées une tenue modèle, pour créer une certaine image de leur boîte. C’est la tendance actuelle. Et l’on peut s’attendre à un regain de pression sociale pour imposer la jupe.
Et en politique ?
Jusqu’en 1980, les députées n’étaient pas admises en pantalon à l’Assemblée nationale. C’était du moins l’usage que faisaient scrupuleusement respecter les huissiers. Cette année-là, la députée communiste Chantal Leblanc, refoulée à cause de son pantalon, proteste et obtient gain de cause. Des années plus tard, si l’on regarde la photo du gouvernement en 2007, les ministres sont presque toutes en pantalon. Cela contraste avec l’ultraféminité de Ségolène Royal, qui joue la différence. En gros, alors que les autres cherchent à neutraliser leur genre, et à déjouer la sexualisation, elle joue la carte de la féminité, et c’est risqué…
Ironie de l’histoire, pouvoir porter une jupe est aujourd’hui devenu une revendication des Ni Putes ni soumises…
Oui c’est parfois un acte militant, une manière de défendre un «droit à la féminité» alors que dans le même temps l’association s’est prononcée contre le port du voile. Une position qui a d’ailleurs été mal comprise par les jeunes, qui sont plutôt en faveur de l’absence d’interdits vestimentaires. En tout cas, il faut bien reconnaître qu’à partir des années 2000, les jeunes filles ont renoncé à la jupe dans les collèges. Et pas seulement dans les cités. En gros, la jupe est devenue un danger, un signe de disponibilité sexuelle, avec une équation jupe = pute. Comme si la féminité était une provocation sexuelle permanente. Au fond, comme si les filles devaient faire oublier qu’elles sont des filles. Ainsi s’est créée «la journée de la jupe et du respect» à l’initiative d’une association rennaise en 2006 qui, au lycée d’Etrelles, ne fait pas l’éloge de la jupe, mais en profite pour parler de sexualité, de violence entre filles et garçons…
Des hommes réclament de pouvoir eux aussi porter une jupe. Un gag ou une vraie revendication d’égalité des sexes ?
Cela n’a rien d’une blague. En dépit du machisme et de l’homophobie de certains, je crois que la jupe pour hommes a toutes ses chances. C’est même une tendance qui devrait se confirmer parce que les codes de genre sont moins rigides. Beaucoup d’hommes aspirent à montrer davantage leur corps, à l’érotiser. Et à conquérir de nouvelles libertés. La jupe pour homme n’est pas seulement un symbole politique d’égalité mais aussi une envie de pouvoir varier les plaisirs. C’est pourquoi je défends la mixité de la jupe, et me méfie du droit à la féminité, qui peut se transformer en devoir de féminité. En revanche, militer pour le droit à la parure sans distinction de sexe ou de genre est une des manières d’en finir avec le régime vestimentaire bourgeois hérité du XIXe siècle.
(1) Editions Autrement, en vente dès aujourd’hui.
lundi 1 mars 2010
Louise Michel, la rebelle
Louise Michel, la rebelle
LE MONDE | 01.03.10 | 10h48
Le prologue de ce beau téléfilm consacré à Louise Michel résume bien la personnalité de cette figure emblématique de la pensée révolutionnaire et anarchiste. Alors qu'elle est jugée pour avoir pris une part active aux événements de la Commune de Paris, pendant lesquels elle a assisté à l'exécution de son ami Théophile Ferré, la militante clame à ses jurés : "J'appartiens tout entière à la révolution sociale. (...) Prenez ma vie si vous la voulez, je ne suis pas femme à vous la disputer un seul instant. (...) Puisqu'il semble que tout coeur qui bat n'a droit qu'à un peu de plomb, j'en réclame une part, moi. Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance ! (...) Si vous n'êtes pas des lâches, tuez-moi !"
Sur le même sujet
Cadrage Quand la télévision délaisse le cinéma
"Aurélie Dupont, l'espace d'un instant". Un documentaire de Cédrick Klapisch, diffusé sur France 3, mardi 2 mars, à 22 h 40.
Compte rendu Aurélie Dupont face à la caméra de Cédric Klapisch
Compte rendu Louise Michel, la rebelle
Edition abonnés Archive : Le pari du webdocumentaire
En 1873, Louise Michel est déportée en Nouvelle-Calédonie. Comme elle l'a fait et le fera tout au long de sa vie, elle se distingue, pendant cet exil forcé, par son courage et par la force de ses engagements.
UN PERSONNAGE PHARE DE LA COMMUNE
Pourtant, que retient-on aujourd'hui de la "Vierge rouge", comme l'appelaient ses amis, ou la "bonne Louise", comme la surnommaient les Versaillais du gouvernement d'Adolphe Thiers ? Pour beaucoup, Louise Michel est une célèbre inconnue. Pour ceux-là, son nom évoque tour à tour une station du métro parisien, un lycée, une rue, un film de Gustave Kervern et Benoît Delépine réalisé en 2008 et qui ne se rapportait pas directement à elle... Mais du parcours et de la personnalité hors du commun de cette grande militante anarchiste, institutrice, poétesse, et proche de Victor Hugo, on sait finalement peu de chose.
Réalisé par Solveig Anspach, auteur de plusieurs films remarqués comme Haut les cœurs ! (1999) ou Stormy Weather (2003), ce téléfilm offre donc une belle occasion de mieux cerner ce personnage phare de la Commune de Paris. Entièrement tourné en Nouvelle-Calédonie, le film s'attache essentiellement à retracer les sept années de déportation qu'a vécues Louise Michel, en compagnie de nombreux autres communards. Une période pendant laquelle cette femme, qu'interprète avec beaucoup de justesse la comédienne Sylvie Testud, se lie d'amitié avec Nathalie Lemel, une autre militante anarchiste et féministe, elle aussi bien incarnée par Nathalie Boutefeu. Combattante obstinée des discriminations, elle terminera sa détention comme institutrice à Nouméa, enseignant à des enfants caldoches, mais aussi à des enfants kanak à qui elle donnera des cours du soir.
Ce téléfilm constitue une manière propice et pertinente d'aborder la vie de Louise Michel et plus généralement d'évoquer la Commune de Paris. Sur le même thème, le cinéaste britannique Peter Watkins a réalisé en 2000 La Commune (Paris, 1871), d'un accès moins facile et d'une durée exceptionnellement longue : sa version intégrale atteint trois cent soixante-quinze minutes. On conseille ardemment aux téléspectateurs désireux d'en savoir plus sur cet épisode de l'Histoire de voir cette oeuvre originale entre documentaire, fiction et reconstitution historique.
Solveig Anspach (Fr., 2009, 90 min). Avec Sylvie Testud, Nathalie Boutefeu... Diffusé sur France 3, samedi 6 mars, à 20 h 35.
Hélène Delye
LE MONDE | 01.03.10 | 10h48
Le prologue de ce beau téléfilm consacré à Louise Michel résume bien la personnalité de cette figure emblématique de la pensée révolutionnaire et anarchiste. Alors qu'elle est jugée pour avoir pris une part active aux événements de la Commune de Paris, pendant lesquels elle a assisté à l'exécution de son ami Théophile Ferré, la militante clame à ses jurés : "J'appartiens tout entière à la révolution sociale. (...) Prenez ma vie si vous la voulez, je ne suis pas femme à vous la disputer un seul instant. (...) Puisqu'il semble que tout coeur qui bat n'a droit qu'à un peu de plomb, j'en réclame une part, moi. Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance ! (...) Si vous n'êtes pas des lâches, tuez-moi !"
Sur le même sujet
Cadrage Quand la télévision délaisse le cinéma
"Aurélie Dupont, l'espace d'un instant". Un documentaire de Cédrick Klapisch, diffusé sur France 3, mardi 2 mars, à 22 h 40.
Compte rendu Aurélie Dupont face à la caméra de Cédric Klapisch
Compte rendu Louise Michel, la rebelle
Edition abonnés Archive : Le pari du webdocumentaire
En 1873, Louise Michel est déportée en Nouvelle-Calédonie. Comme elle l'a fait et le fera tout au long de sa vie, elle se distingue, pendant cet exil forcé, par son courage et par la force de ses engagements.
UN PERSONNAGE PHARE DE LA COMMUNE
Pourtant, que retient-on aujourd'hui de la "Vierge rouge", comme l'appelaient ses amis, ou la "bonne Louise", comme la surnommaient les Versaillais du gouvernement d'Adolphe Thiers ? Pour beaucoup, Louise Michel est une célèbre inconnue. Pour ceux-là, son nom évoque tour à tour une station du métro parisien, un lycée, une rue, un film de Gustave Kervern et Benoît Delépine réalisé en 2008 et qui ne se rapportait pas directement à elle... Mais du parcours et de la personnalité hors du commun de cette grande militante anarchiste, institutrice, poétesse, et proche de Victor Hugo, on sait finalement peu de chose.
Réalisé par Solveig Anspach, auteur de plusieurs films remarqués comme Haut les cœurs ! (1999) ou Stormy Weather (2003), ce téléfilm offre donc une belle occasion de mieux cerner ce personnage phare de la Commune de Paris. Entièrement tourné en Nouvelle-Calédonie, le film s'attache essentiellement à retracer les sept années de déportation qu'a vécues Louise Michel, en compagnie de nombreux autres communards. Une période pendant laquelle cette femme, qu'interprète avec beaucoup de justesse la comédienne Sylvie Testud, se lie d'amitié avec Nathalie Lemel, une autre militante anarchiste et féministe, elle aussi bien incarnée par Nathalie Boutefeu. Combattante obstinée des discriminations, elle terminera sa détention comme institutrice à Nouméa, enseignant à des enfants caldoches, mais aussi à des enfants kanak à qui elle donnera des cours du soir.
Ce téléfilm constitue une manière propice et pertinente d'aborder la vie de Louise Michel et plus généralement d'évoquer la Commune de Paris. Sur le même thème, le cinéaste britannique Peter Watkins a réalisé en 2000 La Commune (Paris, 1871), d'un accès moins facile et d'une durée exceptionnellement longue : sa version intégrale atteint trois cent soixante-quinze minutes. On conseille ardemment aux téléspectateurs désireux d'en savoir plus sur cet épisode de l'Histoire de voir cette oeuvre originale entre documentaire, fiction et reconstitution historique.
Solveig Anspach (Fr., 2009, 90 min). Avec Sylvie Testud, Nathalie Boutefeu... Diffusé sur France 3, samedi 6 mars, à 20 h 35.
Hélène Delye
Que sont devenues les femmes du sarkozysme ?
Que sont devenues les femmes du sarkozysme ?
LEMONDE.FR | 28.02.10 | 17h11 • Mis à jour le 01.03.10 | 11h08
Des collaborateurs exclusivement masculins, des femmes en nombre déclinant au gouvernement et des hommes nommés aux postes prestigieux de la République. La parité prend l'eau chez Nicolas Sarkozy. A ses débuts, le chef de l'Etat avait annoncé un gouvernement resserré de quinze ministres et paritaire.
Sur le même sujet
"Obama, c'est mon copain", déclarait Nicolas Sarkozy en juillet 2008.
Les faits La hargne de Sarkozy envers Obama
Edition abonnés Archive : La majorité peine à dégager une vision commune sur les questions de société
En novembre 2007, il s'était extasié à Washington sur la beauté de ses ministres Rama Yade, Christine Lagarde et Rachida Dati, qui faisaient alors les couvertures de la presse people. Au fil des mois, il apparaît que M. Sarkozy ne travaille qu'avec des hommes, souvent plus âgés que lui.
L'équipe rapprochée de ses collaborateurs à l'Elysée est exclusivement masculine : le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant (65 ans) travaille avec Raymond Soubie (69 ans, conseiller social), Xavier Musca, (49 ans, conseiller économique) et Jean-David Levitte (63 ans, conseiller diplomatique) tandis que Henri Guaino, 52 ans, reste la "plume" du président.
A la réunion des principaux conseillers de l'Elysée, qui se tient chaque matin à 8 h 30, ne participe plus qu'une femme, l'ancienne journaliste Catherine Pégard. Elle est seule depuis qu'Emmanuelle Mignon, rédactrice du programme électoral de 2007, est retournée au Conseil d'Etat début janvier.
Sur les cinquante personnes qui forment le cabinet du président de la République, ne figurent que six femmes. La situation est à peine meilleure au gouvernement. L'équipe actuelle compte vingt ministres, y compris François Fillon, mais seulement cinq femmes : Michelle Alliot-Marie (justice), Christine Lagarde (économie), Valérie Pécresse (recherche et enseignement supérieur), Roselyne Bachelot (santé) et Marie-Luce Penchard (outre-mer).
Si l'on prend en compte les secrétaires d'Etat, on arrive à un total de treize femmes sur trente-neuf, soit un tiers. Un effort a toutefois été fait pour les régionales. La droite a choisi une femme tête de liste dans six régions métropolitaines sur vingt-deux, contre trois seulement au Parti socialiste. Mais ces candidates ont peu de chance d'être élues.
Les nominations obéissent à la même logique. M. Sarkozy a préféré faire un "coup" politique en choisissant de nommer à la présidence de la Cour des comptes le socialiste Didier Migaud plutôt que de promouvoir une femme du sérail, la magistrate Claire Bazy-Malaurie, proche de Philippe Seguin.
Enfin, le Conseil constitutionnel ne comptera désormais qu'une seule femme, la juriste Jacqueline de Guillenchmidt. Les trois nouveaux entrants, choisis par les présidents de la République, de l'Assemblée nationale et du Sénat, sont des hommes, vétérans de la politique, septuagénaires ou presque. Le mitterrandien Michel Charasse, 69 ans, l'ancien commissaire européen Jacques Barrot, 73 ans et le sénateur Hubert Haenel, 67 ans, ont tous été préférés à des femmes.
Les candidatures évoquées des juristes Marie-Laure Denis et Anne Levade n'ont pas été retenues. Officiellement, c'était pour la bonne cause : après le départ de Pierre Joxe, M. Sarkozy tenait absolument à nommer une personnalité de gauche. Mais il existait un moyen de concilier cette contrainte en choisissant par exemple l'ancienne garde des Sceaux socialiste Elisabeth Guigou. M. Sarkozy n'en a pas voulu.
Arnaud Leparmentier
LEMONDE.FR | 28.02.10 | 17h11 • Mis à jour le 01.03.10 | 11h08
Des collaborateurs exclusivement masculins, des femmes en nombre déclinant au gouvernement et des hommes nommés aux postes prestigieux de la République. La parité prend l'eau chez Nicolas Sarkozy. A ses débuts, le chef de l'Etat avait annoncé un gouvernement resserré de quinze ministres et paritaire.
Sur le même sujet
"Obama, c'est mon copain", déclarait Nicolas Sarkozy en juillet 2008.
Les faits La hargne de Sarkozy envers Obama
Edition abonnés Archive : La majorité peine à dégager une vision commune sur les questions de société
En novembre 2007, il s'était extasié à Washington sur la beauté de ses ministres Rama Yade, Christine Lagarde et Rachida Dati, qui faisaient alors les couvertures de la presse people. Au fil des mois, il apparaît que M. Sarkozy ne travaille qu'avec des hommes, souvent plus âgés que lui.
L'équipe rapprochée de ses collaborateurs à l'Elysée est exclusivement masculine : le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant (65 ans) travaille avec Raymond Soubie (69 ans, conseiller social), Xavier Musca, (49 ans, conseiller économique) et Jean-David Levitte (63 ans, conseiller diplomatique) tandis que Henri Guaino, 52 ans, reste la "plume" du président.
A la réunion des principaux conseillers de l'Elysée, qui se tient chaque matin à 8 h 30, ne participe plus qu'une femme, l'ancienne journaliste Catherine Pégard. Elle est seule depuis qu'Emmanuelle Mignon, rédactrice du programme électoral de 2007, est retournée au Conseil d'Etat début janvier.
Sur les cinquante personnes qui forment le cabinet du président de la République, ne figurent que six femmes. La situation est à peine meilleure au gouvernement. L'équipe actuelle compte vingt ministres, y compris François Fillon, mais seulement cinq femmes : Michelle Alliot-Marie (justice), Christine Lagarde (économie), Valérie Pécresse (recherche et enseignement supérieur), Roselyne Bachelot (santé) et Marie-Luce Penchard (outre-mer).
Si l'on prend en compte les secrétaires d'Etat, on arrive à un total de treize femmes sur trente-neuf, soit un tiers. Un effort a toutefois été fait pour les régionales. La droite a choisi une femme tête de liste dans six régions métropolitaines sur vingt-deux, contre trois seulement au Parti socialiste. Mais ces candidates ont peu de chance d'être élues.
Les nominations obéissent à la même logique. M. Sarkozy a préféré faire un "coup" politique en choisissant de nommer à la présidence de la Cour des comptes le socialiste Didier Migaud plutôt que de promouvoir une femme du sérail, la magistrate Claire Bazy-Malaurie, proche de Philippe Seguin.
Enfin, le Conseil constitutionnel ne comptera désormais qu'une seule femme, la juriste Jacqueline de Guillenchmidt. Les trois nouveaux entrants, choisis par les présidents de la République, de l'Assemblée nationale et du Sénat, sont des hommes, vétérans de la politique, septuagénaires ou presque. Le mitterrandien Michel Charasse, 69 ans, l'ancien commissaire européen Jacques Barrot, 73 ans et le sénateur Hubert Haenel, 67 ans, ont tous été préférés à des femmes.
Les candidatures évoquées des juristes Marie-Laure Denis et Anne Levade n'ont pas été retenues. Officiellement, c'était pour la bonne cause : après le départ de Pierre Joxe, M. Sarkozy tenait absolument à nommer une personnalité de gauche. Mais il existait un moyen de concilier cette contrainte en choisissant par exemple l'ancienne garde des Sceaux socialiste Elisabeth Guigou. M. Sarkozy n'en a pas voulu.
Arnaud Leparmentier
mardi 23 février 2010
La jupe est de sortie !
La jupe, symbole d'oppression ou de libération?
Par Emilie Dycke, publié le 23/02/2010 à 11:08 - http://www.lexpress.fr/styles/question-style/la-jupe-symbole-d-oppression-ou-de-liberation_850327.html
Lorsque la jupe sublime le corps de la femme en général, et de Brigitte Bardot en particulier (ici dans les années 1950).
Fred dufour / AFP
Lorsque la jupe sublime le corps de la femme en général, et de Brigitte Bardot en particulier (ici dans les années 1950).
Symbole d'oppression ou de libération, la jupe? L'historienne Christine Bard revient dans un livre sur l'épopée de ce vêtement, attribut controversé de la féminité.
Rétines et pupilles, les garçons ont les yeux qui brillent, pour un jeu de dupes, voir sous les jupes des filles (...)" Bien sûr qu'il n'est pas dupe, Alain Souchon, quand il fredonne sa chanson légère. Pour autant, sait-il vraiment "ce que soulève la jupe"? C'est ce qu'a exploré Christine Bard, professeure d'histoire contemporaine à l'université d'Angers, dans son dernier livre à paraître début mars aux éditions Autrement. Un regard féministe sur ce vêtement qui questionne en profondeur les frontières du féminin et du masculin.
Depuis 2005, les hôtesses d'Air France ont le choix entre jupe et pantalon (à gauche).
DR
Depuis 2005, les hôtesses d'Air France ont le choix entre jupe et pantalon (à gauche).
Alors, êtes-vous plutôt jupe ou pantalon?
[Sourire.] Disons que j'ai évolué, peut-être en raison du travail de recherche que je mène depuis plusieurs années sur l'histoire du pantalon, qui m'a conduite à m'intéresser, par ricochet, à la jupe. Je suis donc revenue vers la jupe. Et je la vois avec plus de nuances et de tendresse qu'autrefois... Surtout depuis que des garçons la portent eux aussi.
La question n'est pas aussi futile que cela...
Bien sûr, et l'actualité le montre. En 2006, des lycéens bretons ont organisé la première Journée de la jupe. Constatant que certaines filles venaient toutes au lycée en pantalon alors qu'elles aimaient porter des jupes en dehors, ils ont imaginé une journée dévolue à la jupe, où elles devaient "oser" ce vêtement à l'école. Cette journée a permis de débattre des relations entre les sexes, de sexualité, de séduction, de violence... Au printemps dernier, le succès du film, avec Isabelle Adjani, a remis la jupe au coeur du débat, notamment sur les rapports entre garçons et filles.
Les lycéennes de Saint-Aubin-du-Cormier, en Bretagne, à l'origine, en 2006, de la Journée de la jupe, organisée pour lutter contre les préjugés.
Fred Dufour/AFP
Les lycéennes de Saint-Aubin-du-Cormier, en Bretagne, à l'origine, en 2006, de la Journée de la jupe, organisée pour lutter contre les préjugés.
Comment la jupe est-elle devenue un attribut de la féminité?
Elle symbolise depuis très longtemps le genre féminin, mais ça n'a pas toujours été le cas. Dans le monde méditerranéen, les hommes portent plutôt des vêtements ouverts. Les Romains portaient la toge et les Gaulois, des braies, des culottes longues. Ce n'est donc pas de toute éternité que les hommes portent un vêtement fermé. Néanmoins, le principe même de la différenciation des genres par le vêtement est très ancien. C'est d'ailleurs un principe religieux, puisque le Deutéronome interdit le travestissement.
La jupe est pourtant bel et bien devenue féminine...
La jupe peut être interprétée de différentes façons selon les époques, les lieux, les styles, les circonstances pour lesquelles on la porte. Dans le dictionnaire, elle est définie comme une "partie de l'habillement féminin qui descend de la ceinture à une hauteur variable". Son genre est donc fixé. Pendant des siècles, en France, le vêtement fermé était masculin et le vêtement ouvert, féminin. Cette différence s'est accentuée après la Révolution, lorsque le port du pantalon s'est généralisé pour les hommes.
Quand les femmes ont-elles commencé à en avoir "ras la jupe"?
Pendant longtemps, les femmes n'ont pas porté de sous-vêtements mais des jupons superposés. La norme était l'ouverture totale. Symboliquement, on peut y voir l'accessibilité du sexe féminin. Une évolution se produit à la fin du xixe siècle avec l'essor du cyclisme, les progrès de l'hygiénisme et le désir de libération, traduit par la naissance du mouvement féministe. Les femmes se sont alors mises à porter des culottes fendues. Puis, dans les années 1920, la culotte fermée s'est généralisée. Et le pantalon a cessé d'être un symbole de masculinité dans les années 1960, quand les femmes se sont approprié ce vêtement. Mais il s'agit alors d'un pantalon "féminisé", comme le montre par exemple le corsaire porté par Brigitte Bardot.
Plaquer la jupe était donc une libération?
Ce n'est pas si simple. Le triomphe du pantalon dans les années 1960 coïncide avec celui de la minijupe. Les jeunes femmes d'alors se libèrent en portant soit le pantalon, le jean notamment, soit la minijupe, bien différente de la jupe imposée aux filles dans les écoles. Ce que veulent les femmes est la possibilité de s'habiller comme elles le veulent, en jupe ou en pantalon. Or, aujourd'hui encore, ce choix n'est pas partout possible, puisque certaines professions exigent le port obligatoire de la jupe. Songez que c'est seulement en 2005 que les hôtesses d'Air France ont gagné le droit au pantalon, avec la collection de Christian Lacroix.
C'est ce que font valoir les nouvelles féministes, les Ni putes ni soumises, par exemple, qui utilisent la jupe comme symbole du droit à la féminité.
Dès 2003, le mouvement Ni putes ni soumises a revendiqué le droit à la féminité en l'associant au droit à la jupe. L'association a mis en évidence le fait que la jupe est interprétée comme un signal de disponibilité sexuelle. De fait, beaucoup de filles, pour préserver leur réputation et leur tranquillité, adoptent le pantalon, notamment au collège. Ce constat n'est pas spécifique aux quartiers défavorisés. D'ailleurs, l'initiative de la Journée de la jupe est née dans un lycée catholique, non loin de Rennes. Tous les milieux sociaux sont concernés. Ce qui est frappant, c'est qu'au moment où ce droit à la féminité est proclamé on semble oublier que la jupe était un vêtement imposé aux femmes et que le pantalon leur était interdit. Il est curieux de voir ainsi affirmer comme un droit une obligation qui n'est pas si ancienne.
Est-ce le signe d'un renversement de valeurs entre deux générations de féministes?
Non, les féministes d'aujourd'hui, comme celles des années 1970, revendiquent la liberté de choix. Ni putes ni soumises dénonce le fait que le pantalon soit imposé aux filles de la même manière qu'il y a quarante ans les féministes dénonçaient la jupe obligatoire et toutes les contraintes esthétiques imposées aux femmes.
Vous consacrez une bonne partie de votre livre à la jupe pour hommes. La jupe reste-t-elle un (des seuls) privilège(s) féminin(s)?
La jupe, une aspiration à la liberté que revendique Jean Paul Gaultier, dès 1985, dans ses collections pour hommes.
p. verdy / AFP
La jupe, une aspiration à la liberté que revendique Jean Paul Gaultier, dès 1985, dans ses collections pour hommes.
Je pensais que ce sujet occuperait quelques lignes de mon livre, car je croyais que les jupes pour hommes avaient été un échec, depuis les premiers modèles de Jean Paul Gaultier, en 1985. En réalité, cela a beaucoup changé ces toutes dernières années. Aujourd'hui, une association milite pour le port de la jupe masculine et il en est beaucoup question sur Internet. Les hommes en jupe revendiquent le droit de s'habiller comme ils le souhaitent, en s'inspirant de l'argumentaire féministe sur le droit de choisir. J'espère que ce mouvement se développera. Mais ce ne sera pas facile. La jupe pour hommes provoque des réactions d'homophobie, car elle est perçue comme une effémination. Ce serait pourtant bon signe que, dans une démocratie, une aspiration à la liberté ne se heurte pas à la violence, au rejet et à l'exclusion. La jupe soulève à sa manière la question du genre et de la sexualité pour les femmes et les hommes. En faire un vêtement mixte nous ferait sortir de l'ancien régime vestimentaire, qui différencie à l'extrême les deux genres.
La jupe, symbole d'oppression ou de libération?
Ce que soulève la jupe, de Christine Bard,Autrement, 17€. En librairie le 3 mars.
La jupe? Nouveau manifeste féministe!
http://www.lesquotidiennes.com/symbole/la-jupe-nouveau-manifeste-f%C3%A9ministe.html
MODE | 16:32 Isabelle Adjani la revendique comme un acte de liberté, l'anti-burqa par excellence, tandis qu'une historienne de la mode montre comment la jupe est devenue symbole de résistance dans les cités.
La jupe en majesté dans les défilés 2010
La jupe en majesté dans les défilés 2010
MCM | 23-02-2010 | 16:32
En même temps que le contraignant soutien-gorge, c'est la jupe, sauf la mini, que les féministes des années 70 jetèrent aux orties! Pour être jeune, moderne, affranchie, libre dans son corps et l'égale de l'homme, il fallait porter le pantalon, si possible le jean's.
Logique:la jupe oblige à serrer les jambes ou à les croiser, force à être pudiques, réservées, et donc à moins occuper l'espace public.
Renouveau
Mais les temps changent et les significations aussi. Objet de contrainte il y a 40 ans, la jupe est aujourd'hui l'étendard d'un nouveau féminisme. Dans un monde où montrer ses jambes suffit à être traitée de pute, la jupe est un signe fort, celui de la fierté d'être femme.
La haine des femmes
C'est d'ailleurs le message d'Isabelle Adjani, le 9 février au soir, quand elle a remercié le jury des Globe de Cristal de l'avoir récompensée pour son rôle d'enseignante dans "La Journée de la Jupe", de Jean-Paul Lilienfeld.
«Je suis très fière d’être en jupe devant vous ce soir. Fière car cette jupe est un manifeste qui, plus que jamais, doit être porté. Cette jupe, c’est celle que portent des milliers de jeunes filles et de femmes pour affirmer qu’elles refusent que l’on confonde l’islam avec l’aliénation et l’assujettissement des femmes.
Une jupe, ce n’est qu’un bout de tissu, mais qu’elle soit courte ou longue, son symbole peut nous aider à gagner une bataille contre l’obscurantisme. Et même contre ce qu’il faut bien appeler la haine des femmes. Alors, cette jupe, c’est justement l’anti-niqab, l’anti-burqa.»
Epopée d'un vêtement ouvert
Sujette à de multiples métamorphoses, portée d'abord par les hommes avant de devenir le vêtement féminin par excellence, la jupe fait l'objet d'une étude passionnante, à paraître le 3 mars aux Editions Autrement. Son auteure, Christine Bard, est professeure d'histoire contemporaine à l'université d'Angers.
Pourquoi a-t-elle eu envie d'en faire l'épopée? " La jupe a envahi l’actualité, bousculé mon agenda, et pris le pas sur un pantalon qui a beaucoup perdu, aujourd’hui, de sa force subversive, lorsqu’il est porté par une femme. On ne peut en dire autant de la jupe pour homme ..."
Or, comme le remarque l'historienne, si les féministes ont gagné la bataille de la liberté vestimentaire (jupe ou pantalon au choix), elles ont perdu celle de l'égalité puisque les vêtements féminins ne sont jamais devenus unisexes.
Pourtant, des comités d'hommes voulant porter la jupe existent, et même se multiplient. Mais leurs revendications font gentiment sourire ou grogner les plus machos. L'homophobie guette. Une aspiration à la liberté que revendique Jean Paul Gaultier depuis 1985, date de ses premières collections pour hommes.
Par Emilie Dycke, publié le 23/02/2010 à 11:08 - http://www.lexpress.fr/styles/question-style/la-jupe-symbole-d-oppression-ou-de-liberation_850327.html
Lorsque la jupe sublime le corps de la femme en général, et de Brigitte Bardot en particulier (ici dans les années 1950).
Fred dufour / AFP
Lorsque la jupe sublime le corps de la femme en général, et de Brigitte Bardot en particulier (ici dans les années 1950).
Symbole d'oppression ou de libération, la jupe? L'historienne Christine Bard revient dans un livre sur l'épopée de ce vêtement, attribut controversé de la féminité.
Rétines et pupilles, les garçons ont les yeux qui brillent, pour un jeu de dupes, voir sous les jupes des filles (...)" Bien sûr qu'il n'est pas dupe, Alain Souchon, quand il fredonne sa chanson légère. Pour autant, sait-il vraiment "ce que soulève la jupe"? C'est ce qu'a exploré Christine Bard, professeure d'histoire contemporaine à l'université d'Angers, dans son dernier livre à paraître début mars aux éditions Autrement. Un regard féministe sur ce vêtement qui questionne en profondeur les frontières du féminin et du masculin.
Depuis 2005, les hôtesses d'Air France ont le choix entre jupe et pantalon (à gauche).
DR
Depuis 2005, les hôtesses d'Air France ont le choix entre jupe et pantalon (à gauche).
Alors, êtes-vous plutôt jupe ou pantalon?
[Sourire.] Disons que j'ai évolué, peut-être en raison du travail de recherche que je mène depuis plusieurs années sur l'histoire du pantalon, qui m'a conduite à m'intéresser, par ricochet, à la jupe. Je suis donc revenue vers la jupe. Et je la vois avec plus de nuances et de tendresse qu'autrefois... Surtout depuis que des garçons la portent eux aussi.
La question n'est pas aussi futile que cela...
Bien sûr, et l'actualité le montre. En 2006, des lycéens bretons ont organisé la première Journée de la jupe. Constatant que certaines filles venaient toutes au lycée en pantalon alors qu'elles aimaient porter des jupes en dehors, ils ont imaginé une journée dévolue à la jupe, où elles devaient "oser" ce vêtement à l'école. Cette journée a permis de débattre des relations entre les sexes, de sexualité, de séduction, de violence... Au printemps dernier, le succès du film, avec Isabelle Adjani, a remis la jupe au coeur du débat, notamment sur les rapports entre garçons et filles.
Les lycéennes de Saint-Aubin-du-Cormier, en Bretagne, à l'origine, en 2006, de la Journée de la jupe, organisée pour lutter contre les préjugés.
Fred Dufour/AFP
Les lycéennes de Saint-Aubin-du-Cormier, en Bretagne, à l'origine, en 2006, de la Journée de la jupe, organisée pour lutter contre les préjugés.
Comment la jupe est-elle devenue un attribut de la féminité?
Elle symbolise depuis très longtemps le genre féminin, mais ça n'a pas toujours été le cas. Dans le monde méditerranéen, les hommes portent plutôt des vêtements ouverts. Les Romains portaient la toge et les Gaulois, des braies, des culottes longues. Ce n'est donc pas de toute éternité que les hommes portent un vêtement fermé. Néanmoins, le principe même de la différenciation des genres par le vêtement est très ancien. C'est d'ailleurs un principe religieux, puisque le Deutéronome interdit le travestissement.
La jupe est pourtant bel et bien devenue féminine...
La jupe peut être interprétée de différentes façons selon les époques, les lieux, les styles, les circonstances pour lesquelles on la porte. Dans le dictionnaire, elle est définie comme une "partie de l'habillement féminin qui descend de la ceinture à une hauteur variable". Son genre est donc fixé. Pendant des siècles, en France, le vêtement fermé était masculin et le vêtement ouvert, féminin. Cette différence s'est accentuée après la Révolution, lorsque le port du pantalon s'est généralisé pour les hommes.
Quand les femmes ont-elles commencé à en avoir "ras la jupe"?
Pendant longtemps, les femmes n'ont pas porté de sous-vêtements mais des jupons superposés. La norme était l'ouverture totale. Symboliquement, on peut y voir l'accessibilité du sexe féminin. Une évolution se produit à la fin du xixe siècle avec l'essor du cyclisme, les progrès de l'hygiénisme et le désir de libération, traduit par la naissance du mouvement féministe. Les femmes se sont alors mises à porter des culottes fendues. Puis, dans les années 1920, la culotte fermée s'est généralisée. Et le pantalon a cessé d'être un symbole de masculinité dans les années 1960, quand les femmes se sont approprié ce vêtement. Mais il s'agit alors d'un pantalon "féminisé", comme le montre par exemple le corsaire porté par Brigitte Bardot.
Plaquer la jupe était donc une libération?
Ce n'est pas si simple. Le triomphe du pantalon dans les années 1960 coïncide avec celui de la minijupe. Les jeunes femmes d'alors se libèrent en portant soit le pantalon, le jean notamment, soit la minijupe, bien différente de la jupe imposée aux filles dans les écoles. Ce que veulent les femmes est la possibilité de s'habiller comme elles le veulent, en jupe ou en pantalon. Or, aujourd'hui encore, ce choix n'est pas partout possible, puisque certaines professions exigent le port obligatoire de la jupe. Songez que c'est seulement en 2005 que les hôtesses d'Air France ont gagné le droit au pantalon, avec la collection de Christian Lacroix.
C'est ce que font valoir les nouvelles féministes, les Ni putes ni soumises, par exemple, qui utilisent la jupe comme symbole du droit à la féminité.
Dès 2003, le mouvement Ni putes ni soumises a revendiqué le droit à la féminité en l'associant au droit à la jupe. L'association a mis en évidence le fait que la jupe est interprétée comme un signal de disponibilité sexuelle. De fait, beaucoup de filles, pour préserver leur réputation et leur tranquillité, adoptent le pantalon, notamment au collège. Ce constat n'est pas spécifique aux quartiers défavorisés. D'ailleurs, l'initiative de la Journée de la jupe est née dans un lycée catholique, non loin de Rennes. Tous les milieux sociaux sont concernés. Ce qui est frappant, c'est qu'au moment où ce droit à la féminité est proclamé on semble oublier que la jupe était un vêtement imposé aux femmes et que le pantalon leur était interdit. Il est curieux de voir ainsi affirmer comme un droit une obligation qui n'est pas si ancienne.
Est-ce le signe d'un renversement de valeurs entre deux générations de féministes?
Non, les féministes d'aujourd'hui, comme celles des années 1970, revendiquent la liberté de choix. Ni putes ni soumises dénonce le fait que le pantalon soit imposé aux filles de la même manière qu'il y a quarante ans les féministes dénonçaient la jupe obligatoire et toutes les contraintes esthétiques imposées aux femmes.
Vous consacrez une bonne partie de votre livre à la jupe pour hommes. La jupe reste-t-elle un (des seuls) privilège(s) féminin(s)?
La jupe, une aspiration à la liberté que revendique Jean Paul Gaultier, dès 1985, dans ses collections pour hommes.
p. verdy / AFP
La jupe, une aspiration à la liberté que revendique Jean Paul Gaultier, dès 1985, dans ses collections pour hommes.
Je pensais que ce sujet occuperait quelques lignes de mon livre, car je croyais que les jupes pour hommes avaient été un échec, depuis les premiers modèles de Jean Paul Gaultier, en 1985. En réalité, cela a beaucoup changé ces toutes dernières années. Aujourd'hui, une association milite pour le port de la jupe masculine et il en est beaucoup question sur Internet. Les hommes en jupe revendiquent le droit de s'habiller comme ils le souhaitent, en s'inspirant de l'argumentaire féministe sur le droit de choisir. J'espère que ce mouvement se développera. Mais ce ne sera pas facile. La jupe pour hommes provoque des réactions d'homophobie, car elle est perçue comme une effémination. Ce serait pourtant bon signe que, dans une démocratie, une aspiration à la liberté ne se heurte pas à la violence, au rejet et à l'exclusion. La jupe soulève à sa manière la question du genre et de la sexualité pour les femmes et les hommes. En faire un vêtement mixte nous ferait sortir de l'ancien régime vestimentaire, qui différencie à l'extrême les deux genres.
La jupe, symbole d'oppression ou de libération?
Ce que soulève la jupe, de Christine Bard,Autrement, 17€. En librairie le 3 mars.
La jupe? Nouveau manifeste féministe!
http://www.lesquotidiennes.com/symbole/la-jupe-nouveau-manifeste-f%C3%A9ministe.html
MODE | 16:32 Isabelle Adjani la revendique comme un acte de liberté, l'anti-burqa par excellence, tandis qu'une historienne de la mode montre comment la jupe est devenue symbole de résistance dans les cités.
La jupe en majesté dans les défilés 2010
La jupe en majesté dans les défilés 2010
MCM | 23-02-2010 | 16:32
En même temps que le contraignant soutien-gorge, c'est la jupe, sauf la mini, que les féministes des années 70 jetèrent aux orties! Pour être jeune, moderne, affranchie, libre dans son corps et l'égale de l'homme, il fallait porter le pantalon, si possible le jean's.
Logique:la jupe oblige à serrer les jambes ou à les croiser, force à être pudiques, réservées, et donc à moins occuper l'espace public.
Renouveau
Mais les temps changent et les significations aussi. Objet de contrainte il y a 40 ans, la jupe est aujourd'hui l'étendard d'un nouveau féminisme. Dans un monde où montrer ses jambes suffit à être traitée de pute, la jupe est un signe fort, celui de la fierté d'être femme.
La haine des femmes
C'est d'ailleurs le message d'Isabelle Adjani, le 9 février au soir, quand elle a remercié le jury des Globe de Cristal de l'avoir récompensée pour son rôle d'enseignante dans "La Journée de la Jupe", de Jean-Paul Lilienfeld.
«Je suis très fière d’être en jupe devant vous ce soir. Fière car cette jupe est un manifeste qui, plus que jamais, doit être porté. Cette jupe, c’est celle que portent des milliers de jeunes filles et de femmes pour affirmer qu’elles refusent que l’on confonde l’islam avec l’aliénation et l’assujettissement des femmes.
Une jupe, ce n’est qu’un bout de tissu, mais qu’elle soit courte ou longue, son symbole peut nous aider à gagner une bataille contre l’obscurantisme. Et même contre ce qu’il faut bien appeler la haine des femmes. Alors, cette jupe, c’est justement l’anti-niqab, l’anti-burqa.»
Epopée d'un vêtement ouvert
Sujette à de multiples métamorphoses, portée d'abord par les hommes avant de devenir le vêtement féminin par excellence, la jupe fait l'objet d'une étude passionnante, à paraître le 3 mars aux Editions Autrement. Son auteure, Christine Bard, est professeure d'histoire contemporaine à l'université d'Angers.
Pourquoi a-t-elle eu envie d'en faire l'épopée? " La jupe a envahi l’actualité, bousculé mon agenda, et pris le pas sur un pantalon qui a beaucoup perdu, aujourd’hui, de sa force subversive, lorsqu’il est porté par une femme. On ne peut en dire autant de la jupe pour homme ..."
Or, comme le remarque l'historienne, si les féministes ont gagné la bataille de la liberté vestimentaire (jupe ou pantalon au choix), elles ont perdu celle de l'égalité puisque les vêtements féminins ne sont jamais devenus unisexes.
Pourtant, des comités d'hommes voulant porter la jupe existent, et même se multiplient. Mais leurs revendications font gentiment sourire ou grogner les plus machos. L'homophobie guette. Une aspiration à la liberté que revendique Jean Paul Gaultier depuis 1985, date de ses premières collections pour hommes.
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