Livres 18/11/1999 Libération
«Pour une autre histoire du temps présent» Gérard Noiriel
Par JEAN-BAPTISTE MARONGIU
Né en 1950, Gérard Noiriel est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et dirige, chez Belin, la revue pluridisciplinaire Genèses. Sciences sociales et histoire. Auteur notamment du Creuset français: histoire de l'immigration, XIX-XXe siècle (Le Seuil, 1988), cet ancien élève de Madeleine Rebérioux est intervenu aussi dans les débats qui secouent sa discipline avec Sur la crise de l'histoire (Belin, 1996). Dans la lignée des Annales, Gérard Noiriel affectionne les temps longs de l'histoire sociale.
Tout le monde met l'accent sur la rupture entre la IIIe République et le régime de Vichy. Pourquoi en soulignez-vous les continuités?
En fait, je n'ai pas vraiment cherché, dans ce livre, à souligner les «continuités» entre la IIIe République et Vichy. La question continuité/rupture est un thème qu'affectionne l'histoire événementielle mais qui n'a pas grand-chose à voir avec la perspective socio-historique en «longue durée» que j'ai adoptée dans ce livre. Ma préoccupation centrale, c'est de comprendre comment le passé républicain a pu peser, contradictoirement, sur le présent de Vichy.
Ne craignez-vous que le mot «origines» dans le titre de votre livre ne prête à des équivoques?
Ce n'est pas moi qui ai soulevé la question des origines républicaines de Vichy. Il s'agit là d'un vieux débat que j'ai tenté d'éclairer en me situant dans la perspective de la «longue durée» chère aux Annales. Même si, sur le plan directement politique, le régime de Vichy marque une rupture radicale avec la démocratie républicaine, cela ne signifie pas que toutes les traces du passé républicain aient disparu comme par enchantement du jour au lendemain. D'où l'intérêt d'identifier ces «traces» (dans le langage, les façons de pensée, les institutions, etc.) et de voir dans quelle mesure elles ont facilité ou au contraire entravé l'action des partisans de Vichy. Naturellement, mettre au jour les déterminismes du passé dans le présent ne signifie pas nier l'importance des choix politiques individuels. Je n'ignore pas que, sous Vichy, certains ont collaboré, alors que d'autres s'engageaient dans la Résistance. Mais l'approche en «longue durée» permet, par exemple, de montrer que la politique de ségrégation développée par Pétain a été facilitée par le fait que certaines formes d'exclusion que les républicains de la première heure avaient rejetées (concernant notamment les Français d'origine étrangère et la population colonisée) ont été finalement intégrées dans les lois de la République et du coup, sont devenues légitimes, «normales», pour la majorité des gens.
Pourquoi faire une place si importante à la classe ouvrière dans la rupture du compromis républicain?
La première crise que traverse la IIIe République au moment de l'Affaire Dreyfus a été résolue au prix d'un compromis politique qui a permis de soutenir vigoureusement le développement du capitalisme industriel sans sacrifier les intérêts de la paysannerie et de la petite-bourgeoisie. Ce compromis s'est construit sur le dos du prolétariat, composé pour une bonne part de travailleurs immigrés exclus des droits politiques mais aussi de la plupart des droits professionnels et sociaux concédés aux citoyens français. Mais, au moment de la crise des années 1930, ce même prolétariat revendique sa place dans la société française et se tourne massivement vers le PCF, le seul parti n'ayant pas été associé au compromis politique antérieur. D'où une radicalisation de la lutte des classes et l'affrontement bloc contre bloc qui débouchera sur Vichy.
Peut-on affirmer sans se contredire que la IIIe République n'a pas de législation antisémite mais qu'elle anticipe les moyens bureaucratiques, légaux, voire idéologiques, de la politique raciale de Vichy?
L'Etat républicain a «inventé» des façons de penser et des instruments qui ont joué un rôle contradictoire sous Vichy. Par exemple, il est bien certain qu'en refusant de mentionner la religion des personnes dans les actes d'état civil, la IIIe République a privé la police pétainiste et les nazis d'un moyen efficace pour identifier les victimes des persécutions antisémites. Mais, inversement, le fait que cette même République ait élaboré des fichiers d'étrangers qui étaient sans doute les plus perfectionnés au monde a facilité le travail de répression, notamment à l'égard des juifs qui n'avaient pas la nationalité française.
N'est-ce pas un peu spécieux de placer la rupture non pas aux niveaux des définitions des problèmes mais seulement au niveau des solutions?
En affirmant que Vichy a cherché des solutions nouvelles à une question posée antérieurement par la République, je n'ai fait que reprendre à mon compte un constat banal. Un grand nombre d'auteurs ont souligné que la Révolution française a placé le «peuple» au coeur de toute la vie politique moderne. C'est pourquoi la question de l'intégration des classes populaires dans l'Etat-nation est un problème crucial pour la IIIe République. Mais il l'est aussi pour le gouvernement de Vichy. Ce qui oppose les deux régimes, c'est que la IIIe République a joué la carte de la démocratie (l'intégration conçue comme participation des citoyens à la vie de la nation), alors que Vichy plaide pour une «communauté organique» qui liquide la démocratie et livre en fait tout le pouvoir à la bureaucratie.
Pourquoi critiquez-vous les historiens du «temps présent»?
Dans mon premier chapitre, je rends hommage à la contribution importante que ce courant de la recherche historique a apportée à l'historiographie de Vichy. Dans ses derniers livres, Henry Rousso a ouvert une discussion sur le statut de l'histoire du temps présent que je prolonge dans cet ouvrage en donnant mon avis sur la question de l'expertise, des rapports histoire/mémoire, etc. Mais je constate, à travers les premiers comptes rendus de mon travail, que les historiens du temps présent (certains d'entre eux en tout cas), ne sont pas vraiment désireux de nourrir le débat. Les vieux réflexes positivistes reprennent le dessus. La critique se focalise sur des points de détail pour éviter d'aborder les problèmes de fond. Ce genre de pratique illustre parfaitement l'une des dimensions de la «crise» de l'histoire que j'ai analysée. En dépit des propos lénifiants sur la «nécessité du débat en histoire», il n'est pas possible d'avoir une discussion sereine et respectant la diversité des approches. Si je plaide dans ce livre pour une autre histoire du temps présent, ce n'est nullement pour nier l'intérêt de celle qui se pratique aujourd'hui. C'est seulement parce que je crois, qu'en ce domaine aussi, le pluralisme doit être défendu. L'histoire en «longue durée» et l'histoire «événementielle» pourraient s'enrichir mutuellement au lieu de prolonger indéfiniment les querelles de légitimité.
Quelle est la part de l'histoire dans la mémoire collective?
Voilà une question de fond qui mériterait d'être débattue sérieusement! Je pense que la «mémoire» ne se réduit pas aux souvenirs, ni aux discours sur le passé véhiculés par les porte-parole des partis ou des associations. Je dis dans mon livre que la fonction sociale de l'histoire ne peut pas se limiter à l'expertise du passé. Je crois qu'il est important de maintenir vivante ce que j'appelle la «tradition critique» qui se tourne vers l'histoire pour éclairer les relations de pouvoir propres au monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, tradition qui a été défendue en France aussi bien par Durkheim que Marc Bloch, Foucault ou Bourdieu. Le fait que la IIIe République ait succombé à la facilité qui consiste à résoudre les problèmes du jour par des moyens de plus en plus autoritaires, bureaucratiques, concédant l'essentiel du pouvoir aux experts de Sciences-Po a incontestablement facilité les entreprises réactionnaires du régime de Vichy. Même si le monde d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec l'entre-deux-guerres, il est nécessaire de méditer sur cette expérience pour affronter de façon peut-être plus lucide les problèmes de notre présent, que ce soit à propos des «sans-papiers», des nouveaux fichiers concoctés par la police ou des pouvoirs conférés aux experts qui nous gouvernent. Il s'agit là, à mes yeux, d'une dimension très importante de la fonction sociale de l'historien. Elle n'est d'ailleurs pas contradictoire avec la perspective défendue par les historiens du temps présent. C'est pourquoi je n'arrive pas à comprendre pourquoi ceux-ci ne veulent pas lui accorder la place qu'elle mérite.
mercredi 20 janvier 2010
Enseigner l'histoire c'est enseigner un mythe.
Tribune 30/11/1998 à 15h24
Enseigner l'histoire c'est enseigner un mythe.
La polémique sur la réhabilitation des mutins de 1917 repose aussi sur une vision sacralisée des Etats
Par SUZANNE CITRON
Personne, pendant la querelle autour de la réhabilitation des mutins de la guerre de 14, personne n'a pensé, ou osé, remettre en cause le discours officiel de l'Union sacrée de la Première Guerre, qui fait partie de notre mémoire collective: «Les Français partaient combattre pour la civilisation contre la barbarie des Boches dont les cadavres sentiront plus mauvais que ceux des Français.»
Aujourd'hui, des historiens parlent plutôt de Brutalization («ensauvagement»), concept inventé par l'Américain George Mossen qui réinterprète la vraie dimension de la guerre de 14-18: une barbarie partagée des deux côtés, qui va engendrer les totalitarismes du XXe siècle. Réhabiliter les mutins de 1917 dans la mémoire nationale, ce n'est pas encore oser une mémoire critique de cette guerre, qui serait d'ailleurs une mémoire européenne , celle de la folie partagée des nationalismes d'Etat légitimant (du côté allemand comme du côté français), la justesse de la guerre. Ce débat est un exemple des prudences et des hésitations des concepteurs de programmes et des auteurs de manuels scolaires à l'heure où l'on parle d'alléger ou plutôt de repenser l'héritage qui pèse sur l'enseignement de l'histoire.
Refaisons l'histoire de l'histoire dans l'Education nationale. Rappelons que les historiens européens du XIXe siècle ont sacralisé leurs Etats-nations en enfouissant leur origine dans un passé mythique. En France, c'est le mythe d'une France-Gaule, nation-essence, toujours présente en filigrane. «La France comme dogme et comme religion» avait écrit Michelet. Les grandes divisions traditionnelles autour desquelles on continue de répartir la matière historique entre les classes secondaires Antiquité, Moyen Age, Temps modernes, Epoque contemporaine sont datées. La notion de «moyen âge» est une invention des humanistes des XVe - XVIe siècles; le XVIIe siècle l'a ensuite encadrée par deux événements repères, la chute de l'Empire romain et la prise de Constantinople en 1453. L'expression de medium aevum (en latin de l'époque) évoquait les temps obscurs et grossiers qui séparaient des «temps modernes» une Antiquité prestigieuse, redécouverte comme une véritable «Renaissance».
Ce découpage avait une signification intellectuelle et idéologique. L'Antiquité restait la source prestigieuse de leur culture. L'histoire commençait avec l'écriture. Il fallut alors inventer un mot, «préhistoire», pour rajouter, en amont de «l'histoire», un passé humain que de prodigieuses découvertes rendirent de plus en plus épais.
L'histoire reposait aussi sur la bonne conscience européenne sincèrement convaincue de la supériorité de la civilisation blanche. Le progrès linéaire de l'humanité était en marche avec l'européanisation du monde. Cette historiographie s'appuyait aussi sur l'idée d'un «miracle grec», concept mis en cause par les progrès de l'archéologie et les travaux d'historiens comme J.-P. Vernant ou de M.I. Finley.
Ne pourrait-on aujourd'hui rompre avec une convention historiographique qui décrypte le passé en une succession de périodes codées par des hommes de lettres européens entre le XVIe et le XIXe siècle? Cette périodisation ne fait plus sens pour l'humanité d'aujourd'hui, dont l'espace historique est planétaire et pour les individus aux identités complexes. De nouvelles questions sur le passé, sont donc à formuler. La notion d'échelle du temps serait à introduire. Car la représentation du passé est différente, selon qu'on l'expose et qu'on l'explique en longue et en courte durée. Les repères traditionnels sèment la confusion qui juxtaposent les millénaires de l'Antiquité, les siècles du Moyen Age, la décennie de la Révolution française" dans une même pseudo-continuité.
Repenser l'enseignement de l'histoire supposerait d'inventer une nouvelle manière de programmer, de distancier critiquement la matière historique. Dans le tissu d'une histoire commune planétaire, nationale, européenne on introduirait des séquences, éclairant un épisode ou un problème. L'étude d'un aspect particulier serait obligatoire ou laissée au libre choix de l'enseignant(e), de l'équipe pour répondre à une demande locale, à l'explication d'un événement. L'histoire aujourd'hui devrait, comme l'ont écrit Christian Delacroix et Patrick Garcia, «aider à vivre les multiples niveaux d'appartenance de l'individu contemporain et à prendre de la distance avec chacun d'eux pour construire son propre horizon de choix».
Suzanne Citron est professeur d'histoire, auteur du «Mythe national» (Ed. de l'Atelier, 1991).
Enseigner l'histoire c'est enseigner un mythe.
La polémique sur la réhabilitation des mutins de 1917 repose aussi sur une vision sacralisée des Etats
Par SUZANNE CITRON
Personne, pendant la querelle autour de la réhabilitation des mutins de la guerre de 14, personne n'a pensé, ou osé, remettre en cause le discours officiel de l'Union sacrée de la Première Guerre, qui fait partie de notre mémoire collective: «Les Français partaient combattre pour la civilisation contre la barbarie des Boches dont les cadavres sentiront plus mauvais que ceux des Français.»
Aujourd'hui, des historiens parlent plutôt de Brutalization («ensauvagement»), concept inventé par l'Américain George Mossen qui réinterprète la vraie dimension de la guerre de 14-18: une barbarie partagée des deux côtés, qui va engendrer les totalitarismes du XXe siècle. Réhabiliter les mutins de 1917 dans la mémoire nationale, ce n'est pas encore oser une mémoire critique de cette guerre, qui serait d'ailleurs une mémoire européenne , celle de la folie partagée des nationalismes d'Etat légitimant (du côté allemand comme du côté français), la justesse de la guerre. Ce débat est un exemple des prudences et des hésitations des concepteurs de programmes et des auteurs de manuels scolaires à l'heure où l'on parle d'alléger ou plutôt de repenser l'héritage qui pèse sur l'enseignement de l'histoire.
Refaisons l'histoire de l'histoire dans l'Education nationale. Rappelons que les historiens européens du XIXe siècle ont sacralisé leurs Etats-nations en enfouissant leur origine dans un passé mythique. En France, c'est le mythe d'une France-Gaule, nation-essence, toujours présente en filigrane. «La France comme dogme et comme religion» avait écrit Michelet. Les grandes divisions traditionnelles autour desquelles on continue de répartir la matière historique entre les classes secondaires Antiquité, Moyen Age, Temps modernes, Epoque contemporaine sont datées. La notion de «moyen âge» est une invention des humanistes des XVe - XVIe siècles; le XVIIe siècle l'a ensuite encadrée par deux événements repères, la chute de l'Empire romain et la prise de Constantinople en 1453. L'expression de medium aevum (en latin de l'époque) évoquait les temps obscurs et grossiers qui séparaient des «temps modernes» une Antiquité prestigieuse, redécouverte comme une véritable «Renaissance».
Ce découpage avait une signification intellectuelle et idéologique. L'Antiquité restait la source prestigieuse de leur culture. L'histoire commençait avec l'écriture. Il fallut alors inventer un mot, «préhistoire», pour rajouter, en amont de «l'histoire», un passé humain que de prodigieuses découvertes rendirent de plus en plus épais.
L'histoire reposait aussi sur la bonne conscience européenne sincèrement convaincue de la supériorité de la civilisation blanche. Le progrès linéaire de l'humanité était en marche avec l'européanisation du monde. Cette historiographie s'appuyait aussi sur l'idée d'un «miracle grec», concept mis en cause par les progrès de l'archéologie et les travaux d'historiens comme J.-P. Vernant ou de M.I. Finley.
Ne pourrait-on aujourd'hui rompre avec une convention historiographique qui décrypte le passé en une succession de périodes codées par des hommes de lettres européens entre le XVIe et le XIXe siècle? Cette périodisation ne fait plus sens pour l'humanité d'aujourd'hui, dont l'espace historique est planétaire et pour les individus aux identités complexes. De nouvelles questions sur le passé, sont donc à formuler. La notion d'échelle du temps serait à introduire. Car la représentation du passé est différente, selon qu'on l'expose et qu'on l'explique en longue et en courte durée. Les repères traditionnels sèment la confusion qui juxtaposent les millénaires de l'Antiquité, les siècles du Moyen Age, la décennie de la Révolution française" dans une même pseudo-continuité.
Repenser l'enseignement de l'histoire supposerait d'inventer une nouvelle manière de programmer, de distancier critiquement la matière historique. Dans le tissu d'une histoire commune planétaire, nationale, européenne on introduirait des séquences, éclairant un épisode ou un problème. L'étude d'un aspect particulier serait obligatoire ou laissée au libre choix de l'enseignant(e), de l'équipe pour répondre à une demande locale, à l'explication d'un événement. L'histoire aujourd'hui devrait, comme l'ont écrit Christian Delacroix et Patrick Garcia, «aider à vivre les multiples niveaux d'appartenance de l'individu contemporain et à prendre de la distance avec chacun d'eux pour construire son propre horizon de choix».
Suzanne Citron est professeur d'histoire, auteur du «Mythe national» (Ed. de l'Atelier, 1991).
Faut-il une «maison de l’histoire de France» ?
Culture 09/10/2009 à 00h00
Faut-il une «maison de l’histoire de France» ?
Par NICOLAS OFFENSTADT maître de conférence en histoire contemporaine à l’université Paris-I
Les couloirs bruissent de mille rumeurs sur le grand projet culturel de l’ère Sarkozy, «la maison de l’histoire de France» : est-ce vraiment une priorité du Président ? Un beau discours dont on ne sait s’il deviendra réalité ? Et, si les choses avancent, dans quel lieu : Fontainebleau, Vincennes, les Invalides ou ailleurs ? Débats et lobbyings, en appert ou en couvert, ne cessent pas. Il y a peu, le maire de Verdun écrivait encore au ministre de la Culture pour que sa ville ne soit pas oubliée. Les rapports de force politiques et administratifs suscités par le projet ne doivent pas masquer les enjeux de fonds posés par la création, au XXIe siècle, d’un musée d’histoire de France. Ils sont de trois ordres, du moins pour l’instant : celui du format «France», celui du discours qui sous-tend le musée et enfin celui du lieu d’implantation.
On conçoit aisément que, dans un pays où l’histoire enseignée et racontée tient une grande place, un projet muséographique moderne et d’ampleur soit un bel enjeu de diffusion des connaissances. Il paraît cependant bien étriqué de vouloir le limiter à la seule «histoire de France». Alors que la mondialisation des économies et des sociétés ne cesse d’être évoquée comme une contrainte, parfois un atout, pour l’ensemble des Etats-Nations, comment imaginer qu’un musée d’histoire du XXIe siècle ne donne pas à cette échelle une place centrale ? Les historiens renouvellent depuis des années leurs réflexions sur les échanges entre les espaces, d’un continent l’autre. L’Europe est devenue une autre échelle centrale. Surtout, les développements récents ont montré combien la construction de cet espace politique suscitait d’interrogations, de méfiances et de discours de rejet. Une «maison de l’histoire» à dimension européenne serait sans aucun doute une manière heureuse d’ouvrir des lieux de connaissances, de dialogues et d’apprentissages.
A vrai dire, si l’échelle privilégiée est celle du format France, c’est moins le résultat d’une réflexion pédagogique, savante et critique que de la mise en place d’un projet largement idéologique, celui, pour faire bref, d’un «sarkozysme historique», qui diagnostique une «crise identitaire» du pays. Il faut donc un remède tout aussi identitaire : une injection rassurante de roman national. Il suffit de lire les rapports qui préparent le musée pour y trouver cet appel à une histoire centrée sur l’Etat-Nation et les grands hommes, à la recherche de «l’âme» et des «origines» de la France. Frédéric Mitterrand affirmait récemment : «Il faut un lieu pour remettre l’histoire, toute l’histoire, en perspective. Les gens ne connaissent plus leur chronologie. Je veux un lieu qui incarne tout cela.» Mais une chronologie n’est rien sans l’analyse qui l’accompagne et le regard critique sur sa construction. Ne peut-on voir plutôt, avec Gérard Noiriel, l’histoire dans l’espace public comme un terrain où les historiens offrent une matière à l’esprit critique, avec le savoir le plus ajusté, mais en laissant les citoyens prendre et comprendre selon leurs questions, leurs besoins et leurs luttes. Las, l’enjeu est ailleurs : la lettre de mission envoyée le 31 mars par Nicolas Sarkozy et François Fillon au nouveau ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, Eric Besson, comportait une section titrée «La promotion de notre identité nationale doit être au cœur de votre action». Il y est précisé que le ministère de l’Identité nationale prendra part à la mise en place du musée.
Les lieux évoqués attestent enfin de l’orientation donnée. En priorité des grands monuments du pouvoir monarchique. Le discours porté par de tels lieux est si évident que Frédéric Mitterrand se voit obligé d’ouvrir le jeu :«L’histoire de France ne se résume pas à celle de la monarchie. Je veux donc que soit également étudiée la possibilité de construction d’un nouvel espace, dans un lieu qui reste encore à déterminer.»A lire les rapports préparatoires, les gens de peu, les identités de ceux qui ont vécu en France, les sexes et les genres n’ont qu’à bien se tenir, garder en silence leurs passés pour se subsumer dans la grande histoire du pouvoir, de la construction de la Nation. Pour un musée de la France en majesté, rien de tel qu’un beau château. Evidemment, si la «maison de l’histoire» devait retracer celle des femmes et des hommes de peine, des Antillais et des Ch’tis, des homos et des hétéros, des ouvriers et des paysans, on ne voit pas pourquoi le prestige du lieu passerait par l’inscription dans la France d’Ancien Régime. Une telle «maison de l’histoire» pourrait très bien investir de grands sites industriels désaffectés ou d’anciens logements ouvriers, qui diraient autre chose que les bals de la Cour. Mais est-ce bien de cela dont le pouvoir veut parler ?
Faut-il une «maison de l’histoire de France» ?
Par NICOLAS OFFENSTADT maître de conférence en histoire contemporaine à l’université Paris-I
Les couloirs bruissent de mille rumeurs sur le grand projet culturel de l’ère Sarkozy, «la maison de l’histoire de France» : est-ce vraiment une priorité du Président ? Un beau discours dont on ne sait s’il deviendra réalité ? Et, si les choses avancent, dans quel lieu : Fontainebleau, Vincennes, les Invalides ou ailleurs ? Débats et lobbyings, en appert ou en couvert, ne cessent pas. Il y a peu, le maire de Verdun écrivait encore au ministre de la Culture pour que sa ville ne soit pas oubliée. Les rapports de force politiques et administratifs suscités par le projet ne doivent pas masquer les enjeux de fonds posés par la création, au XXIe siècle, d’un musée d’histoire de France. Ils sont de trois ordres, du moins pour l’instant : celui du format «France», celui du discours qui sous-tend le musée et enfin celui du lieu d’implantation.
On conçoit aisément que, dans un pays où l’histoire enseignée et racontée tient une grande place, un projet muséographique moderne et d’ampleur soit un bel enjeu de diffusion des connaissances. Il paraît cependant bien étriqué de vouloir le limiter à la seule «histoire de France». Alors que la mondialisation des économies et des sociétés ne cesse d’être évoquée comme une contrainte, parfois un atout, pour l’ensemble des Etats-Nations, comment imaginer qu’un musée d’histoire du XXIe siècle ne donne pas à cette échelle une place centrale ? Les historiens renouvellent depuis des années leurs réflexions sur les échanges entre les espaces, d’un continent l’autre. L’Europe est devenue une autre échelle centrale. Surtout, les développements récents ont montré combien la construction de cet espace politique suscitait d’interrogations, de méfiances et de discours de rejet. Une «maison de l’histoire» à dimension européenne serait sans aucun doute une manière heureuse d’ouvrir des lieux de connaissances, de dialogues et d’apprentissages.
A vrai dire, si l’échelle privilégiée est celle du format France, c’est moins le résultat d’une réflexion pédagogique, savante et critique que de la mise en place d’un projet largement idéologique, celui, pour faire bref, d’un «sarkozysme historique», qui diagnostique une «crise identitaire» du pays. Il faut donc un remède tout aussi identitaire : une injection rassurante de roman national. Il suffit de lire les rapports qui préparent le musée pour y trouver cet appel à une histoire centrée sur l’Etat-Nation et les grands hommes, à la recherche de «l’âme» et des «origines» de la France. Frédéric Mitterrand affirmait récemment : «Il faut un lieu pour remettre l’histoire, toute l’histoire, en perspective. Les gens ne connaissent plus leur chronologie. Je veux un lieu qui incarne tout cela.» Mais une chronologie n’est rien sans l’analyse qui l’accompagne et le regard critique sur sa construction. Ne peut-on voir plutôt, avec Gérard Noiriel, l’histoire dans l’espace public comme un terrain où les historiens offrent une matière à l’esprit critique, avec le savoir le plus ajusté, mais en laissant les citoyens prendre et comprendre selon leurs questions, leurs besoins et leurs luttes. Las, l’enjeu est ailleurs : la lettre de mission envoyée le 31 mars par Nicolas Sarkozy et François Fillon au nouveau ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, Eric Besson, comportait une section titrée «La promotion de notre identité nationale doit être au cœur de votre action». Il y est précisé que le ministère de l’Identité nationale prendra part à la mise en place du musée.
Les lieux évoqués attestent enfin de l’orientation donnée. En priorité des grands monuments du pouvoir monarchique. Le discours porté par de tels lieux est si évident que Frédéric Mitterrand se voit obligé d’ouvrir le jeu :«L’histoire de France ne se résume pas à celle de la monarchie. Je veux donc que soit également étudiée la possibilité de construction d’un nouvel espace, dans un lieu qui reste encore à déterminer.»A lire les rapports préparatoires, les gens de peu, les identités de ceux qui ont vécu en France, les sexes et les genres n’ont qu’à bien se tenir, garder en silence leurs passés pour se subsumer dans la grande histoire du pouvoir, de la construction de la Nation. Pour un musée de la France en majesté, rien de tel qu’un beau château. Evidemment, si la «maison de l’histoire» devait retracer celle des femmes et des hommes de peine, des Antillais et des Ch’tis, des homos et des hétéros, des ouvriers et des paysans, on ne voit pas pourquoi le prestige du lieu passerait par l’inscription dans la France d’Ancien Régime. Une telle «maison de l’histoire» pourrait très bien investir de grands sites industriels désaffectés ou d’anciens logements ouvriers, qui diraient autre chose que les bals de la Cour. Mais est-ce bien de cela dont le pouvoir veut parler ?
Guy Môquet : effacement de l'histoire et culte mémoriel
Guy Môquet : effacement de l'histoire et culte mémoriel
Tribune 19/10/2007
Par treize historiens du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (htt://cvuh.free.fr)
COQUERY-VIDROVITCH Catherine
NOIRIEL Gérard
RIOT-SARCEY Michèle
SCHILL Pierre
APRILE Sylvie
AUNOBLE Eric
CHAMBARLHAC Vincent
DE COCK-PIERREPONT Laurence
DORIGNY Marcel
LE TROCQUER Olivier
MESNARD Eric
SORIANO Eric
Lundi 22 octobre, la dernière lettre de Guy Môquet sera l'occasion d'une lecture publique et officielle qui aurait pu passer pour une cérémonie de plus dans le panthéon résistant. Il n'en est rien : c'est un véritable programme commémoratif que le Bulletin officiel de l'Education nationale du 30 août organise dans les lycées. Promotion soudaine d'une figure patriotique exemplaire, place centrale accordée à l'école pour la lecture d'une «lettre», dimension principalement nationale de la célébration : tout cela n'est pas sans susciter des interrogations sur les causes profondes de cette fabrique à «flux tendu» d'un héros pour la jeunesse.
Dès le 16 mai, de façon surprenante, le premier geste du nouveau pouvoir a consisté à réinventer la mémoire résistante : la dernière lettre de Guy Môquet, promue au rang d'archive exemplaire, est surajoutée à la commémoration des fusillés de la cascade du bois de Boulogne. Image de l'émotion officielle, objet de la «première décision» présidentielle, cette lecture devient une affaire d'Etat. Cet usage politique, en instrumentalisant le passé de la Résistance, fait obstacle à une connaissance véritablement réflexive de celui-ci, Guy Môquet semble se résumer à sa mort, aux adieux à sa famille et à ses amis qui ponctuent sa dernière lettre. La Résistance est réduite à la seule perspective du sacrifice. Ainsi, la spécificité du combat de Guy Môquet est-elle éludée : le caractère communiste de son engagement, la singularité de son courage au moment où le Parti communiste, interdit par la République dès 1939, ne résistait pas encore officiellement, sont escamotés. De même, son arrestation par la police française, l'intervention des autorités de Vichy qui désignent spécifiquement parmi les otages une liste de militants communistes à fusiller sont passées sous silence. Toutes les singularités et les complexités de la Résistance disparaissent derrière l'écran blanc d'une dernière lettre sortie de son contexte.
On pourrait supposer que les enseignants chargés de lire la lettre aient précisément pour tâche de restituer ce contexte et ces enjeux. Mais la façon dont la cérémonie est prévue par le texte, et déjà organisée en plusieurs lieux, montre que la visée première n'est pas la réflexion mais la communion : tout est fait pour que l'école fabrique un mythe patriote en lieu et place d'une interrogation critique, aussi chargée d'émotion puisse-t-elle être. C'est en effet une cérémonie de monument aux morts qui est prévue dans certains établissements, inventée pour l'occasion. Entre usage rugbystique de la lettre et cérémonie scolaire, tout se passe comme s'il s'agissait de mettre en place des bataillons de la mémoire dont les enseignants seraient les nouveaux «hussards noirs». Les dernières annonces officielles confirment le sens initial donné à cette cérémonie : obligation de la lecture au même titre que les programmes, ravivage de la flamme à l'Arc de triomphe le 22 octobre, affirmation qu'aucune institution autre que les lycées n'est «plus légitime pour accueillir ce témoignage et pour associer devoir de mémoire et acte pédagogique» (le Monde du 18 octobre). Or le recours à l'expression «devoir de mémoire», aujourd'hui récusée par les historiens, montre l'ampleur du contresens : faire de la mémoire une injonction à se souvenir rend l'acte pédagogique difficilement compatible avec le travail de l'historien.
Tout cela paraît donner à l'exercice mémoriel une double visée : restauration de l'ordre social et restauration de l'unité nationale. L'ordre cérémoniel est la traduction de la lettre aux éducateurs : retour à la hiérarchie, aux «valeurs» et au vouvoiement. Guy Môquet le militant est utilisé à contre-emploi par le message présidentiel : «Aimez la France car c'est votre pays et que vous n'en avez pas d'autre» (discours du 16 mai). L'union sacrale, dont l'école doit être la garante, permet ainsi d'effacer toute «tache» mémorielle : de la responsabilité de l'Etat français dans la déportation et l'extermination des Juifs à la non-reconnaissance des massacres coloniaux, de la répression du 17 octobre 1961 à l'oubli des anciens combattants «ex-colonisés», etc.
On peut observer une singulière concomitance entre la monumentalisation de la figure de Guy Môquet et la marginalisation de Vichy et des guerres d'Indochine et d'Algérie dans certains nouveaux programmes scolaires ; entre la réinvention d'une mémoire résistante et les créations successives d'une Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie et d'un Institut d'études sur l'immigration et l'intégration, sur fond de projets de musées régionaux tendant à exalter l'oeuvre coloniale de la France. On peut enfin trouver que la célébration de l'amour exclusif de la patrie devant un public de lycéens comprenant des élèves sans papiers que le gouvernement entreprend d'expulser confère à cette cérémonie un caractère objectivement cynique.
Signe de la «fin de la repentance», la célébration d'un Guy Môquet purement patriote, transformé en figure sacrificielle du devoir de mémoire, recrée un culte unanimiste de la nation en escamotant les enjeux les plus actuels de la recherche et de l'enseignement de l'histoire. Chaque acteur de l'espace scolaire jugera de l'attitude qui lui paraît la plus juste, mais il ne nous apparaît pas possible, en tant qu'enseignants comme en tant que chercheurs, de cautionner un tel risque de confusion mémorielle.
Tribune 19/10/2007
Par treize historiens du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (htt://cvuh.free.fr)
COQUERY-VIDROVITCH Catherine
NOIRIEL Gérard
RIOT-SARCEY Michèle
SCHILL Pierre
APRILE Sylvie
AUNOBLE Eric
CHAMBARLHAC Vincent
DE COCK-PIERREPONT Laurence
DORIGNY Marcel
LE TROCQUER Olivier
MESNARD Eric
SORIANO Eric
Lundi 22 octobre, la dernière lettre de Guy Môquet sera l'occasion d'une lecture publique et officielle qui aurait pu passer pour une cérémonie de plus dans le panthéon résistant. Il n'en est rien : c'est un véritable programme commémoratif que le Bulletin officiel de l'Education nationale du 30 août organise dans les lycées. Promotion soudaine d'une figure patriotique exemplaire, place centrale accordée à l'école pour la lecture d'une «lettre», dimension principalement nationale de la célébration : tout cela n'est pas sans susciter des interrogations sur les causes profondes de cette fabrique à «flux tendu» d'un héros pour la jeunesse.
Dès le 16 mai, de façon surprenante, le premier geste du nouveau pouvoir a consisté à réinventer la mémoire résistante : la dernière lettre de Guy Môquet, promue au rang d'archive exemplaire, est surajoutée à la commémoration des fusillés de la cascade du bois de Boulogne. Image de l'émotion officielle, objet de la «première décision» présidentielle, cette lecture devient une affaire d'Etat. Cet usage politique, en instrumentalisant le passé de la Résistance, fait obstacle à une connaissance véritablement réflexive de celui-ci, Guy Môquet semble se résumer à sa mort, aux adieux à sa famille et à ses amis qui ponctuent sa dernière lettre. La Résistance est réduite à la seule perspective du sacrifice. Ainsi, la spécificité du combat de Guy Môquet est-elle éludée : le caractère communiste de son engagement, la singularité de son courage au moment où le Parti communiste, interdit par la République dès 1939, ne résistait pas encore officiellement, sont escamotés. De même, son arrestation par la police française, l'intervention des autorités de Vichy qui désignent spécifiquement parmi les otages une liste de militants communistes à fusiller sont passées sous silence. Toutes les singularités et les complexités de la Résistance disparaissent derrière l'écran blanc d'une dernière lettre sortie de son contexte.
On pourrait supposer que les enseignants chargés de lire la lettre aient précisément pour tâche de restituer ce contexte et ces enjeux. Mais la façon dont la cérémonie est prévue par le texte, et déjà organisée en plusieurs lieux, montre que la visée première n'est pas la réflexion mais la communion : tout est fait pour que l'école fabrique un mythe patriote en lieu et place d'une interrogation critique, aussi chargée d'émotion puisse-t-elle être. C'est en effet une cérémonie de monument aux morts qui est prévue dans certains établissements, inventée pour l'occasion. Entre usage rugbystique de la lettre et cérémonie scolaire, tout se passe comme s'il s'agissait de mettre en place des bataillons de la mémoire dont les enseignants seraient les nouveaux «hussards noirs». Les dernières annonces officielles confirment le sens initial donné à cette cérémonie : obligation de la lecture au même titre que les programmes, ravivage de la flamme à l'Arc de triomphe le 22 octobre, affirmation qu'aucune institution autre que les lycées n'est «plus légitime pour accueillir ce témoignage et pour associer devoir de mémoire et acte pédagogique» (le Monde du 18 octobre). Or le recours à l'expression «devoir de mémoire», aujourd'hui récusée par les historiens, montre l'ampleur du contresens : faire de la mémoire une injonction à se souvenir rend l'acte pédagogique difficilement compatible avec le travail de l'historien.
Tout cela paraît donner à l'exercice mémoriel une double visée : restauration de l'ordre social et restauration de l'unité nationale. L'ordre cérémoniel est la traduction de la lettre aux éducateurs : retour à la hiérarchie, aux «valeurs» et au vouvoiement. Guy Môquet le militant est utilisé à contre-emploi par le message présidentiel : «Aimez la France car c'est votre pays et que vous n'en avez pas d'autre» (discours du 16 mai). L'union sacrale, dont l'école doit être la garante, permet ainsi d'effacer toute «tache» mémorielle : de la responsabilité de l'Etat français dans la déportation et l'extermination des Juifs à la non-reconnaissance des massacres coloniaux, de la répression du 17 octobre 1961 à l'oubli des anciens combattants «ex-colonisés», etc.
On peut observer une singulière concomitance entre la monumentalisation de la figure de Guy Môquet et la marginalisation de Vichy et des guerres d'Indochine et d'Algérie dans certains nouveaux programmes scolaires ; entre la réinvention d'une mémoire résistante et les créations successives d'une Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie et d'un Institut d'études sur l'immigration et l'intégration, sur fond de projets de musées régionaux tendant à exalter l'oeuvre coloniale de la France. On peut enfin trouver que la célébration de l'amour exclusif de la patrie devant un public de lycéens comprenant des élèves sans papiers que le gouvernement entreprend d'expulser confère à cette cérémonie un caractère objectivement cynique.
Signe de la «fin de la repentance», la célébration d'un Guy Môquet purement patriote, transformé en figure sacrificielle du devoir de mémoire, recrée un culte unanimiste de la nation en escamotant les enjeux les plus actuels de la recherche et de l'enseignement de l'histoire. Chaque acteur de l'espace scolaire jugera de l'attitude qui lui paraît la plus juste, mais il ne nous apparaît pas possible, en tant qu'enseignants comme en tant que chercheurs, de cautionner un tel risque de confusion mémorielle.
Manifeste du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire (17 juin 2005)
Manifeste du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire
(adopté le 17 juin 2005)
En tant que chercheurs et enseignants en histoire, notre rôle principal consiste à élaborer et à transmettre des connaissances rigoureuses sur le passé. Celles-ci résultent d’une analyse critique des sources disponibles, et répondent à des questions qui ont pour but de mieux comprendre les phénomènes historiques et non pas de les juger. Mais les historiens ne vivent pas dans une tour d’ivoire. Depuis le XIXe siècle, le contexte politique et social a joué un rôle essentiel dans le renouvellement de leurs objets d’étude. Les luttes ouvrières, le mouvement féministe, la mobilisation collective contre le racisme, l’antisémitisme et la colonisation, ont incité certains d’entre eux à s’intéresser aux « exclus » de l’histoire officielle, même si la France est restée à la traîne de ces mutations.
Il y a donc un rapport étroit entre la recherche historique et la mémoire collective, mais ces deux façons d’appréhender le passé ne peuvent pas être confondues. S’il est normal que les acteurs de la vie publique soient enclins à puiser dans l’histoire des arguments pour justifier leurs causes ou leurs intérêts, en tant qu’enseignants-chercheurs nous ne pouvons pas admettre l’instrumentalisation du passé. Nous devons nous efforcer de mettre à la disposition de tous les connaissances et les questionnements susceptibles de favoriser une meilleure compréhension de l’histoire, de manière à nourrir l’esprit critique des citoyens, tout en leur fournissant des éléments qui leur permettront d’enrichir leur propre jugement politique, au lieu de parler à leur place.
Les enjeux de mémoire aujourd’hui
Les tentatives visant à mettre l’histoire au service de la politique ont été nombreuses depuis un siècle. Le nationalisme et le stalinisme ont montré que lorsque les historiens et, au-delà, l’ensemble des intellectuels renonçaient à défendre l’autonomie de la pensée critique, les conséquences ne pouvaient être que désastreuses pour la démocratie. Au cours de la période récente, les manipulations du passé se sont multipliées. Les « négationnistes », ces « assassins de la mémoire » (Pierre Vidal Naquet), ont cherché à travestir l’histoire de la Shoah pour servir les thèses de l’extrême droite. Aujourd’hui, l’enjeu principal concerne la question coloniale. Dans plusieurs communes du sud de la France, on a vu apparaître des stèles et des plaques célébrant des activistes de l’OAS qui ont pourtant été condamnés par la justice pour leurs activités anti-républicaines. Tout récemment, le gouvernement n’a pas hésité à adopter une loi (23 février 2005) exigeant des enseignants qu’ils insistent sur « le rôle positif » de la colonisation.
Cette loi est non seulement inquiétante parce qu’elle est sous-tendue par une vision conservatrice du passé colonial, mais aussi parce qu’elle traduit le profond mépris du pouvoir à l’égard des peuples colonisés et du travail des historiens. Cette loi reflète une tendance beaucoup plus générale. L’intervention croissance du pouvoir politique et des médias dans des questions d’ordre historique tend à imposer des jugements de valeur au détriment de l’analyse critique des phénomènes. Les polémiques sur la mémoire se multiplient et prennent un tour de plus en plus malsain. Certains n’hésitent pas à établir des palmarès macabres, visant à hiérarchiser les victimes des atrocités de l’histoire, voire à opposer les victimes entre elles. On voit même des militants, soucieux de combattre les injustices et les inégalités de la France actuelle, se placer sur le terrain de leurs adversaires, en confondant les polémiques sur le passé et les luttes sociales d’aujourd’hui. Présenter les laissés pour compte de la société capitaliste actuelle comme des « indigènes de la République », c’est raisonner sur le présent avec les catégories d’hier, c’est se laisser piéger par ceux qui ont intérêt à occulter les problèmes fondamentaux de la société française, en les réduisant à des enjeux de mémoire.
Il existe beaucoup d’autres domaines où les historiens sont confrontés à ces logiques partisanes. La multiplication des « lieux de mémoire » dénonçant les « horreurs de la guerre » ou célébrant « la culture d’entreprise » tend à imposer une vision consensuelle de l’histoire, qui occulte les conflits, la domination, les révoltes et les résistances. Les débats d’actualité ignorent les acquis de la recherche historique et se contentent, le plus souvent, d’opposer un « passé » paré de toutes les vertus, à un présent inquiétant et menaçant : « Autrefois, les immigrés respectaient « nos » traditions car ils voulaient « s’intégrer ». Aujourd’hui, ils nous menacent et vivent repliés dans leurs communautés. Autrefois, les ouvriers luttaient pour de bonnes raisons, aujourd’hui ils ne pensent qu’à défendre des intérêts « corporatistes », encouragés par des intellectuels « populistes » et irresponsables ».
Nous en avons assez d’être constamment sommés de dresser des bilans sur les aspects « positifs » ou « négatifs » de l’histoire. Nous refusons d’être utilisés afin d’arbitrer les polémiques sur les « vraies » victimes des atrocités du passé. Ces discours ne tiennent compte ni de la complexité des processus historiques, ni du rôle réel qu’ont joué les acteurs, ni des enjeux de pouvoir du moment. Au bout du compte, les citoyens qui s’interrogent sur des problèmes qui les ont parfois (eux ou leur famille) directement affectés, sont privés des outils qui leur permettraient de les comprendre.
La nécessité de l’action collective
Il est vrai qu’un certain nombre d’entre nous ont tiré depuis longtemps la sonnette d’alarme dans des livres ou des articles de presse. Mais ces réactions individuelles sont aujourd’hui insuffisantes. L’information-spectacle et l’obsession de l’audimat poussent constamment à la surenchère, valorisant les provocateurs et les amuseurs publics, au détriment des historiens qui ont réalisé des recherches approfondies, prenant en compte la complexité du réel. Pour résister efficacement à ces entreprises, il faut donc agir collectivement. C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui refusent que l’histoire soit livrée en pâture aux entrepreneurs de mémoire à rejoindre notre Comité de vigilance. Deux domaines de réflexion et d’action nous semblent prioritaires :
1. L’enseignement de l’histoire. Le débat actuel sur l’histoire coloniale illustre un malaise beaucoup plus général concernant l’enseignement de notre discipline, et l’énorme décalage qui existe entre les avancées de la recherche et le contenu des programmes. Il faudrait commencer par établir un état des lieux, pour réduire le fossé entre recherche et enseignement, réfléchir à une élaboration plus démocratique et transparente des programmes, pour que les différents courants de la recherche historique soient traités de façon équitable.
2. Les usages de l’histoire dans l’espace public. Il va de soi que notre rôle n’est pas de régenter la mémoire, Nous ne nous considérons pas comme des experts qui détiendraient la Vérité sur le passé. Notre but est simplement de faire en sorte que les connaissances et les questionnements que nous produisons soient mis à la disposition de tous. Pour cela il faut ouvrir une vaste réflexion sur les usages publics de l’histoire, et proposer des solutions qui permettront de résister plus efficacement aux tentatives d’instrumentalisation du passé.
(adopté le 17 juin 2005)
En tant que chercheurs et enseignants en histoire, notre rôle principal consiste à élaborer et à transmettre des connaissances rigoureuses sur le passé. Celles-ci résultent d’une analyse critique des sources disponibles, et répondent à des questions qui ont pour but de mieux comprendre les phénomènes historiques et non pas de les juger. Mais les historiens ne vivent pas dans une tour d’ivoire. Depuis le XIXe siècle, le contexte politique et social a joué un rôle essentiel dans le renouvellement de leurs objets d’étude. Les luttes ouvrières, le mouvement féministe, la mobilisation collective contre le racisme, l’antisémitisme et la colonisation, ont incité certains d’entre eux à s’intéresser aux « exclus » de l’histoire officielle, même si la France est restée à la traîne de ces mutations.
Il y a donc un rapport étroit entre la recherche historique et la mémoire collective, mais ces deux façons d’appréhender le passé ne peuvent pas être confondues. S’il est normal que les acteurs de la vie publique soient enclins à puiser dans l’histoire des arguments pour justifier leurs causes ou leurs intérêts, en tant qu’enseignants-chercheurs nous ne pouvons pas admettre l’instrumentalisation du passé. Nous devons nous efforcer de mettre à la disposition de tous les connaissances et les questionnements susceptibles de favoriser une meilleure compréhension de l’histoire, de manière à nourrir l’esprit critique des citoyens, tout en leur fournissant des éléments qui leur permettront d’enrichir leur propre jugement politique, au lieu de parler à leur place.
Les enjeux de mémoire aujourd’hui
Les tentatives visant à mettre l’histoire au service de la politique ont été nombreuses depuis un siècle. Le nationalisme et le stalinisme ont montré que lorsque les historiens et, au-delà, l’ensemble des intellectuels renonçaient à défendre l’autonomie de la pensée critique, les conséquences ne pouvaient être que désastreuses pour la démocratie. Au cours de la période récente, les manipulations du passé se sont multipliées. Les « négationnistes », ces « assassins de la mémoire » (Pierre Vidal Naquet), ont cherché à travestir l’histoire de la Shoah pour servir les thèses de l’extrême droite. Aujourd’hui, l’enjeu principal concerne la question coloniale. Dans plusieurs communes du sud de la France, on a vu apparaître des stèles et des plaques célébrant des activistes de l’OAS qui ont pourtant été condamnés par la justice pour leurs activités anti-républicaines. Tout récemment, le gouvernement n’a pas hésité à adopter une loi (23 février 2005) exigeant des enseignants qu’ils insistent sur « le rôle positif » de la colonisation.
Cette loi est non seulement inquiétante parce qu’elle est sous-tendue par une vision conservatrice du passé colonial, mais aussi parce qu’elle traduit le profond mépris du pouvoir à l’égard des peuples colonisés et du travail des historiens. Cette loi reflète une tendance beaucoup plus générale. L’intervention croissance du pouvoir politique et des médias dans des questions d’ordre historique tend à imposer des jugements de valeur au détriment de l’analyse critique des phénomènes. Les polémiques sur la mémoire se multiplient et prennent un tour de plus en plus malsain. Certains n’hésitent pas à établir des palmarès macabres, visant à hiérarchiser les victimes des atrocités de l’histoire, voire à opposer les victimes entre elles. On voit même des militants, soucieux de combattre les injustices et les inégalités de la France actuelle, se placer sur le terrain de leurs adversaires, en confondant les polémiques sur le passé et les luttes sociales d’aujourd’hui. Présenter les laissés pour compte de la société capitaliste actuelle comme des « indigènes de la République », c’est raisonner sur le présent avec les catégories d’hier, c’est se laisser piéger par ceux qui ont intérêt à occulter les problèmes fondamentaux de la société française, en les réduisant à des enjeux de mémoire.
Il existe beaucoup d’autres domaines où les historiens sont confrontés à ces logiques partisanes. La multiplication des « lieux de mémoire » dénonçant les « horreurs de la guerre » ou célébrant « la culture d’entreprise » tend à imposer une vision consensuelle de l’histoire, qui occulte les conflits, la domination, les révoltes et les résistances. Les débats d’actualité ignorent les acquis de la recherche historique et se contentent, le plus souvent, d’opposer un « passé » paré de toutes les vertus, à un présent inquiétant et menaçant : « Autrefois, les immigrés respectaient « nos » traditions car ils voulaient « s’intégrer ». Aujourd’hui, ils nous menacent et vivent repliés dans leurs communautés. Autrefois, les ouvriers luttaient pour de bonnes raisons, aujourd’hui ils ne pensent qu’à défendre des intérêts « corporatistes », encouragés par des intellectuels « populistes » et irresponsables ».
Nous en avons assez d’être constamment sommés de dresser des bilans sur les aspects « positifs » ou « négatifs » de l’histoire. Nous refusons d’être utilisés afin d’arbitrer les polémiques sur les « vraies » victimes des atrocités du passé. Ces discours ne tiennent compte ni de la complexité des processus historiques, ni du rôle réel qu’ont joué les acteurs, ni des enjeux de pouvoir du moment. Au bout du compte, les citoyens qui s’interrogent sur des problèmes qui les ont parfois (eux ou leur famille) directement affectés, sont privés des outils qui leur permettraient de les comprendre.
La nécessité de l’action collective
Il est vrai qu’un certain nombre d’entre nous ont tiré depuis longtemps la sonnette d’alarme dans des livres ou des articles de presse. Mais ces réactions individuelles sont aujourd’hui insuffisantes. L’information-spectacle et l’obsession de l’audimat poussent constamment à la surenchère, valorisant les provocateurs et les amuseurs publics, au détriment des historiens qui ont réalisé des recherches approfondies, prenant en compte la complexité du réel. Pour résister efficacement à ces entreprises, il faut donc agir collectivement. C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui refusent que l’histoire soit livrée en pâture aux entrepreneurs de mémoire à rejoindre notre Comité de vigilance. Deux domaines de réflexion et d’action nous semblent prioritaires :
1. L’enseignement de l’histoire. Le débat actuel sur l’histoire coloniale illustre un malaise beaucoup plus général concernant l’enseignement de notre discipline, et l’énorme décalage qui existe entre les avancées de la recherche et le contenu des programmes. Il faudrait commencer par établir un état des lieux, pour réduire le fossé entre recherche et enseignement, réfléchir à une élaboration plus démocratique et transparente des programmes, pour que les différents courants de la recherche historique soient traités de façon équitable.
2. Les usages de l’histoire dans l’espace public. Il va de soi que notre rôle n’est pas de régenter la mémoire, Nous ne nous considérons pas comme des experts qui détiendraient la Vérité sur le passé. Notre but est simplement de faire en sorte que les connaissances et les questionnements que nous produisons soient mis à la disposition de tous. Pour cela il faut ouvrir une vaste réflexion sur les usages publics de l’histoire, et proposer des solutions qui permettront de résister plus efficacement aux tentatives d’instrumentalisation du passé.
l'Appel des 19 (12 décembre 2005)
Pierre Nora à l'origine de l'Appel des 19 du 12/12/2005:
L'appel du 12 décembre 2005, à l'origine de l'association Liberté pour l'Histoire, soutient les principes suivants :
L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.
L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique.
L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui.
L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas.
L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. C’est en violation de ces principes que des articles de lois successives – notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 – ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites. Nous demandons l’abrogation de ces dispositions législatives indignes d’un régime démocratique.
Les signataires :
Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock.
Dates autour des lois mémorielles (pour le cours)
Eléments d'une première chronologie établie à partir de la lecture de L'histoire bling-bling de N.Offenstadt (éditions Stock, 2009), du CVUH. Complétée à partir d'internet.
Loi dite Gayssot du 13 juillet 1990 contre le négationnisme crée le délit de « contestation de crime contre l’humanité ».
Juillet 1995 : Chirac reconnait les responsabilités de l’Etat français dans la déportation des Juifs du pays.
11 novembre 1998 : Discours de Lionel Jospin (1er ministre) : évocation publique des fusillés de la Grande Guerre (mutins de 1917).
2000: Journée à la mémoire des victimes des crimes racistes et anitsémites de l’Eatf français et journée d’hommage aux Justes de France.
Loi du 29 janvier 2001 portant reconnaissance du génocide arménien.
Loi dite Taubira du 21 mai 2001 sur la traite et l’esclavage, reconnus en tant que crime contre l’humanité et qui demande à ce que les programmes colaires accordent « à la traite négrière et à l’esclavage la place qu’ils méritent ».
2003 :Journée d’hommage aux harkis
Janvier 2005: appel des « Indigènes de la République »
Loi du 23 février 2005: article 4 « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française d’Outre-Mer, notamment en afrique du Nord » (« aspects positifs de la colonisation »)= injonction aux enseignants de présenter l’histoire d’une certaine manière (seule loi normative)
17 juin 2005 : manifeste du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) : réagir aux instrumentalisations du passé « ces mémoires (concurrentes) existent et nul ne peut ordonner qu’elles se taisent »
Idée d’un hommage national pour dernier Poilu (quel lieu ?)
Déc.2005 : commémorer les 200 ans d’Austerlitz (cf celui qui a rétabli l’esclavage) ?
9 déc.2005 : Chirac : « respect des mémoires de chacun, des mémoires parfois blessées et qui constituent chez beaucoup de nos compatriotes une part de leur identité »
12 déc. : appel dit des « 19 » demande l’abrogation de l’ensemble des lois dites « mémorielles » qui entraveraient la « liberté » de l’historien et du chercheur (pétition et création de l’association « Liberté pour l’histoire »)
20 déc : pétition en réponse à l’appel des 19 « ne mélangeons pas tout »
2006: Journée de l’abolition de l’esclavage
12 oct 2006 : proposition de loi adoptée complétant celle de janvier 2001 (contre contestation du génocide arménien)
2007: Réticences des deux derniers Poilus (Lazare Ponticelli et Louis de Cazenave ) à un hommage national
Campagne présidentielle ; thème de l’offrande faite à la France de sa vie par Guy Môquet- janvier 2007 cf thème de campagne sur grave « crise d’identité » de la France
Avril 2007 : décision-cadre du Conseil des ministres européen qui établit le délit d’apologie, de négation ou de « banalisation grossière » de génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre à caractère raciste.
Dès le 15 mai, le premier geste du nouveau pouvoir consiste à réinventer la mémoire résistante : la dernière lettre de Guy Moquet, promue au rang d’Archive exemplaire, est surajoutée à la commémoration des Fusillés de la Cascade du Bois de Boulogne.
19/10/2007 : Article Libération « Guy Môquet : effacement de l'histoire et culte mémoriel » par CVUH
22 oct cérémonie de lecture de la lettre de Guy Môquet et lire aussi ici
Janvier 2008, Lazare Ponticelli se ravise et accepte une forme d’hommage national mais simple.
Février 2008 : proposition que les élèves de Cm2 prennent en charge la mémoire des enfants victimes de la Shoah ..
12-19 mars : mise en scène de la mort du dernier Poilu, Lazare Ponticelli -aux Invalides-.
27 juin : Brice Hortefeux : « ras le bol de Vichy ! »
Oct 2008 : Henry Guaino (conseiller pdt) « chacun peut avoir sa propre lecture de l’histoire (…) l’historien n’a strictement rien à dire là-dessus »
Oct 2008 : Appel de Blois lancé l’association « Liberté pour l’histoire » et P.Nora : dénonce l’écriture de l’histoire « sous la dictée des mémoires concurrentielles » ; dde un « coup d’arrêt à la dérive des lois mémorielles »-
11 oct 2008 « Liberté pour l’histoire » de P.Nora (article dans le monde)
8 novembre 2008"Les historiens n’ont pas le monopole de la mémoire" du par Catherine Coquery-Vidrovitch, Gilles Manceron et Gérard Noiriel : réponse à P.Nora
11 Novembre 2008 : évocation par le président Sarkozy des fusillés.
12 nov 2008 : rapport Kaspi : commémorer la nation (contre les « mémoires » des « communautés ») : unité de la France
18 novembre 2008 : le rapport Accoyer sur les « questions mémorielles » relaie les inquiétudes des historiens de Liberté pour l’histoire.
Loi dite Gayssot du 13 juillet 1990 contre le négationnisme crée le délit de « contestation de crime contre l’humanité ».
Juillet 1995 : Chirac reconnait les responsabilités de l’Etat français dans la déportation des Juifs du pays.
11 novembre 1998 : Discours de Lionel Jospin (1er ministre) : évocation publique des fusillés de la Grande Guerre (mutins de 1917).
2000: Journée à la mémoire des victimes des crimes racistes et anitsémites de l’Eatf français et journée d’hommage aux Justes de France.
Loi du 29 janvier 2001 portant reconnaissance du génocide arménien.
Loi dite Taubira du 21 mai 2001 sur la traite et l’esclavage, reconnus en tant que crime contre l’humanité et qui demande à ce que les programmes colaires accordent « à la traite négrière et à l’esclavage la place qu’ils méritent ».
2003 :Journée d’hommage aux harkis
Janvier 2005: appel des « Indigènes de la République »
Loi du 23 février 2005: article 4 « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française d’Outre-Mer, notamment en afrique du Nord » (« aspects positifs de la colonisation »)= injonction aux enseignants de présenter l’histoire d’une certaine manière (seule loi normative)
17 juin 2005 : manifeste du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) : réagir aux instrumentalisations du passé « ces mémoires (concurrentes) existent et nul ne peut ordonner qu’elles se taisent »
Idée d’un hommage national pour dernier Poilu (quel lieu ?)
Déc.2005 : commémorer les 200 ans d’Austerlitz (cf celui qui a rétabli l’esclavage) ?
9 déc.2005 : Chirac : « respect des mémoires de chacun, des mémoires parfois blessées et qui constituent chez beaucoup de nos compatriotes une part de leur identité »
12 déc. : appel dit des « 19 » demande l’abrogation de l’ensemble des lois dites « mémorielles » qui entraveraient la « liberté » de l’historien et du chercheur (pétition et création de l’association « Liberté pour l’histoire »)
20 déc : pétition en réponse à l’appel des 19 « ne mélangeons pas tout »
2006: Journée de l’abolition de l’esclavage
12 oct 2006 : proposition de loi adoptée complétant celle de janvier 2001 (contre contestation du génocide arménien)
2007: Réticences des deux derniers Poilus (Lazare Ponticelli et Louis de Cazenave ) à un hommage national
Campagne présidentielle ; thème de l’offrande faite à la France de sa vie par Guy Môquet- janvier 2007 cf thème de campagne sur grave « crise d’identité » de la France
Avril 2007 : décision-cadre du Conseil des ministres européen qui établit le délit d’apologie, de négation ou de « banalisation grossière » de génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre à caractère raciste.
Dès le 15 mai, le premier geste du nouveau pouvoir consiste à réinventer la mémoire résistante : la dernière lettre de Guy Moquet, promue au rang d’Archive exemplaire, est surajoutée à la commémoration des Fusillés de la Cascade du Bois de Boulogne.
19/10/2007 : Article Libération « Guy Môquet : effacement de l'histoire et culte mémoriel » par CVUH
22 oct cérémonie de lecture de la lettre de Guy Môquet et lire aussi ici
Janvier 2008, Lazare Ponticelli se ravise et accepte une forme d’hommage national mais simple.
Février 2008 : proposition que les élèves de Cm2 prennent en charge la mémoire des enfants victimes de la Shoah ..
12-19 mars : mise en scène de la mort du dernier Poilu, Lazare Ponticelli -aux Invalides-.
27 juin : Brice Hortefeux : « ras le bol de Vichy ! »
Oct 2008 : Henry Guaino (conseiller pdt) « chacun peut avoir sa propre lecture de l’histoire (…) l’historien n’a strictement rien à dire là-dessus »
Oct 2008 : Appel de Blois lancé l’association « Liberté pour l’histoire » et P.Nora : dénonce l’écriture de l’histoire « sous la dictée des mémoires concurrentielles » ; dde un « coup d’arrêt à la dérive des lois mémorielles »-
11 oct 2008 « Liberté pour l’histoire » de P.Nora (article dans le monde)
8 novembre 2008"Les historiens n’ont pas le monopole de la mémoire" du par Catherine Coquery-Vidrovitch, Gilles Manceron et Gérard Noiriel : réponse à P.Nora
11 Novembre 2008 : évocation par le président Sarkozy des fusillés.
12 nov 2008 : rapport Kaspi : commémorer la nation (contre les « mémoires » des « communautés ») : unité de la France
18 novembre 2008 : le rapport Accoyer sur les « questions mémorielles » relaie les inquiétudes des historiens de Liberté pour l’histoire.
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