dimanche 6 juin 2010

L'Observatoire de la parité accueille le "CLER amour et famille"

L'Observatoire de la parité accueille le "CLER amour et famille"

Cafouillage - Écrit par Isabelle Germain - Mercredi, 02 Juin 2010 16:17

Eclectique ! La nouvelle composition de l’Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes attendue depuis plus d’un an est ouverte à tous les courants, y compris certains... qui peuvent parfois jouer contre l'égalité.
« De nombreux hommes, des personnalités venues de tous les milieux - de l'armée aux entreprises, petites ou grandes, des partenaires sociaux aux associations et aux parlementaires » se réjouit Chantal Brunel, rapporteure de l’Observatoire et députée UMP.

A côté du planning familial qui milite pour le remboursement de la contraception, de quelques associations féministes, de chercheurs et de représentants de la société civile se glisse Jean-Eudes Tesson. Officiellement, il représente le Medef, dont il est en effet un des membres, mais il est aussi et surtout président de « CLER amour et famille ». Cette association s’est distinguée il y a peu en condamnant le film « Le baiser de la lune » destiné à favoriser une meilleure acceptation des homosexuels. Et, sur le site de cette association, des contorsions de langage réprouvent, sans le dire ouvertement, la contraception et l’avortement. Curieux casting pour un observatoire qui est supposé pointer du doigt et des études les obstacles à l’émancipation des femmes.

La seule femme en réunion ? Youpi !

La seule femme en réunion ? Youpi !
Réunion
http://yahoo.mamantravaille.fr/maman_travaille/2010/06/la-seule-femme-en-r%C3%A9union-youpi-.html

Alors que certaines se désolent d'être entourée d'une assemblée de collègues mâles, d'autres adorent ça. Maman travaille est allé interroger ces travailleuses politiquement incorrectes...

"J'ai commencé à travailler à 20 ans " raconte Sabine, 32 ans aujourd'hui. "J'étais souvent la plus jeune. dans l'agence où je travaillais, je suis passée d'assistante stagiaire à chef de pub, puis en deux ans, chef de groupe et enfin directrice de clientèle." Aujourd'hui, Sabine vit à Londres où elle est directrice générale adjointe d'une agence de publicité. "A mon niveau, il y a peu d'hommes. je suis toujours la plus jeune de l'assemblée mais aussi souvent la seule femme".

Dès les premiers jours, Sabine singe les hommes: "Je faisais comme eux, je parlais fort, fumais en travaillant, une fois j'ai même mis une cravate !" se souvient-elle. Loin d'être un cas à part, les femmes qui tentent de se fondre dans un comportement masculin sont légion, à commencer par les fonctions non féminisées. Ainsi, Françoise Gri, présidente de Manpower s'est-elle longtemps appelée "président", avant l'intervention de blogueuses féministes mécontentes de cette appellation.

Sabine sent qu'elle dépasse les bornes quand elle se met à noter les secrétaires sur leur physique, comme les autres membres de la réunion. "Là, j'ai mis un grand stop à tout ça. Je leur ai dit: à partir d'aujourd'hui, on ne fume plus, on ne jure plus, on ne note plus les secrétaires sur leur cul !"

Pour Iris en revanche, dès le début, être une femme a été perçu comme un atout. Cette RRH de 28 ans "fait la fille" comme elle dit. Elle porte des talons aiguilles et des robes "fashion". "En 4 ans, je n'ai jamais réglé un seul rétroprojecteur. Il se trouve toujours un homme pour le faire pour moi." Elle va même plus loin en abusant presque de son genre: "Je n'ai jamais payé un déjeuner d'affaires de ma vie. Mes notes de frais sont ridiculement basses, il se trouve toujours un galant homme bien élevé pour m'inviter, ou me raccompagner" dit-elle, à la limite de la pique-assiette.

Katia, qui travaille dans le bâtiment et les travaux publics, joue quant à elle sur le terrain de la mamma. "Tous les matins je fais le café pour toute mon équipe: que des hommes. Je vais chercher les croissants par exemple quand on bosse le week-end et ces attentions, ces qualités féminines font qu'ils me trouvent maternante et agréable" estime cette mère de trois enfants.

Et vous ? Comment vous comportez-vous quand vous êtes la seule femme de l'assemblée ? Est-ce que vous vous posez la question, est-ce que vous restez naturelle, est-ce que vous crachez par terre ou est-ce que vous forcez le trait quitte à jouer à la fifille ?

Visite au pays du " Care "

Visite au pays du " Care "
LEMONDE.FR | 06.06.10 | 06h58


Envoyée spéciale à lille

Martine Aubry, la maire socialiste de Lille, "la Ville de la solidarité", le 14 février 2008, sur le marché de Wazemmes.
AFP/PHILIPPE HUGUEN
Martine Aubry, la maire socialiste de Lille, "la Ville de la solidarité", le 14 février 2008, sur le marché de Wazemmes.

C'est pour eux qu'elle s'est lavée, a tiré en arrière ses cheveux roux aux racines blanchies et s'est faite belle. " Les voir, ça me donne vraiment envie de faire tout mon possible pour vivre. J'attends la visite. J'aime pas la solitude. J'ai quatre enfants mais ils me disent “Maman, j'ai pas le temps”. "
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Safia Ahalqas vit le plus souvent recluse dans un minuscule deux-pièces encombré de bibelots. Assis à ses côtés, Clarisse et Baptiste l'entourent de leur sollicitude. "Alors, madame Ahalqas, ça va la santé ? Et votre tension ?"Les deux jeunes gens, étonnés eux-mêmes de jouer un rôle si précieux, sont en "visite de courtoisie".

Comme huit autres volontaires du service civil embauchés par la Ville de Lille, ils frappent à la porte des personnes âgées qui n'ont plus guère de contacts avec l'extérieur, pour détecter d'éventuels problèmes, ou simplement leur apporter les informations qui ne leur parviennent pas, pour épauler, aussi, les assistantes sociales si débordées qu'elles n'ont plus le loisir de faire la conversation.

Tout en devisant, Clarisse et Baptiste passent en revue les derniers papiers reçus par la vieille dame, remplissent ceux qui doivent l'être, la lettre de la mairie pour la canicule, les rendez-vous à l'hôpital, la demande de studio en résidence locative. Et la semaine prochaine, toujours d'accord pour aller un matin tous ensemble au marché de Wazemmes ? Plutôt deux fois qu'une ! Mme Ahalqas est tout sourire. "En fait, j'aime rigoler", pouffe-t-elle dans l'escalier qu'elle se donne la peine de descendre pour les raccompagner. La bise.

RETOUR DU MUSETTE

Cette tournée des personnes isolées figure au catalogue des très nombreuses initiatives lancées en 2006, cinq années après l'accession de Martine Aubry à la tête de Lille, sous l'appellation "Lille ville de la solidarité", nous explique-t-on en mairie. Sous-entendu : le " care ", ici, n'est pas né de la dernière pluie médiatique.

Voilà belle lurette que l'on travaille au "vivre bien ensemble", en tentant de combler les vides de l'action sociale classique : travailler au porte-à-porte auprès des habitants, faciliter le lien social, les rencontres entre Lillois d'âges, de milieux sociaux et culturels distincts… Avec évaluation systématique des projets lancés.

La "Ville de la solidarité", côté seniors, a aussi donné naissance à un Pass ouvrant droit à des réductions dans les commerces et les activités culturelles et sportives, histoire d'inciter les personnes âgées à sortir, à se mêler aux autres.Dernière idée en date, recréer les bals de leur jeunesse, pour occuper les trop longs dimanches après-midi.

Le premier musette a eu lieu le 30 mai. En pleine Fête des mères, les épouses de notaires du Lion's Club ont gracieusement tenu la buvette. D'autres bénévoles (parmi les quelque 150 "ambassadeurs de la solidarité" inscrits sur les fichiers de la ville) ont fait valser ces dames, après parfois être allés les chercher chez elles. Seul l'orchestre a coûté des sous.

Le "care", comprend-on, fonctionne sur ce mode, économique et loin de l'assistanat. Violette Spillebout, "Mme Care" à la mairie, n'est d'ailleurs pas chargée de la solidarité mais de la "mobilisation citoyenne et solidaire".

Nuance de taille. La mairie lance un projet, dont elle assure la logistique de départ, expliquant, mettant les uns et les autres en relation, organisant la communication de lancement. Puis le suivi. Mais laisse au très dense tissu associatif local, et aux bénévoles qu'elle tente constamment de mobiliser, puis veille à valoriser, le soin de faire vivre l'idée.

Bref, "on donne l'impulsion à des choses qui devraient se faire naturellement, mais ne se font plus", et on espère que les citoyens s'en emparent. Du coup, Mme la maire peut se targuer de ne pas avoir augmenté les impôts locaux depuis quatre ans, tout en maintenant à un haut niveau (22,1 millions d'euros) les subventions aux associations.

L'ATOME DÉCRYPTÉ

Penchés sur un livre de maths, au fond d'une salle de l'immense lycée Baggio, dans le quartier défavorisé de Moulins, nous retrouvons Thibault et Rodrigue, qu'une évidente complicité semble lier. Le premier est élève de l'Ensam, une école d'ingénieurs, le second peine franchement sur les maths et la physique de seconde, mais voudrait bien passer en S.

Depuis novembre, comme une trentaine d'autres élèves du lycée, Rodrigue bénéficie d'un parrainage étudiant d'une heure par semaine. "Cela donne de l'ambition à nos élèves", constate le proviseur. "L'atome, sans lui, j'aurais jamais compris, jure Rodrigue, qui apprécie d'être aidé par quelqu'un d'à peine plus âgé. C'est mieux qu'un cours, il a le temps de m'expliquer, et il me donne les trucs qu'il avait trouvés, à l'époque, pour comprendre."

Le futur ingénieur savoure le plaisir de voir progresser les notes de son élève. Et se doute vaguement qu'"apprendre à adapter son discours, à expliquer clairement, patiemment" ne peut pas nuire quand on s'apprête à diriger des équipes.



Une quarantaine d'établissements d'enseignement supérieur de Lille et des environs parrainent des collégiens et lycéens de milieu modeste, repérés pour leur potentiel et leur motivation. La mairie, qui a porté le projet, a tenu à ce qu'il ne se cantonne pas au simple soutien scolaire, mais s'enrichisse de sorties théâtre, expositions, visites d'entreprises…


La ville encourage, offre des places à tarifs réduits, sollicite des patrons pour des visites, comme elle le fait pour un autre type de parrainage, entre clubs sportifs de quartier et entreprises. Elle fait encore l'intermédiaire entre des familles aisées et d'autres qui roulent moins sur l'or, pour que ces dernières confient leur enfant le temps des vacances.

L'accès aux vacances et aux loisirs, autre leitmotiv du "care" version lilloise – pour cause : la moitié des habitants ne part pas. La mairie propose des séjours à moins de 200 euros à des familles démunies dans des hébergements classiques (hôtels, locations…) dont elle négocie sec les tarifs. Invente les vacances au pied de l'immeuble.

L'hiver, les sports de neige investissent la halle de glisse. L'été, les gamins s'initient à l'équitation dans un "ranch". Et surtout, depuis 2006, le temps de Lille Plage, profitent du sable et de grands bassins de natation installés dans les très populaires quartiers sud de l'agglomération. Affluence démente tous les ans. De là, des départs à la vraie mer sont organisés, en TER, pour 1 euro.

Au-delà de ces initiatives de solidarité, "le 'care' se diffuse dans l'ensemble de la politique municipale. C'est une autre vision de la vie en société, et donc de la ville", plaide Audrey Linkenheld, l'adjointe au logement. Une façon pour les agents municipaux de faire leur métier, au risque de se sentir un peu bousculés, parfois, lorsqu'on leur demande de ne pas considérer les gens comme des dossiers, de se déplacer plus souvent à leur domicile.

"Dans les quartiers en rénovation urbaine, poursuit l'adjointe, nous avons la volonté que soient présentes toutes les fonctions de la ville – habitat, travail, commerces, culture. Nous veillons à y mettre du beau, des équipements de prestige, comme la halle de glisse pour rollers, à Lille-Sud, ou les Maisons Folie. Nous recréons des places avec des bancs, des espaces de rencontres." Dès 17 logements, les immeubles doivent comporter 30% d'offre sociale ainsi que des appartements familiaux.

La ville est désormais suffisamment attractive pour que les promoteurs se plient à la règle. Dans les nouveaux îlots HLM, on prévoit des "locaux de convivialité", qui peuvent être par exemple un jardin potager. Et là aussi, dans ce domaine du logement, c'est l'administration municipale qui vient au-devant des Lillois les moins favorisés.

Opération éco-rénovation : bon nombre de petits propriétaires, souvent âgés, n'ont pas les moyens de rénover leur logement devenu insalubre. Une équipe fait donc du porte-à-porte, pour présenter les aides de la Ville, du conseil général et régional, s'ils entreprennent des travaux dans le respect des normes environnementales. Des aides qui vont jusqu'à 90 % des sommes engagées – le reste pouvant faire l'objet d'une avance par la mairie.

On nous convie à l'école maternelle et élémentaire Victor-Duruy, en zone d'éducation prioritaire. L'école, autre champ d'application de la politique du "care". Ou comment les services publics, pour gagner en efficacité, doivent s'adapter à chacun.

Depuis 2005, naissance du "projet éducatif global", selon lequel l'ouverture aux sciences, à la culture, aux arts fait aussi la réussite d'un enfant, tous les enseignants peuvent développer un projet avec un intervenant, animateur ou artiste, rémunéré par la mairie.

Une cinquantaine d'heures dans l'année, pendant et hors temps scolaire (la cantine et la garderie du soir sont très fréquentées), dans des domaines variés, musique, lecture, patrimoine, nature, arts visuels, langues, informatique... Toutes les écoles de Lille en ont déjà bénéficié.

JONGLER À L'ÉCOLE

A Victor-Duruy, où l'on travaille le mercredi matin, deux après-midi par semaine ont carrément été dégagés. Atelier "Cirque du bout du monde", une association du quartier, pour les CM1-CM2. En équilibre précaire sur un gros ballon, Mike jongle avec des foulards.

C'est un grand gaillard aux cheveux rasés, qui ânonne plus qu'il ne lit, et intégrera l'an prochain une classe adaptée. "C'est bien ! Regarde-nous !", lui demande son institutrice. "Là, il excelle, et montre qu'il est capable de se concentrer. Il est enfin valorisé même si ce n'est pas dans une activité scolaire. Ça lui donne confiance pour se lancer en classe."

Partout, dans l'école, des petits groupes pratiquent des activités plutôt inhabituelles. Fabrication de salades de fruits à la cantine, de produits ménagers biologiques dans la cour, mise en musique de poésie en CE2, dans un calme impressionnant…

La directrice, Marie-Paule Brillon, s'est saisie de l'offre municipale pour "niveler les différences en offrant une ouverture culturelle". "Dans un quartier comme le nôtre, ce qu'ils ne font pas à l'école, ils ne le feront jamais… On ne trouve souvent qu'un seul enfant pratiquant une activité extrascolaire dans une classe entière."

Ces ateliers ont remis de la mixité sociale, puisque l'école attire à nouveau. Motivé les enseignants. Limité l'absentéisme. Impliqué les parents, fiers de leur progéniture. Changé le regard de l'enseignant sur l'enfant, et de l'enfant sur lui-même. Pour les élèves en très grande difficulté, des " référents de parcours individuel ", travailleurs sociaux de la Ville, sont chargés de convaincre les familles de la nécessité d'une prise en charge, de faire le lien entre les différents professionnels, d'accompagner physiquement les enfants, parfois. Depuis 2005, mille gamins o
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Pascale Krémer

samedi 5 juin 2010

Les barbes,

Les barbes, 1
Mis en ligne le mercredi 31 mars 2010 ; mis à jour le lundi 8 mars 2010.


Par Emilie Giaime



Publié dans le numéro 03 (13-26 mars 2010)

Merci d’être velue ! (La Barbe épisode 1 : Conseil Général des Yvelines)


La barbe : du latin barba, « barbe de l’homme ». Depuis 2008 : groupe d’activistes féministes qui, affublées de fausses barbes, jouent les trouble-fête partout où la parité n’est encore que postiche.

Après un échange de mails touffu avec le collectif, rendez-vous est pris. A ma demande d’assister à une réunion pour les besoins du présent feuilleton, elles m’ont répondu : action ! C’est à un débat d’orientation budgétaire au Conseil Général des Yvelines1 vendredi 19 février, 9h30, qu’est fixé mon baptême du feu. Via Chris Blache, mon contact, je reçois le détail des instructions - PDF des RER St Michel-Versailles Chantier avec mention « 8:04 horaire conseillé », localisation Mappy du point de ralliement (Café Le Relai de Poste) et du lieu de l’action, évaluation de la distance de A à B.

7h55 : Sur le quai et sur le qui-vive, je fouille des yeux la masse compacte des costumes gris et tailleurs sombres à la recherche de Barbues en civil. Ni une ni deux, je repère un couple de jeunes filles, piercing et coupe techno, une valise à roulettes à leurs pieds - mon regard pénétrant, forant la coque d’acier, y décèle pancartes, tracts et barbiches en fourrure. Je me poste à quelques mètres d’elles. Me parviennent des bribes de leur conversation (« ... faudra pas oublier la caméra... pour les photos c’est bon... »). Intuition confirmée : le site internet regorge de vidéos d’action. Les filles laissent passer deux trains. Arrive le 8:04 pour Versailles. Elles montent. Bingo ! Ebahie de ma propre perspicacité, je m’installe deux rangs derrière elles. Méditant une entrée en matière subtile, spirituelle et sécurisée (ne pas nommer le groupe, ne pas donner la cible, ne pas faire capoter l’action, se répète mon cerveau diminué par un réveil prématuré), j’attends. Les stations défilent. Nous échangeons un petit sourire avec la fille qui me fait face. Boostée par cette nouvelle connivence, j’hésite entre une approche directe (« Vous connaissez Chris Blache ? ») et une formule codée autour du système pileux (« A quoi pensiez-vous en vous rasant ce matin ? »). Terminus. Elles descendent. « Excusez moi ! Bonjour. Vous... (bas, d’un air entendu) Vous allez au Relai de Poste ? ». Les filles me dévisagent. « Euh, non. Et on connaît pas, on peut pas vous renseigner » ajoute gentiment celle qui m’a souri.

8h50 : Je suis abattue. Au loin, tout au bout de l’allée, le Château de Versailles fait chatoyer ses ors au soleil comme des écailles de sirène. Je prends l’avenue de Paris puis, sur les conseils d’un autochtone, remonte la rue des États-Généraux jusqu’au Relai de Poste. A l’intérieur, nouvelle déconfiture : point d’activistes en planque dans ce paisible bar-tabac, seulement quelques hommes avachis au comptoir. Après un coup d’œil plus attentif je remarque, dans un coin de la salle, une jeune femme qui échange quelques mots avec la serveuse et sort par une porte dérobée. Je la suis. Dans la rue, un petit attroupement de femmes, pour la plupart des dames aux toisons blanches, d’âge respectable. A peine le temps de rire sous cape - ou dans ma barbe - de mon spectaculaire manque de flair, que je rattrape la jeune femme. « Je viens pour l’action, de la part de Chris ». « Bienvenue Emilie. Chris ne va pas tarder. » Alléluia. Il est 9h05 et je reprends instantanément du poil de la bête. Florence fait les présentations : « Mathilde de la Barbe, la chef d’orchestre de l’action ; Armelle, Martine... [les dames aux cheveux blancs] de l’association « Elles aussi » avec qui on collabore aujourd’hui ; Anne Chemin et Audrey Cerdan du Monde, qui préparent un article... ». Mathilde me tend une liasse de tracts et me demande si j’ai une barbe. Je réponds par la négative. D’un geste rapide, elle entrouvre un grand sac en plastique opaque. Comme une enfant émerveillée penchée au-dessus de la hôte de Mère Noël, je choisis avec émotion une barbe en fourrure synthétique châtain clair, parmi des dizaines identiques. Un instant pour la caresser et je la fais disparaître dans la poche arrière de mon jean. Arrive Anna, jeune, coupe courte, pull vert flash et yeux qui brillent ; et enfin Chris, cheveux courts poivre et sel, doudoune, visage fin à l’expression concentrée. Nous nous mettons en marche vers le Conseil Général. Mathilde me confie une des trois pancartes, celle où il est écrit « CHAPEAU » (les autres disent « BRAVO MESSIEURS » et « LA BARBE ! »). Je m’en empare fièrement et la cache aussitôt dans mon sac. En chemin, elle me briffe : « On sera assises dans l’assistance, incognito. Au signal on se lève, on met les barbes, on se place en ligne devant les gens. On compte jusqu’à trois et on salue. On montre les pancartes. Hiératiques, dignes, silencieuses. En sortant, on distribue les tracts ». De son côté, Anna m’explique comment brandir « CHAPEAU » : « Ici, au niveau de la poitrine, pour ne pas cacher la barbe ».

9h15 : Devant l’entrée du Conseil Général, nous nous séparons en petits groupes pour ne pas attirer l’attention. Peine perdue, à l’accueil les agents n’ont jamais vu autant de femmes. L’un d’eux se réjouit : « Ben dis donc, ça va être une séance érotique aujourd’hui ! »


1 Le CG des Yvelines arbore une constitution particulièrement virile : 4 femmes sur 39 élus, et aucune parmi les 12 membres de l’exécutif.


Merci d’être velue ! (La Barbe épisode 2 : Conseil Général des Yvelines, suite)


9h20 : Dans un SAS, nous échangeons nos papiers d’identités contre des badges « visiteurs ». Un homme du service d’ordre, corps trapu et yeux d’épervier, camoufle sa méfiance sous un air jovial : « Bonjour mesdames ! Vous êtes là pour quoi ? C’est l’association Buc contre les nuisances sonores ? ». Nous, évasives : « But ??? Connaît pas. Non, nous on est là comme ça ».

Nous traversons une cour pavée sous le regard de bronze d’un Général De Gaulle grandeur nature. Par un majestueux escalier, nous pénétrons dans le château qui tient lieu de Conseil Général. En haut, un couloir s’ouvre sur une salle de réunion parée comme une antichambre royale : lustres en cristal, tentures pourpres et cheminée de marbre couronnée par un buste de femme aux seins nus, dorés à l’or fin. Nous nous installons sur des chaises de part et d’autre de l’entrée, à la lisière de l’hémicycle. Je suis à l’aile gauche avec des filles de la Barbe et quelques dames d’Elles aussi. Chris est contre le mur, derrière un rideau de velours rouge. Une balustrade en marqueterie fine trace une frontière courtoise, mais ferme, entre spectateurs et acteurs de la séance, qui entrent au compte-goutte alors que derrière nous le public grossit. Des jeunes gens en sortie scolaire restent respectueusement debout dans le couloir. Un sémillant sexagénaire nous accoste de derrière la balustrade : « Vous êtes le personnel du collège Marie Curie ? ». Nous faisons non de la tête. Décontenancé, il tourne les talons et s’en va dignement rejoindre ses pairs. A voix basse, je questionne Valérie sur l’action de la semaine précédente1. Le rideau s’écarte et Chris nous glisse « Soyez discrètes. Tout le service d’ordre est là ». Je me retourne : des hommes en noir se sont glissés dans le public, dont notre inquisiteur trapu.

9h35 : les derniers conseillers prennent place face à l’assistance, derrière un imposant bureau surélevé. Un dame d’Elles aussi : « Merde, y’a des femmes... » « Ouais mais c’est les secrétaires, ça va ! », s’esclaffe une autre. Alain Schmitz, président UMP, fait l’appel d’une voix de stentor (« Christine Boutin ? Excusée »). Il embraye sur un hommage funéraire, puis exige une minute de silence. Tout le monde se lève. Je glisse la main dans ma poche : la barbe y est. J’entends murmurer « On y va » et « Pas maintenant ». Je planque la pancarte « CHAPEAU » sous mon pull. Tout le monde se rassoit. « Maintenant ! » Au signal je m’élance, avec la conscience d’oublier les tracts. Nous sommes dix à entrer dans l’assemblée. Je jette des coups d’œil aux autres pour imiter leurs gestes en simultané. J’enfile ma barbe - à l’endroit ! - et me retourne. Barbues et alignées, nous faisons face au public. Un murmure parcourt la salle. Pour ménager mes effets je tiens la pancarte contre moi, comptant la brandir l’instant d’après. Hélas ! Le Président Schmitz tonitrue déjà : « Ces jeunes personnes doivent quitter la séance. Je demande au service de sécurité d’intervenir immédiatement ! » Et, avec emphase : « L’opération mardi gras est terminée ». En un éclair le vigile aux yeux d’épervier fond sur moi aux cris de « Dehors mesdames ! », alors que ses sbires se ruent sur les autres. Il m’attrape par le bras et me tire sans ménagement vers la sortie. Je résiste tant bien que mal. « Dégagez-moi ça ! » lance-t-il à tue-tête pour se donner du cœur à l’ouvrage. Changeant de tactique et redoublant de zèle, il pousse sur moi la fille qui me suit, elle aussi activiste novice.

9h39 : Je suis dans le couloir, la barbe en place mais sans la pancarte. L’oiseau de proie s’est déjà envolé vers un nouvel assaut. Chris, Anna et quelques autres sont encore dans la salle à distribuer des tracts. J’observe leurs gestes rapides, minutieusement chorégraphiés.

9h45 : La jeune photographe du Monde, Audrey, est bredouille. Séance de rattrapage : nous posons autour du buste de Mac Mahon, lui avec sa moustache, nous avec nos barbes. Le staff de sécurité au complet s’égosille. Un des agents met la main devant l’objectif. La photographe, avec autorité : « Monsieur, vous êtes dans le cadre ! ». Docilement l’homme s’écarte, elle mitraille.

En bas, un vigile contrarié : « Vous auriez pu prévenir, là c’est quand même violent ! Vous vous introduisez... vous pénétrez une assemblée, ça peut choquer. Vous devriez faire passer votre message autrement ». Je lui tends un tract. Il se jette en arrière comme si j’avais dégoupillé une grenade.

Au Relai de Poste, devant un express, Anna rigole : « Joli lapsus : on ne pénètre pas une assemblée, on pénètre dans une assemblée... C’est toujours pareil, ils se sentent menacés dans leur virilité républicaine. Ils nous traitent de vilaines filles mais on a le droit d’être là ! ». N’empêche, Anna et Chris sont fichées par de nombreux services d’ordre et connues de la police. « Pourtant on ne conteste pas les institutions : on veut les faire respecter. Alors on joue sur les interstices, à la frange... la barbe des institutions ».

11h10 : L’adrénaline coule encore dans mes veines alors que je prends congé. Chris me félicite pour ce baptême du feu. Et, avec un sourire : « Merci d’être velue ! »



1 Le 6 février dernier, la Barbe s’est invitée aux tables rondes organisées par France Culture et Le Nouvel Observateur au Collège des Bernardins. Sur les 56 orateurs, dont Jean Daniel, FOG ou Laurent Joffrin, seules 7 femmes savantes avaient été invitées pour débattre des « Grandes questions du siècle ».


Paris, jeudi 18 mars 2010. Après maintes rencontres ajournées, je suis enfin conviée à la réunion bimensuelle de la Barbe, qui se tient ce soir à la Maison des Associations du 10ème arrondissement.

Sur le quai du métro Pigalle, une affiche publicitaire pour les poêles à bois « Invicta ». Sur trois mètres sur deux, un quinquagénaire à dreadlocks et lunettes noires pose dans une attitude savamment décontractée. Il est entouré de deux jeunes femmes, une brune, une blonde, qui lèvent sur lui des yeux conquis et admiratifs. « Mes poêles les séduisent », clame le slogan. Dans le wagon, je trouve un récent numéro des Inrockuptibles abandonné sur un siège. « L’offre d’abonnement » représente sous forme de bande dessinée un homme au lit, accaparé par sa lecture. Lovée contre lui, une femme nue dans une attitude de chatte lascive lui susurre en le dévorant des yeux : « Tu m’... ? ».

« Ces images constituent un discours et ce discours a un sens : il signifie que les femmes sont dominées. (...) Non seulement il entretient des relations très étroites avec la réalité sociale qu’est notre oppression (économique et politique). Mais il fait partie des stratégies de violence qui sont exercées à notre endroit, il humilie, dégrade, il est un crime contre notre « humanité ». (...) D’ailleurs la domination est niée, il n’y a pas esclavage des femmes, il y a différence. A quoi je répondrai par cette phrase d’un paysan roumain à une assemblée publique où il était député en 1948 : « Pourquoi ces messieurs disent-ils que ce n’était pas de l’esclavage, car nous savons que ça a été de l’esclavage, cette peine que nous avons peinée ». Oui nous le savons et cette science des opprimés ne peut pas nous être enlevée » - Monique Wittig, New York, 1978.

En prévision de l’événement tant attendu j’ai relu quelques grands écrits féministes. De ces textes rares qui, parce qu’ils s’adressent à nous de là où ils vivent, dictés par une nécessité absolue, ont le pouvoir de changer notre regard sur le monde - et après lesquels on ne se soumet plus avec la même docilité à ses constants rappels à l’ordre. Des passages du scandaleux Trois Guinées de Virginia Woolf, paru en 1938 et aussitôt censuré parce qu’elle y comparait l’oppression des femmes à la répression nazie. Des articles de La Pensée Straight de Monique Wittig, féministe lesbienne, penseuse révolutionnaire qui, le 26 août 1970, fut de celles qui signèrent l’acte de naissance du MLF en allant fleurir les pieds de l’Arc de Triomphe armées de banderoles « Plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme » et « 1 homme sur 2 est une femme ». Des pages d’Angela Davis, théoricienne du féminisme noir emprisonnée dans les années 1970 pour ses liens avec les Black Panthers ; de Teresa de Lauretis, inventrice de la pensée queer ; de Trouble dans le genre de Judith Butler...

Au moment où le métro aérien fait une enjambée au-dessus du canal Saint Martin, je songe que la Barbe est l’héritière de ces militantes historiques capables, avec les armes du faible, l’ironie rageuse et les glissements symboliques, de dissiper ce que Virginia Woolf nommait « le pouvoir hypnotique de la domination ». « La barbe ! », c’est bien sûr l’expression d’un ras-le-bol. Infiltrer barbues des assemblées d’hommes de pouvoir, c’est aussi faire en un instant éclater le ridicule de la situation : « pour en être, il fallait des poils ! »
- et effilocher l’ensemble du système sexe/genre en liant l’occupation de fonctions socialement valorisées à cette propriété corporelle parfaitement arbitraire, la pilosité. Enfin, en jouant sur le transgenre, les Barbues sonnent le glas du mythe de la-Femme et revendiquent le « stigmate » du féminisme, mot maudit qui désignait au 19ème siècle un dérèglement hormonal chez un adolescent « efféminé » et continue longtemps de sonner comme une injure, lubie de femmes frustrées et (donc) hystériques.

Quai de Valmy, j’entre dans la salle dépouillée qui tient lieu d’Etat-major. C’est l’âme exaltée et l’esprit bouillonnant que je me joins à la dizaine de filles installées autour de la table. « Tout à 2 euros, l’enveloppe plus le timbre... Ouais mais alors on rentre pas dans nos frais ! » Chris déballe des planches de timbres fraîchement imprimés représentant une statue barbée de fourrure brune - « La Poste a refusé qu’on mette une barbe à la Marianne » m’explique Pascale, ma voisine. Je constate que l’heure n’est pas à l’étalage de mes trouvailles analytiques. La réunion démarre : retour sur l’exposition la Barbe à Nantes et organisation de son installation à Sciences-Po Paris pour la « Queer Week » (« 1 homme sur 2 est un homme », affirme un portrait de Barbue sur le portfolio), bilan de la dernière action au Salon du foot dimanche 14 mars (« Tiens, je me suis encore jamais fait de femme à barbe ! » dixit un animateur de stand). Au repos, j’admire la façon dont la parole se prend et se partage harmonieusement, sans jamais s’éloigner de l’ordre du jour... quand l’annonce de la prochaine action me fait sursauter. Ahurie, je demande des précisions à Pascale...

« On nous attaque ! » La voix familière de François Chaslin, d’ordinaire égale jusqu’au monocorde sur France Culture, est à l’instant changée, légèrement éraillée. Neuf jeunes femmes aux visages dissimulés sous de fausses barbes avancent droit sur lui, interrompant la conférence qu’il est en train d’animer à la Cité Universitaire Internationale. Prenant à témoin les cinq éminents architectes invités à s’entretenir de « la conservation du patrimoine », l’une des assaillantes déclame : « Messieurs, en 2009 vous avez affiché un revenu individuel moyen près de deux fois supérieur à celui de vos consœurs. Félicitations ! Bravo aussi pour le maintien de la férule masculine dans les écoles nationales de votre art (95% de présidents et 82% d’enseignants). Avec un encadrement de si bon aloi, comment le nombre d’étudiantes a-t-il pu tripler en vingt ans ? Fort heureusement, la plupart n’échafaudent que des châteaux en Espagne. » Devant ce concert de louanges, François Chaslin comprend qu’il ne lui sera fait aucun mal. Il reprend ses esprits, et recouvre sa voix : « Je suis bien d’accord avec vous ! On dit souvent que le milieu de l’architecture est viril ou, si l’on peut dire, érectile... » Et d’ajouter, parade classique, que c’est justement Kazuyo Sejima - une femme ! - qui pas plus tard que la veille s’est vu décerner le Prix Pritzker. Sans intervention de vigiles, bousculade ni éclat de voix, les Barbues se dirigent d’elles-mêmes vers la sortie, fendant lentement un parterre silencieux qui reçoit leurs tracts avec politesse, et parfois un sourire de condescendance. Seule anicroche dans cette valse en sourdine, l’ordre express de déguerpir donné une fois la porte franchie par l’organisatrice de la soirée, une émissaire de la Fondation Suisse. Son nom ne figurant pas sur le programme, je dois me contenter de la décrire comme suit - une grande blonde en tailleur d’hôtesse. « Vous êtes contentes ? Alors maintenant allez-vous-en ! » Excédée, elle n’ose pourtant élever la voix et c’est dans un chuchotement à peine audible que s’exprime la sommation.

En vidant les lieux, je me dis que notre intervention aura surtout eu le mérite de dynamiser une conférence particulièrement barbante (« Bernard Tschumi a écrit de nombreux articles et même des fragments de livres... Panayotis Tournikiotis a fait un doctorat célèbre et est l’auteur de célèbres livres... ») : face à François Chaslin et ses acolytes, un public toujours aussi studieux mais désormais éveillé. Après le coup d’éclat au conseil général des Yvelines, interrompu manu militari alors que certains spectateurs mettaient nos tracts en miettes, cette deuxième action me laisse un goût amer. Un petit tour et puis s’en vont - comme si, passé l’instant de panique provoqué par l’offensive, nous avions offert à nos victimes un petit frisson d’entracte, une innocente distraction après laquelle les choses sérieuses pouvaient reprendre, business as usual. Suite à l’action au colloque du Nouvel Observateur, certaines Barbues avaient eu envie de durcir le mouvement. D’autres y étaient réticentes : « On n’est pas là pour frapper plus fort, on vient pour féliciter. Si on fait durer ou si on met le bazar, on va se mettre le public à dos. » Ce souci de remporter la faveur du public, notamment par l’humour, vaut souvent aux Barbues d’être estampillées par les médias « féministes rigolotes ». « Il y en a qui trouvent ça drôle. Nous on trouve ça très sérieux », me confiait Chris avant la dernière réunion. Pour elle, l’ironie sert avant tout à désamorcer les réactions antiféministes systématiques, en particulier le reproche d’agressivité qui met sur la défensive, exige des justifications, réduit le féminisme à des revendications marginales... ou au silence. Mais l’ironie est une arme à double tranchant, et je constate ce soir qu’elle peut être inoffensive. On a coutume de dire que le féminisme n’a jamais tué personne. À part Valerie Solanas, l’auteure du SCUM Manifesto qui, le 3 juin 1968, vidait son chargeur sur Andy Warhol - et que l’on s’empressa de ranger parmi les démentes - je ne lui connais pas de lutte armée. La violence des femmes, y compris chez les féministes, reste un tabou majeur dans une société où perdurent les représentations chrétiennes de celle qui donne et protège la vie. L’actualité nous a montré que les femmes aussi peuvent être violentes, pas seulement victimes. Nul ne s’en étonnait au XVIIIe siècle, rappelait il y a quelques jours Arlette Farge dans un séminaire, et les archives de police de Paris portent les traces nombreuses d’émeutes de femmes. Parmi les plus redoutées des autorités, celles des blanchisseuses, très actives en révolte. Conscientes de leur pouvoir, elles qui lavaient le linge des élites et connaissaient ainsi leurs secrets, fortes par leur nombre et leur position centrale, face aux ports, sur les bateaux-lavoirs tout le long de la Seine, elles se hélaient, colportaient les rumeurs et lançaient les soulèvements. En mars 1721, elles s’opposent à la police venue ramasser les immondices sur les bords du fleuve. S’emparant des montures, elles sont trois cents, à cheval, à attaquer le guet et la garde, et il faudra trois escouades pour les arrêter. Leur meneuse se faisait appeler « La Capitaine ». D’autres se nommèrent « Soldat » ; une autre encore, en 1775, « Princesse » : déjà l’ironie, baïonnette au fusil.

« C’est ta première action ? - Avec la Barbe, oui. Mais d’habitude je me baigne seins nus à la piscine. » Je viens d’engager la conversation avec Noëlle, sympathique jeune femme venue ce soir-là prêter main forte aux Barbues. Passé le premier réflexe goguenard (« Tu tombes le haut de maillot et tu gardes le bonnet ? »), je demande des précisions. J’apprends qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé d’exhibitionnisme mais du mode de militance d’un collectif féministe. Les Tumultueuses débarquent torses nus dans les piscines publiques de Paris, parfois flanquées de complices masculins affublés de leurs soutiens-gorge. Leur revendication : que le corps des femmes cesse d’être considéré comme plus sexuel que celui des hommes, et soumis à des normes de beauté. J’ai dans l’idée qu’avec de telles méthodes, les Tumultueuses sont reçues avec ferveur. Noëlle me détrompe. Outre l’accusation récurrente d’attentat à la pudeur, il n’est pas rare que la police vienne les sortir de l’eau. « Le pire, ça été l’action à la piscine Pailleron, dans le xixe arrondissement. Le directeur a appelé les flics et ils nous ont poursuivies jusque dans les douches des femmes ! » De retour chez moi je constate que ces « actions piscines » sont plutôt bien relayées sur internet. Le site de La Dépêche du Midi tente même de surfer sur la vague, espérant harponner le chaland par un racoleur « -VIDEO- Des féministes seins nus dans une piscine parisienne ».

À l’humour et l’insolence de leurs aînées, les féministes de la nouvelle génération ont ajouté une bonne dose de communication. Nom de scène qui claque, image de marque et dispositif labellisés, la formule est calibrée pour être médiatique. Elles ont parfois un côté showgirls, et parmi leurs trophées de guerre les Barbues évoquent volontiers l’ovation monstre qui avait ponctué leur intervention dans un salon d’entrepreneurs au Palais des Congrès, immédiatement suivie par une désertion de la moitié des spectateurs. Séduire pour rallier à la cause entre dans leur stratégie, ce qui provoque parfois des divergences avec les militantes traditionnelles. À une table ronde réunissant il y a peu divers courants féministes pour préparer les quarante ans du MLF, les propositions de la Barbe ont été accueillies vertement par certaines anciennes : « On n’est pas là pour être sympa. Le féminisme, c’est pas pour faire joli. »

La force des Barbues est pourtant de savoir tirer profit de l’effet qu’elles produisent. Si le groupe est exclusivement féminin, c’est notamment parce que les services d’ordre français sont formés pour neutraliser des hommes. « On pense qu’ils ont un peu plus de difficultés à nous foutre dehors parce qu’ils ne sont pas entraînés à ça. Le fait qu’on soit des femmes a un effet retard. Avant qu’ils aient trouvé quelle posture adopter, on a eu le temps de monter au créneau », m’expliquait Chris. « Nous pouvons intervenir dans certains lieux parce que nous sommes des filles jeunes, blanches, issues de milieux socioculturels assez favorisés, et plutôt sympathiques », analysent Anne et Catherine. Pendant une opération qui avait failli mal tourner, Anne se souvient de la réaction d’un vigile furieux de s’être laissé berné, qui lui criait : « Envoie-moi ton mec, je vais le latter ! »

Après deux mois de fréquentation de la Barbe, je m’aperçois que la logistique constitue une grande part de l’activité du groupe, monté en association. Les coulisses des coups d’éclat, ce sont les longues réunions du soir, les mails pléthoriques, la prospection des cibles, la rédaction collégiale des tracts et des discours, les détails pratiques de l’organisation des raids. Certains journalistes de confiance sont parfois avertis des actions et invités à les couvrir ; après coup, des communiqués de presse partent aux très nombreux contacts du « fichier médias ». Mais ce sont surtout les films des actions, mis sur le site et largement visionnés, qui constituent la marque de fabrique de la Barbe. On y trouve des moments d’anthologie, comme la réponse de Gérard Longuet au Sénat, se défendant de sexisme en ces termes : « Je suis marié avec une femme, ce qui est encore assez fréquent, j’ai quatre filles, une mère et quand j’ai un chien, c’est une chienne. »

Tout cela a contribué à renforcer la popularité de la Barbe. Le 8 mars dernier, pour la journée des femmes, les invitations des journalistes ont plu. Sur Europe 1, l’objectif de Jean-Marc Morandini était clair : faire dire aux Barbues que le féminisme a gagné - exit le féminisme. Dans les magazines féminins, des articles sur les « nouvelles militantes » voisinent désormais avec les titres « redevenir une vraie femme en dix leçons », cours de cuisine, de tricot et de strip-tease à l’appui. Il y a quelques semaines la Barbe avait rencontré Christine Delphy, militante historique et théoricienne, qui s’alarmait de ce retour de bâton. Elle comparait le combat féministe au mythe de Sisyphe : « Quand on lutte on avance à pas de fourmi, mais dès qu’on s’arrête, on recule. » Les féministes d’aujourd’hui doivent faire du buzz pour recruter et agir, avec le risque que l’aspect ludique de la démarche dépolitise leur mouvement : c’est la rançon de la gloire médiatique.

Les mâles féministes

Les mâles féministes

Par Claire Chartier, Margaux Duquesne, publié le 05/06/2010 à 14:00




Qui sont ces militants de la cause des femmes ? Au moment où ressort le livre de Benoîte Groult sur le sujet, petit tour d'un mouvement qui commence timidement à se décliner au masculin.
Les femmes ne sont plus seules à défendre leurs droits. Les hommes militent à leurs côtés aussi...


Commençons par oublier les détails qui fâchent - ces agaçantes tâches ménagères qui retombent à 80 % sur le dos de la gent féminine ou ces congés parentaux, dont les mâles ne sont que 1 % à voir l'intérêt.

En cette année de célébration des 40 ans du Mouvement de libération des femmes, alors que ces dames s'écharpent sur le retour des couches lavables et des mères au foyer - avec la philosophe Elisabeth Badinter dans le rôle de l'incendiaire - et qu'à droite comme à gauche on dénonce les timides avancées de la parité, il fallait bien se pencher sur l'autre versant de la question : les hommes. Combien sont-ils à penser que l'égalité des sexes n'est pas un vain mot ?

Par le passé, on les comptait sur les doigts de la main, comme le rappelle Benoîte Groult dans l'essai érudit et joyeux qu'en éternelle soldate de la cause féminine elle a eu la bonne idée de republier ces jours-ci, Le Féminisme au masculin (Grasset). Aujourd'hui, le militant féministe tient un peu moins de l'oiseau rare, à mesure que les générations se renouvellent.
Le contrat de mariage selon John Stuart Mill

"C'est en 1851 que Stuart Mill [NDLR : économiste britannique] put enfin régulariser sa très longue liaison avec Harriet, à la suite de la mort de John Taylor. Mariage longuement attendu, précédé d'une union sentimentale et intellectuelle exceptionnelle, et que Mill voulut différencier de l'esclavage légal qu'il constituait habituellement pour les femmes en rédigeant cette renonciation à ses "droits de propriété" :

"Etant sur le point [...] de m'unir par le mariage [...] et désapprouvant [...] entièrement et profondément tout le caractère des relations conjugales telles qu'elles sont établies par la loi, pour cette raison entre autres qu'elle confère à l'une des parties le pouvoir et le contrôle légal sur la personne, les biens et la liberté d'action de l'autre partie... Et étant donné que je n'ai aucun moyen de me dégager de ces odieux pouvoirs, je considère de mon devoir de rédiger ici une protestation formelle contre l'actuelle loi du mariage...

Je promets solennellement de ne m'en servir en aucun cas ni en aucune circonstance et je déclare que c'est ma volonté, mon intention et la condition de notre engagement qu'[Harriet] garde à tous égards la même liberté absolue d'agir et de disposer d'elle-même et de tout ce qui lui appartient, comme s'il n'y avait jamais eu mariage."

Il faudra encore cent ans de revendications féministes pour que le rituel du mariage se modifie enfin dans le sens souhaité par Mill et ne fournisse plus au mari le droit légal de posséder une femme et des biens y afférents."

* Extrait de Le Féminisme au masculin, de Benoîte Groult.


Revenus sans états d'âme du dogme de la non-mixité prôné par le MLF, les mouvements féministes ont ouvert leurs gynécées de combat aux hommes. Ce qui ne va pas sans réveiller quelques vieilles bisbilles. "L'autre jour, cinq garçons étaient présents en réunion, mais ils ont parlé autant que les 30 filles réunies, raconte Caroline de Haas, l'une des fondatrices du collectif Osez le féminisme. Il va falloir qu'on fasse attention à ne pas reproduire les mécanismes de domination !"

Chez Ni putes ni soumises, un tiers de bénévoles sont du genre masculin, acquis à la cause après avoir vu l'une de leurs proches faire les frais de la violence sexiste, ou par conviction politique. "Pour faire avancer le droit des femmes, on a besoin des hommes, assure Jean-François Laloué, l'un des responsables de l'association. Sinon, on s'enferme dans le communautarisme." Encore faut-il trouver des volontaires. Car "pour s'engager quand on est un homme, il faut vouloir changer le monde", lance Caroline de Haas. Ereintant. Et puis, "Pourquoi un homme, membre du groupe social dominant, prendrait-il le risque de perdre ses privilèges ?" glisse, amusé, Patric Jean, le réalisateur du documentaire La Domination masculine, sorti en novembre dernier.

Loin des banderoles, des hommes bousculent aussi les codes au quotidien. Certains aménagent leurs horaires de travail pour rentrer plus tôt le soir. Le modèle du jeune papa avec porte-bébé se démocratise. Au pays du très macho Berlusconi, un dénommé Fiorenzo Bresciani a même eu l'outrecuidance de créer l'Association italienne des hommes au foyer, en 2002.

Plus près de nous, Michel Morvan discute depuis deux ans recettes de cuisine et droits des femmes sur son blog au titre très années 1950 : L'Homme au foyer. Ce Breton de 37 ans, cadre culturel, a l'intention de jouer les "Desperate Housewives" avec ses deux enfants "pendant quatre ou cinq ans", pour que son épouse puisse mener sa carrière tambour battant. "Ma démarche est 100 % féministe, assure-t-il, les mains dans un plat de saumon aux épinards. C'est sûr, les plus âgés ne comprennent pas. Mais beaucoup de lecteurs me disent : c'est super, moi, je n'oserais pas le faire." Pour ce papa poule libéré, c'est bien la preuve que le changement est en marche.
Les tâches ménagères, selon Fourier

Charles Fourier se livrait à "la dénonciation de l'asservissement des femmes en tant qu'injustice individuelle et erreur historique qui ruine les chances de bonheur de la société tout entière [...]. Ne voyant aucune justification, ni dans la nature ni dans l'Histoire, à la subordination des femmes, qui se traduit par leur affectation à des tâches imposées par les hommes, il prévoyait de remplacer 1 500 cuisinières individuelles par un Office central de cuisine, 1 500 mères-nourrices par une garderie et 1 500 couturières en chambre par un ouvroir. Ne seraient employés à ces tâches que celles et ceux qui se sentiraient un attrait naturel pour "la cuisine, l'éducation des marmots et le ravaudage".

Loin de vouloir que les femmes soient toutes uniformes en penchants maternels, "toutes empressées à soigner les petits enfants", Fourier pensait au contraire que 1 femme sur 8 seulement en manifesterait le désir et 1 homme sur 11!"

"Nannerl, la soeur de Mozart", touchante chronique musicale et familiale

"Nannerl, la soeur de Mozart", touchante chronique musicale et familiale

AFP | 05.06.10 | 07h53
René Féret a le sens de la famille: ce cinéaste indépendant le prouve dans "Nannerl, la soeur de Mozart", évocation plutôt fine et touchante du destin d'une musicienne sacrifiée au profit de l'ambition de son père Leopold et de la carrière de son génial frère, Wolfgang Amadeus. Ce film de 2 heures, en salles mercredi, projette une lumière léchée sur le personnage méconnu de Maria Anna dite Nannerl Mozart (1751-1829), soeur aînée de "Wolfi". La caméra de René Féret suit les deux enfants et leurs parents aimants (Leopold, lui-même compositeur, et Anna Maria) lors de leur tournée européenne entre 1763 et 1766. Le voyage est éprouvant (la distance, la neige), les Mozart sont hébergés dans la promiscuité, l'argent est un sujet de préoccupation, mais le périple est un succès. Le fils au violon et la fille au clavecin ou au chant font des merveilles jusqu'à Versailles. "Wolfgang et Nannerl mettent tout le monde en émoi. Que ce soit les cours royales ou de simples soldats, ils sont saisis d'émerveillement et éprouvent un plaisir indescriptible à les entendre", se félicite Leopold dans une lettre à ses "chers amis de Salzbourg" lue au début du film. Mais voilà: depuis que Wolfi a montré les premiers signes de ce génie musical qui allait éblouir le monde, c'est sur lui que Leopold parie, cantonnant Nannerl dans un rôle d'accompagnatrice. Quant à l'écriture, il n'est pas question d'y penser: une fille, dans la société bourgeoise du XVIIIe siècle, ne doit pas composer. C'est là que René Féret assume avec bonheur une part de conte en faisant intervenir le dauphin du roi, qui commande une oeuvre à Nannerl. L'intéressée doit se déguiser en homme pour approcher le prétendant au trône, car veuf, en deuil, il ne peut décemment recevoir seul une jeune femme. Entre émoi sentimental et ivresse de la création, Nannerl touchera du doigt un rêve d'émancipation. Jusqu'à l'inévitable retour à la réalité, sur lequel le film s'achève, sans aller heureusement plus loin dans l'évocation de la longue vie de la future baronne von Berchtold zu Sonnenburg: elle mourra à 78 ans, pauvre et aveugle, après avoir beaucoup oeuvré pour la postérité des oeuvres de son frère. René Féret, 65 ans, qui écrit, réalise et produit lui-même ses films, n'aime pas seulement filmer la famille ("La Communion solennelle" en 1977, "Baptême" en 1988, "L'Enfant du pays" en 2003), il adore travailler parmi les siens. Son fils Julien est son premier assistant réalisateur, sa femme Fabienne sa monteuse. Ses filles Marie (15 ans lors du tournage) et Lisa (13 ans) tiennent des rôles importants: la première incarne Nannerl, qui se prend d'amitié pour l'une des filles du roi, Louise de France (Lisa Féret), cloîtrée en abbaye. René Féret filme ces deux "âmes soeurs" avec une belle intensité émotionnelle. Le verbe est soigné, les costumes et la photographie (éclairage ayant la délicatesse de la bougie) joliment d'époque, de même que la musique originale de Marie-Jeanne Séréro, que Nannerl n'aurait peut-être pas reniée.


Critique de Utopia
NANNERL, LA SOEUR DE MOZART

Écrit et réalisé par René FÉRET - France 2010 2h - avec Marie Féret, Lisa Féret, Marc Barbé, Delphine Chuillot, David Moreau, Clovis Fouin, Salomé Stévenin...

Du 09/06/10 au 13/07/10

NANNERL, LA SOEUR DE MOZARTElle était jolie, affectueuse, avait un talent fou et son père s'émerveillait de sa virtuosité, de sa gourmandise à apprendre… Léopold Mozart, musicien lui-même, avait étudié la composition, le chant, l'orgue et fit un mariage d'amour avec Anna Maria dans la ville autrichienne de Salzbourg. Mais malgré leur grand désir d'avoir une famille animée, il ne restera de toutes leurs tentatives que Maria Anna, dite Nannerl, la première de tous leurs enfants à survivre, et, quatre ans plus tard, son petit frère Wolfgang Amadeus… Cette première gamine était une révélation pour Léopold : non seulement elle concrétisait son désir de paternité, mais c'était un ravissement de découvrir chaque jour que sa fille avait un don particulier pour la musique. Il commença à la guider dans ses apprentissages et elle passait avec le même brio du piano au clavecin, au violon, chantait à merveille et commençait même à composer… Sa vanité de père était à son comble jusqu'à ce que naisse le petit Wolfgang. Comment imaginer plus sublime creuset : entouré d'amour et de musique, Wolfie sut lire les notes avant même de savoir compter. La sœur ainée et le petit frère formaient un époustouflant duo : « jamais il ne fallut le contraindre, écrivait-elle, pour composer ou pour jouer, au contraire, il fallait toujours l'en distraire »… et Léopold se mit très vite en tête qu'il lui fallait faire partager ces talents aux plus grands et il organisa un périple de Munich jusqu'à la cour de France, puis à celle d'Angleterre, où l'on savait apprécier les prodiges…

C'est à leur arrivée en France que le film commence, tandis que la neige tombe à gros flocons, qu'un essieu menace de rompre et que la nuit s'annonce… Malgré les difficultés, la dureté du voyage, il y a quelque chose d'insouciant et d'heureux dans ce quatuor-là et personne ne semble douter que Léopold est à même de résoudre tous ces menus contretemps et qu'aucun danger ne saurait remettre en cause leur bonheur d'être ensemble. L'abbaye de Fontevraud est à deux pas, les filles du roi y séjournent…
Nannerl va peu à peu comprendre que, malgré son caractère bien trempé, le fait d'être une fille la fera désormais passer au second plan et tandis que son père ne lâche plus le fils une seconde, il interdit à la fille de composer la moindre mélodie, lui défend de jouer du violon et la réduit au rôle d'accompagnatrice. Sous les ors de Versailles, Nannerl s'efface tandis que chacun célèbre son frère, elle-même devra se déguiser en garçon pour pouvoir jouer devant le Dauphin.
« C'est notre destin » dira Louise, la dernière fille du roi, qui prendra le voile pendant sa quinzième année dans ce même couvent où, grâce à une panne de berline, Nannerl aura lié une tendre amitié avec elle : « Si nous avions été des garçons, vous seriez votre frère et je serais le mien : nous règnerions toutes les deux : vous sur la création et moi sur les hommes »…
Mais le film ne se contente pas d'avoir pour point de départ une histoire réelle, et c'est tout le talent de René Féret de la réinventer en nous donnant à voir, au-delà de ce destin particulier de la sœur de Mozart, une adolescente étonnamment actuelle dans ses relations à un frère qu'elle aime, un père qu'elle admire et craint, une mère complice, dans sa découverte d'elle-même, de la société des hommes, de ses premiers émois amoureux. On pense à toutes les femmes reléguées aux rôles de secondes, aux talents jamais reconnus, écartées de la création artistique jusqu'à sombrer parfois dans la folie : Adèle Hugo, Camille Claudel… plein d'autres.

Il n'est pas anodin que pour interpréter son film, Féret ait choisi ses propres filles et, autour d'elles, essentiellement des proches : il y a quelque chose d'amoureux et de fort dans sa façon de filmer les frémissement des cœurs, les tremblements de la lumière, l'intimité de la petite famille Mozart… Il y a quelque chose de flamboyant dans les somptueuses images d'un film qui oscille entre la distance du non-jeu et une intimité tendre, accompagné par une musique totalement inventée qu'aurait pu écrire Nannerl. Car, ce n'est pas la moindre audace de ce film superbe : s'il ne reste rien de la musique de la sœur de Mozart… (peut-être n'a-t-elle jamais existé ?) il fallait la réinventer. Pas une mince affaire ! C'est à Gabriel Yared, mozartien passionné que Féret a demandé conseil. Pour réaliser cette prouesse, il fallait une femme capable d'écrire en « musicienne d'aujourd'hui une musique d'hier » : Marie Jeanne Séréro était celle qu'il fallait et réussit l'invraisemblable pari de peaufiner la cohérence de l'ensemble. Quel culot ce Féret !

à la recherche des féministes...

http://www.sortir-label-charente.net/forum/index.php?mode=reply&f=4&sid=07cb74f3a751db3f147995b07eacd50f&rb_v=posting&t=419

J'ai posté ce message car je suis à la recherche d'autres féministes en Charente...

Enseignante, je remarque que les jeunes générations continuent à intérioriser ces rôles sociaux attribués culturellement et historiquement aux femmes et aux hommes.
Grand retour du rose et des princesses chez les filles ...

Il y a chez les enfants une prégnance très forte chez eux des "normes de genre", aussi bien chez les filles que chez les garçons en matière par exemple d'apparence, d'habillement: il faut se conformer à une idée soit de la "féminité", soit de la "masculinité" qui se transforme vite en"virilité"-ce qui conduit des garçons âgés de 6 ans à avoir des propos machistes, sexistes et aussi homophobes (car le sexisme et l'homophobie sont proches)-. Oui, cela existe ENCORE. Et plus que l'on ne croirait.

Féministe depuis peu, j'ai (enfin) compris que les blagues, les pubs et le langage sont le terreau d' inégalités qui perdurent encore dans notre pays (voir la dernière campagne du collectif Osez le féminisme http://www.osezlefeminisme.fr/). Ils véhiculent une idéologie sexiste qui passe d'autant mieux que c'est souvent pour rire. Les blagues sur les "blondes" (ou femmes ?) n'existent pas au masculin. Alors, certes il y a les blagues sur "Régis (est un con)" mais "Régis" est "un" par définition alors que "Les Blondes" constitue un groupe -on généralise-. Et cela est intériorisé par les femmes -blondes ou pas- "je ne suis pas blonde mais", "je fais ma blonde" ...

Je passe rapidement sur le fait que les insultes sont d'une richesse incroyable : le "con" et ses dérivés "connard" sont l'insulte de premier choix ? Oui mais le con est la sexe de la femme ... Ah tout un chapitre, la sexualité des femmes ... Belles insultes aussi "salope", "pute", "putain", qui renvoient aux femmes et encore une fois à l'ambigüité des hommes face à la sexualité des femmes ...

On pourrait faire des remarques sur la grammaire (qui date du XVII ème siècle avec un "masculin qui l'emporte sur le féminin"; explication de Vaugelas à l'époque "car il est plus noble" ...) et du fameux universalisme français hérité de la Révolution française ...
Car la déclaration des droits de l'Homme s'appliquait plus à l'homme qu'à la femme... Intéressante la déclaration des droits de la femme d'Olympe de Gouges qui ne fut pas appréciée tant que cela par les révolutionnaires de la Terreur: son envie de monter à la tribune se solda par une montée à l'échafaud: lire son article 10 Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public établi par la Loi (article prémonitoire) .[url]:http://www.philo5.com/Mes%20lectures/GougesOlympeDe-DeclarationDroitsFemme.htm[/url]

Alors non, je ne mets pas sur le même plan des blagues qui infériorisent les femmes -qui subissent encore de fait les inégalités dans la société - et celles qui plaisantent sur les hommes. Ces dernières ne me font pas plus rire, au passage ... (car oui, j'aime rire même si je trouve les blagues sexistes nulles et plus importantes qu'elles ne paraissent: elles participent à la construction et la reconduction de stéréotypes sur les "femmes", les "hommes"..., tout comme une certaine "littérature").